Mère Teresa canonisée dimanche

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Des missionnnaires de la Charité tiennent une photo de Mère Teresa lors d'un rassemblement samedi à la place Saint-Pierre, à Rome.

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Fanny Carrier
Agence France-Presse
Cité du Vatican

Le pape François s'apprête à canoniser dimanche Mère Teresa de Calcutta, la religieuse au sari blanc bordé de bleu devenue une icône mondiale, et controversée, de l'engagement en faveur des plus pauvres.

Mère Teresa avec le pape Jean Paul II... (Archives AP) - image 1.0

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Mère Teresa avec le pape Jean Paul II en février 1986, à Calcutta.

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Prix Nobel de la paix en 1979, cette femme tenace et pragmatique, d'une immense tendresse envers les rejetés, s'était aussi faite l'avocate obstinée de la morale de l'Église, tout en souffrant dans sa foi la majeure partie de sa vie.

«Rendons hommage à cette petite femme amoureuse de Dieu, humble messager de l'Évangile et infatigable bienfaitrice de l'humanité», avait lancé Jean Paul II lors de sa béatification en 2003.

La cérémonie, dernier rendez-vous de ces deux monstres sacrés du XXe siècle, avait attiré 300 000 fidèles à Rome. Mais l'extrême rapidité de la procédure avait suscité des réserves au sein de l'Église.

Ralenti sous Benoît XVI, le dossier a été relancé sous François, qui voit dans Mère Teresa une incarnation de son idéal d'une «Église pauvre pour les pauvres»... même s'il a déclaré qu'il aurait eu «peur» si cette petite femme tenace, déterminée et empreinte d'absolu, avait été sa supérieure.

La cérémonie sera un temps fort du Jubilé de la miséricorde voulu par le pape argentin. Une douzaine de chefs d'État et de gouvernement, peut-être 100 000 fidèles sur la place Saint-Pierre... et 3000 policiers et militaires mobilisés pour la sécurité.

Une canonisation constitue la déclaration officielle qu'une personne décédée est au paradis. Pour cela, le futur saint doit avoir obtenu deux miracles, l'un pour la béatification, l'autre pour la canonisation, signes de sa proximité avec Dieu.

Dans le cas de Mère Teresa, il s'est agi de la guérison en 1998 d'une Indienne qui souffrait d'un cancer, puis celle en 2008 d'un Brésilien atteint de tumeurs au cerveau. Même si pour les membres de sa congrégation, elle était déjà sainte depuis le jour de sa mort le 5 septembre 1997.

«Pour nous, la canonisation ne change pas grand-chose. Ce que nous faisions avant, nous allons continuer de le faire. Mais c'est une occasion de renouveler notre engagement», explique Brian Kolodiejchuk, membre des pères missionnaires de la Charité et avocat de la cause en canonisation.

Mère Teresa avec la princesse Diana à Rome,... (AFP, STR) - image 2.0

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Mère Teresa avec la princesse Diana à Rome, le 19 février 1992.

AFP, STR

Sainte des ténèbres

Née en 1910 dans une famille albanaise à Skopje, alors dans l'empire ottoman et aujourd'hui en Macédoine, Gonxhe Agnes Bojaxhiu est entrée dans les ordres à 18 ans, choisissant son nom de religion en hommage à Thérèse de Lisieux, avant d'être envoyée à Calcutta pour enseigner.

En 1950, elle fonde les missionnaires de la Charité, qui comptent aujourd'hui 5000 religieuses consacrant leur vie, dans une austérité radicale, «aux plus pauvres d'entre les pauvres» à travers le monde.

«Elle n'était pas une personne extraordinaire, elle était comme nous, mais elle était différente en cela qu'elle était en permanence en communion avec Dieu, quoi qu'elle fasse», raconte Soeur Martin de Porres, missionnaire de la Charité depuis 50 ans.

Cependant à mesure que sa notoriété augmentait, sa ferme opposition à la contraception et à l'avortement, ses méthodes rudimentaires ou ses sources de financement lui ont valu des critiques et parfois même des attaques acerbes.

Surtout, contrairement au pape François, elle ne cherchait pas à s'attaquer aux racines de la pauvreté, regrette Mary Johnson, une Américaine qui a été missionnaire de la Charité pendant 20 ans.

«Elle avait le capital politique, la bonne volonté de tant de gens à travers le monde, l'oreille des présidents, l'argent... Elle aurait pu user de son influence pour chercher des solutions plus durables», explique-t-elle.

Son objectif «n'était pas d'éliminer la pauvreté mais de sauver des âmes», répond Sr Martin de Porres.

Et même si elle-même, comme l'ont révélé des écrits poignants publiés après sa mort, s'est sentie rejetée par Dieu pendant la majeure partie de sa vie, allant jusqu'à douter de son existence, Mère Teresa entendait bien continuer ce travail dans l'au-delà.

«Si jamais je deviens une sainte, ce sera sûrement une des ténèbres. Je serais en permanence absente du paradis, afin d'aller allumer une torche pour ceux plongés dans les ténèbres sur terre», écrivait-elle en 1959.

Mère Teresa avec la première ministre indienne Indira... (AFP, STR) - image 3.0

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Mère Teresa avec la première ministre indienne Indira Gandhi à New Delhi, le 18 novembre 1972.

AFP, STR

Une superstar controversée

Mère Teresa de Calcutta, la «sainte des caniveaux» qui a passé sa vie à soulager la misère la plus sordide, a été adorée par les foules, détestée par certains et souvent mal comprise.

Ses mains noueuses ont caressé tous ceux dont personne ne voulait, des mourants rongés par les vers à Calcutta aux premiers malades du sida à New York, et cet engagement radical allié à une photogénie singulière ont fait d'elle un monument de l'Église du XXe siècle.

Mais cette incarnation du don de soi pour les pauvres n'a jamais cherché à s'attaquer aux racines de la pauvreté, et cette religieuse aux prières limpides, avocate farouche de la morale de l'Église contre la contraception et l'avortement, a passé des décennies dans le doute.

Après presque 20 ans à enseigner la géographie dans une école pour jeunes filles des classes aisées à Calcutta, elle obtient de pouvoir suivre une vocation nouvelle: se mettre au service de Dieu à travers les plus pauvres.

À 37 ans, elle enfile un simple sari de coton blanc bordé de bleu et s'installe dans un bidonville de Calcutta pour enseigner et prodiguer des soins rudimentaires. Avec d'anciennes élèves comme novices, elle fonde en 1950 les missionnaires de la Charité.

En 1952, la rencontre d'une femme agonisant sur un trottoir la pousse à harceler les autorités de la ville pour obtenir une vieille bâtisse où elle accueille les mourants dont les hôpitaux ne veulent plus.

Viennent ensuite des maisons pour les orphelins, les lépreux, les malades mentaux, les mères célibataires, les malades du sida... D'abord en Inde, puis à partir des années 60 dans le reste du monde.

Austérité radicale

Énergique et déterminée, faisant preuve d'un pragmatisme à toute épreuve - au point de ne pas se montrer regardante sur l'origine des dons qu'elle reçoit -, elle est sur tous les fronts et, en 1979, elle reçoit le prix Nobel de la paix.

Mais dans son discours d'acceptation, la frêle religieuse d'1,54 m douche son auditoire en dénonçant l'avortement comme «la plus grande force de destruction de la paix aujourd'hui [...], un meurtre direct par la mère elle-même».

Elle essaie aussi de mettre les choses au clair: «Nous ne sommes pas des travailleurs sociaux. Il se peut que nous fassions un travail social aux yeux des gens, mais en réalité, nous somme des contemplatives au coeur du monde».

«À chaque fois qu'elle voyait un pauvre qui souffrait, elle voyait Jésus souffrant dans cette personne», raconte Mary Johnson, une Américaine qui a été missionnaire de la Charité pendant 20 ans. «Parfois, elle en oubliait la vraie personne en face.»

Au grand dam de certains critiques, Mère Teresa considère qu'outre soulager la souffrance des pauvres, il faut aussi la partager, à travers une vie d'une austérité radicale allant jusqu'à l'usage quotidien des mortifications.

«Sans souffrance, il n'y a pas d'amour, il n'y a pas de joie», insiste Soeur Martin de Porres, missionnaire de la Charité depuis plus de 50 ans.

Pour Mère Teresa, la souffrance a été aussi spirituelle: pendant des décennies, elle a ressenti un vide dans la prière qui est allé jusqu'à lui faire douter de l'existence de Dieu, comme l'ont révélé après sa mort des écrits qu'elle aurait souhaité voir brûlés.

«Le paradis ne veut rien dire pour moi. Il me semble vide. Et pourtant j'ai ce désir de Dieu qui me torture. S'il vous plaît, priez pour moi pour que je continue à Lui sourire malgré tout», écrivait-elle en 1957 à l'évêque de Calcutta.

Et ce sourire ne l'a pas quittée... «Sur son visage, je n'ai jamais vu que la joie, la sérénité et la paix. Elle savait aussi être drôle», raconte Soeur Martin de Porres, qui ne s'est jamais doutée des tourments de sa supérieure.

Mère Teresa s'est éteinte le 5 septembre 1997 dans la maison-mère de sa congrégation à Calcutta, où elle repose sous une tombe que les soeurs décorent chaque jour d'une parole écrite avec des pétales de fleurs.

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