Comment le Brésil est-il passé de modèle à géant en disgrâce?

Officiellement destituée mercredi, l'ex-présidente Dilma Rousseff a annoncé... (AP, Eraldo Peres)

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Officiellement destituée mercredi, l'ex-présidente Dilma Rousseff a annoncé à la presse étrangère vendredi u'elle retournait vivre à Porto Alegre.

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Eugenia LOGIURATTO
Agence France-Presse
BRASILIA

Au cours de la dernière décennie, le Brésil est passé de géant latino-américain en plein essor à un pays plongé dans la pire crise économique et politique de son histoire récente, aggravée par un vaste scandale de corruption.

Après la trêve olympique du 5 au 21 août, le Brésil est revenu à sa dure réalité: la destitution de la présidente Dilma Rousseff mercredi par le Sénat qui a mis fin à 13 ans de la gauche au pouvoir.

Comment le pays en est-il arrivé là ?

Du mythe Lula à la déconfiture économique

L'arrivée au pouvoir d'un ouvrier à la tête de la première économie d'Amérique latine en 2003 inaugurait une ère mythique dans la politique brésilienne: le fondateur du Parti des Travailleurs (PT) Luiz Inacio Lula da Silva promettait de gouverner pour les pauvres.

Lors de ses deux mandats, Lula a sorti 29 millions de Brésiliens de la misère grâce à ses programmes sociaux, profitant du boum du prix des matières premières qui ont fait croître le Brésil de 7,5% en 2010 et porté l'emploi à des niveaux records. Lula quitte alors le pouvoir avec une popularité record de 87%, faisant élire sa dauphine Dilma Rousseff.

La découverte en 2007 des immenses gisements de pétrole pré-salifères renforce l'importance du Brésil sur l'échiquier international et cette bonne séquence jouera en sa faveur pour décrocher les JO de Rio-2016.

Mais le modèle de croissance fondé sur la consommation interne montre rapidement ses limites avec le ralentissement économique de la Chine et la chute du prix des matières premières, pétrole inclus. Allaient suivre quatre années de piètre croissance.

«La crise internationale, l'épuisement du marché interne, le recul de la demande externe pour les matières premières et une crise politique profonde : tout cela a conduit à l'explosion populaire en 2013», résume Ricardo Antunes à l'AFP, sociologue à l'Université de Campinas dans l'État de Sao Paulo.

En pleine Coupe des Confédérations, des millions de Brésiliens ont investi les rues pour exprimer leur mécontentement face à leur perte de pouvoir d'achat, pour réclamer de meilleurs services publics plutôt que la construction de stades pour le Mondial de foot 2014. Un signal d'alarme que les mouvements sociaux accusent Mme Rousseff d'avoir ignoré.

Quand le pays est entré en récession au 2e trimestre 2015, les agences de notation ont relégué le pays à la catégorie spéculative, le PIB a reculé de 3,8%, le chômage a grimpé à 9% et l'inflation à 10,67% : les pires résultats en 30 ans.

Débandade des alliés 

En marge de la crise économique, le PT n'a pas su capitaliser l'énorme taux d'approbation de Lula à son départ.

Dilma Rousseff est réélue de justesse en 2014 sur la promesse de relancer la croissance, mais elle met en place un dur ajustement budgétaire critiqué par la gauche et boycotté par le Parlement, où ses opposants commencent à envisager une procédure de destitution.

«Il y a eu un déplacement du pouvoir des secteurs progressifs aux conservateurs. C'est également la faute de Lula et Dilma qui ont fait des alliances avec ces secteurs au détriment des plus progressistes», a expliqué à l'AFP le sénateur Roberto Requiao du PMDB.

Le vice-président de Mme Rousseff, Michel Temer - chef de file du PMDB, principal parti allié jusque-là - «a alors vu l'occasion d'arriver au pouvoir» et a précipité la rupture du PMDB avec le PT.

C'était le début de la débandade des alliés de Dilma Rousseff.

En toile de fond de cette crise politique, le plus grand scandale de corruption de l'histoire du Brésil : un vaste réseau de pots-de-vin monté au sein de la compagnie publique Petrobras qui a détourné deux milliards de dollars en dix ans au bénéfice des poches de responsables politiques, d'entrepreneurs et directeurs de la compagnie.

«Comme en 2005 avec le scandale mensalao (l'achat de vote au Parlement par le PT) la corruption à Petrobras a montré que le gouvernement de Lula et de Dilma avaient non seulement un ensemble de partis alliés profondément impliqués dans la corruption politique, mais que le PT lui-même était impliqué», conclut M. Antunes.

Élections réclamées

Le Parti des travailleurs (PT, gauche) de Dilma Rousseff a réclamé vendredi des élections anticipées au Brésil, deux jours après la destitution controversée de la présidente, qui retourne vivre à Porto Alegre.

«Nous allons continuer de dénoncer le coup d'État. Face à un gouvernement usurpateur, nous pensons que l'unique manière de rétablir la démocratie est à travers le vote populaire», déclaré lors d'une conférence de presse à Sao Paulo le président du PT, Rui Falcao.

La direction du PT avait pourtant rejeté la semaine dernière, à une très large majorité, la proposition de Mme Rousseff de consulter les Brésiliens par référendum sur l'organisation d'élections anticipées au cas où elle serait rétablie dans ses fonctions par le Sénat.Dilma Rousseff a pour sa part annoncé qu'elle quitterait Brasilia dans les prochains jours pour retourner vivre à Porto Alegre, où elle a bâti sa carrière politique et où elle conserve un modeste appartement.

Après six ans au pouvoir, Dilma Rousseff a été destituée mercredi par le Sénat pour maquillage des comptes publics, au terme d'une procédure hautement controversée. 

«La démocratie a été jugée en même temps que moi. Malheureusement nous avons perdu. J'espère que nous pourrons la reconstruire et avoir la certitude que cela ne se reproduira pas», a déclaré celle qui clame son innocence et dénonce un «coup d'Etat» parlementaire ourdi par l'opposition de droite.

Destituée mais ayant gardé ses droits civiques (ce qui lui permet de briguer un poste de députée ou de sénatrice par exemple), Mme Rousseff a promis après sa destitution mercredi «l'opposition la plus ferme, infatigable et énergique que puisse subir un gouvernement putschiste».  AFP

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