Le dernier appel de Rousseff

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Des partisans de Dilma Rousseff ont apporté leur soutien à la présidente suspendue qui a pris la parole devant les sénateurs, lundi.

AFP, Iano Andrade

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Sebastian Smith, Damian Wroclavsky
Agence France-Presse
Brasilia

La présidente du Brésil, Dilma Rousseff, a lancé lundi un dernier appel aux sénateurs pour qu'ils empêchent un «coup d'État» en votant contre sa destitution, qui pourrait survenir dès mardi et mettre fin à 13 ans de règne de la gauche dans le géant d'Amérique latine.

«Je viens pour vous regarder dans les yeux, messieurs les sénateurs, et dire que [...] je n'ai pas commis les crimes pour lesquels je suis injustement et arbitrairement accusée», a déclaré sur un ton combatif la dirigeante de gauche, suspendue de ses fonctions depuis le 12 mai.

La voix calme mais déterminée pour son discours de 45 minutes, Mme Rousseff, accusée notamment de maquillage des comptes publics, a fustigé «un coup d'État pour élire indirectement un gouvernement usurpateur» au mépris des 54 millions de Brésiliens qui l'ont réélue en 2014.

«Votez contre la destitution, votez pour la démocratie, a-t-elle martelé. Ce qui est en jeu, c'est l'avenir du Brésil.»

La voix brisée à deux reprises par une émotion manifestement sincère, Dilma Rousseff a rappelé son combat contre la dictature : «J'avais peur de la mort, des séquelles de la torture dans mon corps et mon âme [...] mais je n'ai pas cédé. J'ai résisté.»

Sa probable éviction mettrait fin à quatre gouvernements consécutifs de la gauche au Brésil.

«Ce qui est en jeu, ce sont les conquêtes des 13 dernières années en faveur de la population, des plus pauvres et de la classe moyenne», a affirmé Mme Rousseff.

Calme mais déterminée, la présidente suspendue du Brésil,... (AFP, Evaristo Sa) - image 2.0

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Calme mais déterminée, la présidente suspendue du Brésil, Dilma Rousseff, s'est adressée aux sénateurs, les invitant à ne pas la destituer de son poste afin de sauvegarder la démocratie dans le pays.

AFP, Evaristo Sa

Sombres pronostics

Elle est arrivée souriante au Sénat, accueillie par plusieurs centaines de ses partisans, scandant : «Dilma, guerrière de la patrie brésilienne!» avec des pancartes de son Parti des travailleurs.

«Je suis venu pour défendre nos droits, les droits que les putschistes veulent nous arracher. Tout ça, c'est une farce, un complot de la droite», a témoigné Luis Saraiva, employé d'un commerce de 43 ans.

L'ex-guérillera de 68 ans, emprisonnée et torturée sous la dictature militaire (1964-1985), est venue à ce rendez-vous historique «décidée, préparée pour la bataille», a assuré aux journalistes le député de gauche Silvio Costa.

À ses côtés, son mentor politique, l'ex-président Luiz Inacio Lula da Silva (2003-2010), le chanteur-compositeur engagé à gauche Chico Buarque et une douzaine d'anciens ministres.

Mais tous les pronostics lui sont défavorables : selon les décomptes des médias brésiliens, plus des deux tiers - le minimum requis - des 81 sénateurs voteront pour la destitution.

La première femme élue à la tête du Brésil en 2010 dénonce un complot ourdi par son ancien vice-président devenu rival, Michel Temer, 75 ans, qui assure l'intérim depuis sa suspension.

Si elle est destituée, il présiderait le pays jusqu'aux prochaines élections présidentielle et législatives fin 2018, malgré son casier - une condamnation pour dons excessifs à des campagnes électorales - qui l'a rendu inéligible pour huit ans.

Après son discours, elle a commencé à répondre aux questions des sénateurs, dont plus de la moitié sont soupçonnés de corruption ou visés par une enquête.

Les pro-destitution l'ont accusée d'avoir minimisé l'ampleur de la crise frappant la première économie d'Amérique latine.

«Vous avez dépensé ce que vous aviez et vous avez demandé aux banques publiques de dépenser ce que n'aviez pas [...] Vous avez vendu un Brésil irréel, les chiffres irréels ont conduit à la perte de confiance des Brésiliens et nous affrontons la plus grave crise financière de l'histoire du pays», a critiqué la sénatrice Simone Tebet.

«Le vote [des électeurs] n'est pas un sauf-conduit, un chèque en blanc qui autorise un dirigeant à agir au-delà des limites de la loi», a renchéri le sénateur Ricardo Ferraço.

En 1992, l'ex-président Fernando Collor avait démissionné la veille du vote au Sénat devant le destituer. Dilma Rousseff a elle choisi de faire face, un courage salué même par ses opposants.

Dilma Rousseff a été acculée après sa réélection par une triple tempête mêlant récession historique, crise politique et scandale de corruption au sein du géant Petrobras, éclaboussant la majeure partie de l'élite.

Tout aussi impopulaire que sa rivale, Michel Temer attend sa destitution pour s'envoler mardi ou mercredi en Chine pour un sommet du G20. Il tentera d'y redorer le blason du géant émergent latino-américain.

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