Accord de paix entre la Colombie et les FARC

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Dans la capitale colombienne, Bogota, l'annonce d'un accord de paix avec les FARC a été accompagnée de nombreuses manifestations de joie.

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Alexandre Grosbois
Agence France-Presse
La Havane

Le gouvernement colombien et la guérilla des FARC ont annoncé mercredi à Cuba être parvenus à sceller un accord de paix historique au terme de près de quatre ans d'âpres négociations vouées à mettre un terme à 52 ans de guerre civile.

«Nous sommes parvenus à un accord final, intégral et définitif sur la totalité des points à l'agenda» des pourparlers menés depuis novembre 2012 à La Havane, indique un texte signé par les deux parties et lu par le diplomate cubain Rodolfo Benitez, dont le pays a accompagné les négociations avec la Norvège.

«Cet accord final pour la fin du conflit et la construction d'une paix stable et durable mettra définitivement fin à un conflit armé de plus de 50 ans», ajoute ce texte résumant les principaux points de l'accord.

«On peut maintenant proclamer que le combat des armes a pris fin, et commence celui des idées», cet accord est un «point de départ, pas une fin», a réagi peu après cette annonce le chef négociateur des FARC Ivan Marquez, évoquant la future transformation de la guérilla en mouvement politique.

Depuis Bogota, le président colombien Juan Manuel Santos s'est félicité avec «une profonde émotion, une grande joie» de la conclusion de l'accord de paix et a salué la fin de «la tragédie de la guerre».

Avant de pouvoir déclarer la fin du conflit avec les FARC, le plus ancien d'Amérique latine, son gouvernement devra toutefois soumettre le texte au peuple colombien lors d'un référendum prévu le 2 octobre prochain.

Dans la capitale colombienne, cette annonce a été accompagnée de nombreuses manifestations de joie. «On a pu le faire ! On a pu le faire !», se réjouissaient des grappes d'habitants dont certains brandissaient des drapeaux colombiens.

Ce pacte historique marque la fin officielle des pourparlers menés depuis novembre 2012 à La Havane sous l'égide de Cuba et la Norvège. Cette quatrième tentative de paix a été proche d'échouer à plusieurs reprises, du fait de nombreux accrochages armés en Colombie ou après l'enlèvement d'un général par la rébellion fin 2014.

Les délégations n'ont pas précisé si l'accord définitif devra être signé par le président colombien et le chef suprême des FARC Timoleon Jimenez, dit «Timochenko», avant d'entrer en vigueur.

Cet heureux dénouement était très attendu depuis le 23 juin dernier lorsque la guérilla marxiste et le gouvernement, en lutte depuis 1964, ont conclu un accord sur les modalités d'un cessez-le-feu bilatéral et définitif et sur le désarmement des FARC.

Au cours des mois ayant précédé cet accord, les affrontements avaient été contenus à un niveau jamais atteint depuis des décennies, notamment à la faveur d'un cessez-le-feu unilatéral observé par les FARC depuis juillet 2015.

Une fois l'accord de paix final validé, la rébellion doit commencer à réunir ses troupes pour les désarmer, alors que le cessez-le-feu devra être contrôlé par un mécanisme tripartite comprenant le gouvernement, les FARC et une mission de l'ONU.

«Un pas vers la paix»

Dans un parc du nord de la capitale, plusieurs centaines de Colombiens ont religieusement suivi cette annonce mercredi soir sur écran géant, arborant notamment des ballons imprimés d'un «Oui», mot d'ordre des partisans de la paix en vue du référendum.

«On ne pensait pas assister à un tel événement, historique pour le pays», déclarait très émue à l'AFP Marcela Cardenas, une employée de 24 ans. «Ce n'est pas la paix, c'est un pas vers la paix, mais cela va unir un pays qui en avait grand besoin», ajoutait-elle, illustrant le sentiment de nombreux colombiens.

Selon le protocole établi, le désarmement des FARC devra être bouclé en 180 jours. La guérilla entamera alors sa mue pour se transformer en mouvement politique.

Les deux parties se sont déjà mises d'accord sur la façon de juger les militaires et rebelles accusés des crimes les plus graves pendant un conflit qui a officiellement fait quelque 260.000 morts, 45.000 disparus et 6,9 millions de déplacés.

Une amnistie est prévue pour ceux ayant commis des actes moins graves comme la rébellion ou le port illégal d'armes.

En vue du référendum, les derniers sondages indiquent que la population colombienne penche en faveur du «oui», mais une forte opposition se fait entendre, dans le sillage de l'ex-président (2002-2010) Alvaro Uribe, principal opposant aux pourparlers.

Le rejet des accords de paix par les Colombiens provoquerait l'annulation de ce qui a été conclu à La Havane.

En revanche, si cette paix se concrétise, cela ne signifiera pas pour autant la fin immédiate du conflit en Colombie, où la seconde guérilla du pays, l'Armée de libération nationale (ELN) et les bandes criminelles continuent de défier le gouvernement.

Mais l'espoir est permis avec ces avancées cruciales, conjuguées à l'annonce en mars de futurs pourparlers de paix entre Bogota et l'ELN.

Le chef négociateur des FARC, Ivan Marquez, fait... (AFP, Yamil Lage) - image 2.0

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Le chef négociateur des FARC, Ivan Marquez, fait le «V» de la victoire après la signature de l'accord de paix avec le gouvernement colombien évoquant la future transformation de la guérilla en mouvement politique.

AFP, Yamil Lage

Est-ce la fin des FARC en Colombie ?

Près de quatre années de négociations difficiles et une fin heureuse : la Colombie a enfin son accord de paix qui doit mettre fin à un demi-siècle d'affrontement avec la plus vieille guérilla du continent.

Après trois processus de paix manqués (1984, 1991, 1999), le gouvernement colombien et les FARC sont parvenus à un accord qui doit permettre de tourner la page d'un conflit qui a fait des centaines de milliers de déplacés, de morts et de disparus. Plusieurs questions se posent après ce jour historique :

La paix est-elle définitivement conclue?

Non. L'annonce de mercredi met un terme aux négociations débutées en 2012 à La Havane, mais le texte doit encore être approuvé par un référendum le 2 octobre. Les Colombiens auront le dernier mot : si le «oui» l'emporte, l'accord pourra entrer en application.

En cas de victoire du «non», qui annulerait tout ce qui a été conclu à La Havane, la réaction des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC) est difficilement prévisible.

«Désormais, s'ouvre une étape de grande incertitude politique concernant le résultat du référendum», a expliqué à l'AFP Jorge Restrepo, directeur du Centre de ressources pour l'analyse des conflits (Cerac).

En cas de succès au référendum, le désarmement effectif de la guérilla pourra débuter.

Est-ce la fin des FARC?

Oui, en tant que groupe armé. La finalité de cet accord est que cette organisation renonce à prendre le pouvoir par les armes (après 52 ans de lutte au cours desquels la rébellion a défié 12 présidents), et se transforme en parti politique.

«L'objectif du gouvernement est que les FARC disparaissent en tant qu'organisation armée, ce qui interviendra 180 jours après la signature et l'objectif des Farc est de participer à la vie politique», souligne Ariel Avila, analyste du conflit de l'Observatoire de la paix et de la réconciliation.

D'un côté, les rebelles déposeront les armes, et ne pourront donc plus s'appeler FARC, et de l'autre, le gouvernement leur donnera les garanties légales et de sécurité pour qu'ils puissent aspirer à occuper des fonctions électorales sans risquer d'être assassinés, comme par le passé.

La violence en Colombie est-elle terminée?

Non. Si les FARC constituent la principale guérilla de Colombie, avec quelque 7000 combattants, d'autres organisations restent actives : l'Armée de libération nationale (ELN), seconde guérilla du pays, et les bandes criminelles, souvent issues des groupes paramilitaires, continuent de défier le gouvernement.

«Cette économie de guerre va continuer au-delà des FARC. Le problème, c'est que nombre de ces groupes aspirent à reprendre les territoires où se trouvent des marchés» illégaux, souligne M. Avila. D'après ses calculs, près de 10 000 combattants de groupes clandestins autres que les FARC demeureront actifs.

Mais le trafic de drogue, «qui n'est pas né, ni ne va pas s'arrêter avec les FARC», pourra être combattu plus efficacement après cet accord car la guérilla est «le principal obstacle de la politique de lutte contre la drogue à cause des conditions d'insécurité qu'elle créé», commente M. Restrepo.

Quelle justice post-conflit?

Un des six accords qui jalonnent le texte prévoit une amnistie pour les combattants qui n'ont pas été impliqués dans des actes moins graves comme la rébellion ou le port illégal d'armes, soit la plupart des guérilleros.

Mais ceux qui auront commis des crimes tels que des massacres, des déplacements, des agressions sexuelles ou le recrutement de mineurs, seront jugés par des tribunaux spéciaux.

Les combattants qui avoueront leurs crimes pourront éviter la prison et bénéficier de peines alternatives, mais dans le cas contraire ils s'exposeront à des peines de 8 à 20 ans de prison.

Les opposants à l'accord estiment que c'est «un traitement injuste, car il ne punit pas suffisamment les FARC et ne prend pas assez en compte les droits des victimes», ajoute M. Restrepo.

Pour Daniel Pécaut, de l'Ecole des hautes études en sciences sociales (Ehess, à Paris), une partie de l'opinion publique colombienne «est hostile à la reconversion politique» des FARC, car ils n'ont jamais reconnu toutes «leurs responsabilités dans les crimes commis».

Le conflit colombien a fait 260 000 morts, sept millions de déplacés et 45 000 disparus.

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Le président colombien Juan Manuel Santos s'est félicité mercredi soir avec «une profonde émotion, une grande joie» de la conclusion de l'accord de paix avec la guérilla des FARC et a salué la fin de «la tragédie de la guerre», lors d'un discours au palais présidentiel Casa de Nariño, à Bogota.

AFP

Les cinq périodes-clés de la guérilla des FARC en Colombie

La guérilla des FARC a mis la Colombie à feu et à sang pendant plus d'un demi-siècle, dans une lutte armée qui doit prendre fin à la suite de l'annonce mercredi d'un accord de paix négocié depuis près de quatre ans.

Voici les cinq périodes-clés des 52 ans des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC, marxistes):

- 1964 : la fondation

Le 27 mai 1964 est considéré comme la date de naissance des FARC car c'est le jour du premier combat d'un groupe de paysans, emmenés par Pedro Antonio Marin, plus connu sous ses noms de guerre Manuel Marulanda Vélez ou «Tirofijo», à la suite d'une offensive de l'armée contre Marquetalia, localité du centre de la Colombie considérée par le gouvernement conservateur du président Guillermo Leon Valencia comme une «république indépendante» d'influence communiste.

- 1984, 1991, 1999 : trois processus de paix, trois échecs

La première tentative de dialogue de paix entre le gouvernement et les FARC a débuté le 28 mars 1984 sous la présidence de Belisario Betancur, à la faveur d'une trêve bilatérale. Ces négociations avorteront en 1987, comme les suivantes entamées en 1991 sous César Gaviria et en 1999 sous Andrés Pastrana. Ce dernier processus, qui a duré jusqu'en 2002, est connu sous le nom de Dialogues du Caguan, du nom de la zone démilitarisée de 42 000 km2 dans le sud du pays où les guérilleros s'étaient rassemblés durant les pourparlers.

- Années 1990 : l'escalade rebelle

Les années 1990 ont été marquées par une stratégie des FARC incluant les enlèvements de civils contre rançon et des attaques contre des villages, des bases militaires, des postes de police. Ainsi la prise de la localité amazonienne de Mitu en 1998, qui s'est soldée par 37 morts et 61 policiers séquestrés, et le massacre de Bojaya en 2002, avec 79 morts.

Mais c'est sans doute la prise d'otage de l'ex-candidate présidentielle Ingrid Betancourt en 2002 qui a eu le plus de retentissement à l'étranger. La captivité de cette Franco-Colombienne, libérée par l'armée en 2008, est devenue un symbole du drame des Colombiens séquestrés par les rebelles, certains pendant dix ans.

- Années 2000 : le Plan Colombie et l'offensive de l'État

Les États-Unis et le gouvernement d'Andrés Pastrana lancent en 2000 le Plan Colombie de lutte contre le trafic de drogue, qui sera élargie ensuite à la guérilla. Débute alors une décennie de féroce offensive contre les FARC, dirigée par le président Alvaro Uribe (2002-2010), qui a juré de vaincre militairement les rebelles. En 2008, après la mort apparemment naturelle de «Tirofijo», l'armée abat Luis Edgar Devia, alias Raul Reyes, responsable international des FARC, lors d'une opération en Équateur, près de la frontière. La décapitation de la guérilla se poursuit sous la présidence de Juan Manuel Santos : en 2010 le chef militaire Jorge Briceño, surnommé «Mono Jojoy», est tué dans un bombardement, puis en 2011 tombe Guillermo Saenz, alias Alfonso Cano, le successeur de «Tirofijo».

- 2012 : vers la fin de la confrontation

Le 18 octobre 2012, à l'initiative de M. Santos et du nouveau leader des FARC, Rodrigo Londoño, alias Timoleon Jiménez ou «Timochenko», est lancé à Oslo un nouveau processus de paix, qui débute formellement en novembre à La Havane, avec la Norvège et Cuba comme pays garants, le Chili et le Venezuela comme accompagnants. Près de quatre ans plus tard, le 24 août 2016, guérilla des FARC et gouvernement annoncent avoir conclu des accords de paix. Ils doivent être soumis à l'approbation des Colombiens lors d'un référendum prévu le dimanche 2 octobre.

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