L'accord de paix en Colombie n'est pas gagné, dit Ingrid Betancourt

Ingrid Betancourt et ses parents en 2008 après... (Archives AFP)

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Ingrid Betancourt et ses parents en 2008 après sa libération. L'ex-candidate présidentielle du parti écologiste colombien avait été retenue en otage par les FARC de 2002 à 2008.

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Agence France-Presse
Bogota

Ingrid Betancourt, ex-otage des FARC en Colombie, se dit émue par l'accord conclu avec la guérilla, mais souligne que «tout n'est pas encore gagné», qu'«il faut que le Oui l'emporte» au référendum, puis que la paix s'enracine dans «une société traumatisée».

«C'est véritablement le début de la fin de cette guerre [...] Mais outre l'émotion, il y a un constat : les accords vont au-delà de ce que je pensais possible», a déclaré Mme Betancourt jeudi soir à l'AFP, en exprimant une grande satisfaction à propos du texte de 297 pages issu de près de quatre ans de négociations entre le gouvernement et les FARC (Forces armées révolutionnaires de Colombie).

Toutefois, «c'est encore un papier qui reste très abstrait pour les Colombiens. Donc, le premier défi, c'est de le rendre concret», a-t-elle averti lors de cette entrevue par téléphone, estimant que le cessez-le-feu est un premier apport qui va «permettre aux Colombiens de sentir l'immédiateté et la puissance du silence de la guerre».

«Tout n'est pas encore gagné. Il faut que le Oui l'emporte!» a-t-elle déclaré à propos du référendum du 2 octobre sur l'accord de paix conclu le 24 août. «Mais une fois que le Oui l'aura emporté, je dirais que la partie la plus difficile commence : c'est une paix qui va avoir besoin d'une dizaine d'années pour s'enraciner dans la société colombienne, qui est une société traumatisée» par 52 ans de conflit armé.

Un combat

Pour Mme Betancourt, ex-candidate présidentielle du parti écologiste colombien séquestrée de 2002 à 2008, la consolidation de la paix «va dépendre de beaucoup de facteurs, en particulier de l'engagement des forces armées pour garantir la sécurité des Colombiens dans leur vie quotidienne, mais aussi la sécurité de ceux qui vont se démobiliser».

«Il y a beaucoup d'intérêts à ce que cette paix signée sur le papier ne devienne pas effective : des intérêts liés au business de la guerre, les intérêts politiques de beaucoup de leaders, et puis, il y a tous ceux qui [...] ont fait de la corruption leur modus operandi et leur modus vivendi. Cela va être un combat!» a estimé cette Franco-Colombienne, qui prépare un doctorat en théologie à Oxford.

La consolidation de la paix dépend aussi de «l'unité des FARC», qui comptent environ 7500 combattants armés. Selon elle, les guérilleros vont devoir «faire preuve de beaucoup de maturité pour ne pas se laisser dévoyés par des négoces sans scrupules comme cela s'est passé avec les BaCrim [groupes issus des milices paramilitaires d'extrême droite démobilisées entre 2003 et 2006] ni qu'ils finissent par se désintégrer en tant que force politique, au gré des ambitions de chacun».

Pour Mme Betancourt, 54 ans, les futurs ex-guérilleros vont vouloir «créer des entreprises, des moyens de vivre dignes. Ils ne vont pas retourner à la misère, à un état de paysan dans l'indigence». «C'est à nous, Colombiens, de créer les conditions pour qu'ils puissent accéder à un niveau de vie correct, dans la légalité [...] Mais cela implique de revoir des structures économiques et sociales pour que plus de gens accèdent à la prospérité», a-t-elle avancé.

Interrogée quant à une éventuelle réinstallation en Colombie, l'ex-otage, qui vit entre la France, l'Angleterre et les États-Unis, où se trouve son fils, a répondu qu'elle se sent «évidemment soulagée et cela me permet de penser à un retour avec l'âme plus légère». «Je ne dis pas non, mais je ne dis pas oui. Il y a trop de variables politiques, personnelles, familiales. Mais c'est vrai que le fait qu'il y ait la paix en Colombie, ça ouvre la voie», a-t-elle conclu.

Le 26 septembre

La paix avec les FARC sera signée le 26 septembre, ce qui mettra fin à 52 ans d'un conflit armé meurtrier avec la plus importante guérilla de Colombie, a annoncé vendredi le président Juan Manuel Santos, visiblement très ému.

Sous le coup de l'émotion, le chef de l'Etat a d'abord dit «26 avril» avant de se reprendre et de répéter sa phrase de bout en bout, en appuyant bien sur la date du «26 septembre».

Intervenant devant un parterre de chefs d'entreprise, à Carthagène des Indes, station balnéaire et important port de la côte caribéenne, M. Santos a ajouté qu'il s'agissait «peut-être de l'annonce la plus importante» de sa vie.

La Colombie s'achemine ainsi vers la fin d'une guerre fratricide, le plus ancien conflit armé des Amériques. Au fil des décennies, il a impliqué plusieurs guérillas d'extrême-gauche, dont l'Armée de libération nationale (ELN, encore active), des milices paramilitaires d'extrême-droite et l'armée, faisant au moins 260.000 morts, 45.000 disparus et 6,9 millions de déplacés.

L'accord doit être ratifié par la Xe conférence nationale des FARC, qui débutera le 17 septembre. Initialement prévue à partir du 13, elle a été reportée vendredi «pour des raisons logistiques», selon un communiqué de la guérilla. 

Les électeurs vont devoir répondre par Oui ou par Non à la question: «Appuyez-vous l'accord final d'achèvement du conflit et de construction d'une paix stable et durable?». Pour l'emporter, le Oui devra recueillir au moins 4,4 millions de voix (13% de l'électorat) et le Non un score plus faible. En cas de rejet, ce qui a été conclu à La Havane serait annulé.  AFP

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