Le président à vie de l'Ouzbékistan n'est plus

Islam Karimov s'est maintenu au pouvoir en éliminant tous... (Archives AP, Brendan Smialowski)

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Islam Karimov s'est maintenu au pouvoir en éliminant tous ses opposants.

Archives AP, Brendan Smialowski

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Maxime POPOV
Agence France-Presse
Moscou

L'autoritaire président de l'Ouzbékistan Islam Karimov est mort vendredi des suites d'une hémorragie cérébrale après plus d'un quart de siècle d'un pouvoir sans partage, laissant ce pays d'Asie centrale dans l'incertitude quant à sa succession.

L'annonce de la ma mort à 78 ans du chef de l'État est intervenue après une accumulation pendant la journée de signes montrant que le premier président de l'Ouzbékistan indépendant était au soir de sa vie. Sa ville natale de Samarcande a ainsi limité le trafic sur son aéroport pour accueillir samedi les responsables étrangers qui seront présents à ses funérailles.

Le défunt chef de l'État sera enterré samedi à Samarcande et c'est le premier ministre Chavkat Mirzioïev qui dirige la commission chargée d'organiser les funérailles, une indication sur le rôle important qu'il pourrait désormais jouer. Pour l'heure, et conformément à la Constitution, c'est le président du Sénat, Nigmatilla Iouldachev, qui assure l'intérim à la tête de cette ancienne république soviétique.

Islam Karimov avait été conduit à l'hôpital le 27 août après avoir souffert d'une grave hémorragie et immédiatement placé en réanimation. Des médecins venus de Russie, d'Allemagne et de Finlande se sont succédé les jours suivants pour tenter de le sortir du coma, sans succès.

Vladimir Poutine a déploré «une perte immense» et salué «un homme d'État de la plus grande autorité et un vrai leader» dans un télégramme de condoléances rendu public par le Kremlin.

Lutte à prévoir

Né le 30 janvier 1938, Karimov a grandi dans un orphelinat avant de gravir tous les échelons de l'appareil du Parti communiste à l'époque de l'URSS jusqu'à prendre la tête de la république soviétique d'Ouzbékistan. À l'indépendance, en 1991, il se maintient au pouvoir et s'emploie aussitôt à éliminer tous ses opposants.

De nombreuses ONG accusent Karimov d'avoir régulièrement truqué les élections, arrêté arbitrairement des centaines d'opposants et soutenu le recours à la torture dans les prisons.

Malgré des rumeurs persistantes sur la fragilité de son état de santé, Islam Karimov n'a publiquement désigné aucun successeur dans ce pays qui est l'un des principaux exportateurs mondiaux de coton et frontalier de l'Afghanistan.

Sa fille assignée en résidence pour l'avoir comparé à Staline

Un temps favorite, sa fille aînée Goulnara est tombée en disgrâce après avoir comparé son père à Staline. Elle est désormais assignée à résidence.

En l'absence de plan pour assurer sa succession, sa disparition risque donc d'ouvrir une lutte pour le pouvoir, selon les experts.

Et même s'il existait un tel plan, «les prétendants vont-ils le suivre? Vu que cette situation est sans précédent pour l'Ouzbékistan en 25 ans d'indépendance, personne ne sait si les gens suivront les règles une fois l'arbitre parti», s'est inquiété Scott Radnitz, spécialiste de ce pays auprès de l'Université de Washington.

Les prétendants les plus crédibles à la succession d'Islam Karimov sont son premier ministre Chavkat Mirzioïev et le vice-premier ministre Roustam Azimov, qui sont apparemment rivaux.

Autre candidat, le puissant chef de la sécurité Roustam Inoyatov, 72 ans, considéré comme l'un des responsables de la mort de 300 à 500 manifestants pendant une manifestation à Andijan, dans l'est du pays, en 2005, réprimée par les forces de l'ordre.

Ce bain de sang avait provoqué la mise au ban d'Islam Karimov par la communauté internationale.

À l'instar de ses homologues kazakh Noursoultan Nazarbaïev et tadjik Emomali Rakhmon, dont les méthodes de gouvernement sont comparables, le président ouzbek s'est inquiété de la montée de l'islam radical dans son pays, terre d'origine du Mouvement islamique d'Ouzbékistan (MIO) lié à Al-Qaïda et actif au début des années 2000.

Aujourd'hui, c'est l'éventuel retour de combattants de Syrie et d'Irak qui inquiète les autorités. Plus de 500 Ouzbeks sont partis combattre dans les rangs djihadistes, selon les services de sécurité russes.

De la Route de la soie aux bases pour l'Afghanistan

Quatre choses à savoir sur l'Ouzbékistan, longtemps un point de passage obligé de la Route de la soie entre l'Europe et la Chine

1. Le pays de Tamerlan

Si l'Ouzbékistan moderne n'a acquis son indépendance qu'en 1991, sa naissance remonte à l'époque de Tamerlan (1336-1405), considéré comme le père fondateur de la nation ouzbèke, du nom d'un peuple turcophone. Souvent comparé à Gengis Khan, ce chef de guerre cruel né près de Samarcande, capitale d'une région où différentes tribus se livraient des guerres sans merci, est proclamé roi en 1370. Il conquiert alors l'Asie centrale, étendant son royaume jusqu'aux territoires de l'Inde, du sud de la Russie et de la Turquie actuelles. Mais s'il a laissé son nom dans l'histoire par ses conquêtes militaires et la terreur qu'il inspirait, il n'a jamais pu créer un État viable et son empire a disparu avec sa mort. La mémoire de Tamerlan, enterré à Samarcande, est célébrée après l'indépendance par les autorités, qui cherchent à créer un sentiment national dans un pays marqué par 150 ans de domination russe puis soviétique.

2. Au coeur du Grand Jeu

Pendant des siècles, l'Ouzbékistan fut un point de passage de la Route de la soie, ces pistes caravanières traversant l'Asie de la Chine aux rives de la Méditerranée. Mais au début du XIXe siècle, l'Asie centrale est encore indépendante de toute puissance coloniale quand la Russie et la Grande-Bretagne entament une lutte d'influence pour son contrôle. C'est le Grand Jeu, qui verra la création de l'Afghanistan sous domination britannique tandis que l'Empire russe crée un ensemble administratif appelé Turkestan. L'Ouzbékistan est aussi au coeur de luttes d'influence entre la Russie et l'Occident. Jusqu'en 2005, il héberge une base militaire des États-Unis utilisée pour le ravitaillement des troupes américaines en Afghanistan, l'Allemagne ayant aussi un aéroport à Termez. Pays musulman, l'Ouzbékistan a aussi été le théâtre d'attaques perpétrées par des islamistes radicaux. Aujourd'hui, de nombreux Ouzbeks combattent dans les rangs de l'organisation État islamique (EI) en Irak et en Syrie.

3. Le coton et le tourisme 

Le coton, dont l'Ouzbékistan est un des cinq plus gros exportateurs mondiaux, lui rapporte chaque année plus d'un milliard de dollars et les autorités espèrent en produire 3,3 millions de tonnes en 2016. Le textile concentre un tiers des emplois industriels de ce pays, le plus peuplé d'Asie centrale avec 31 millions d'habitants. L'Ouzbékistan est fréquemment accusé de travail forcé dans ses champs de coton, même si l'Organisation internationale du travail (OIT) a salué en 2014 les mesures prises en vue d'éliminer le travail des enfants. Si ce pays exporte aussi de l'or, dont il est le huitième producteur mondial, il mise beaucoup sur le tourisme pour se développer. Samarcande, classée depuis 2001 au patrimoine mondial de l'humanité, fait la fierté des Ouzbeks pour ses édifices époustouflants, comme la place du Régistan encadrée de trois universités des XVe et XVIIe siècles.

4. Désastres écologiques 

La culture intensive du coton depuis plusieurs décennies a provoqué un désastre écologique. Fin 2014, l'Ouzbékistan a même demandé et obtenu une importante aide internationale pour faire face à la disparition de la mer d'Aral. En 50 ans, elle a perdu 75% de sa superficie à cause du détournement de rivières l'alimentant pour irriguer les cultures de coton. Cette quatrième plus grande mer intérieure du monde, à cheval sur l'Ouzbékistan et le Kazakhstan, semble provisoirement sauvée grâce à un barrage construit dans sa partie kazakhe mais les problèmes de santé causés par les pesticides déversés dans les champs de coton et les dérèglements climatiques engendrés par la quasi-disparition de la mer d'Aral demeurent. Et l'eau demeure une source potentielle de conflit dans la région: l'Ouzbékistan, qui dépend de l'eau en provenance du Tadjikistan voisin, s'oppose fermement à un projet de barrage dans ce pays. Au point qu'Islam Karimov a prévenu des risques de guerre s'il était mis en oeuvre. AFP

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