Vingt-cinq ans après son indépendance, l'Ukraine se «décommunise» enfin

L'Ukraine fête mercredi le 25e anniversaire de son indépendance... (AFP, Genya Savilov)

Agrandir

L'Ukraine fête mercredi le 25e anniversaire de son indépendance avec l'URSS.

AFP, Genya Savilov

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

Dossiers >

Monde
Monde

soleil monde TOC »

Olga Shylenko
Agence France-Presse
Kiev

L'Ukraine, qui fête mercredi le 25e anniversaire de son indépendance, poursuit ses efforts de «décommunisation», malgré des tensions récurrentes lorsque ses villes et rues à connotation soviétique sont renommées et des monuments déboulonnés.

Pendant plus de 90 ans, la ville d'Artemivsk, dans l'est de l'Ukraine, a porté le nom d'un leader local de la révolution bolchévique. Mais fin 2015, il a été décidé que la ville reprendrait le nom qu'elle portait jusqu'en 1924 : Bakhmout.

Une statue de ce révolutionnaire, Fiodor Sergueïev, dit Artiom, avait déjà été déboulonnée et retirée du centre-ville en juillet 2015, en accord avec les lois controversées sur la désoviétisation.

«Les gens sont très mécontents», raconte à l'AFP Artour Radkovski, membre du conseil municipal. «Si seulement la vie allait mieux avec la démolition de ces monuments», argumente cet homme de 49 ans, mais les autorités ne font que «mutiler la ville».

Pour Mariana, 24 ans, «ce qu'il se passe en ce moment ressemble à une blague».

En 2015, le président ukrainien Petro Porochenko a promulgué de nouvelles lois interdisant toute propagande communiste dans le pays.

Le but était de rompre définitivement avec le passé soviétique de l'Ukraine alors que les autorités combattent dans l'est rebelle des séparatistes prorusses, pour la plupart nostalgiques de l'URSS, un conflit qui a fait près de 9500 morts depuis avril 2014.

Kiev a interdit les symboles soviétiques et nazis. Au terme de la loi, les monuments à la gloire de responsables communistes, dont les nombreuses statues de Lénine, doivent être démontés de même que doivent être rebaptisées les localités, rues ou entreprises faisant référence au communisme.

«Se débarrasser de l'héritage totalitaire»

Ces lois ont été adoptées sur fond de montée du patriotisme liée à la contestation proeuropéenne du Maïdan, qui a abouti en 2014 à la chute du président prorusse Viktor Ianoukovitch, suivie de l'annexion de la Crimée par la Russie et du conflit armé avec les rebelles dans l'est.

Pour le directeur de l'institut ukrainien de la Mémoire nationale, responsable de la «décommunisation», c'est bien cette ferveur proeuropéenne provoquée par le Maïdan qui explique le rythme «forcé et rapide» de ce processus.

Les Ukrainiens souhaitent «se débarrasser de l'héritage totalitaire», estime Volodymyr Viatrovitch.

«En Allemagne, il n'y a pas de monuments en l'honneur du troisième Reich. Notre but n'est pas d'effacer les pages de notre histoire, mais de les interpréter et de montrer que ces pages ne doivent jamais se reproduire», dit-il.

Mais pour Olessia Ostrovska, directrice d'un grand musée d'art moderne à Kiev, si la «décommunisation» est nécessaire, elle doit se faire sans précipitation.

«C'est la seule manière pour qu'on puisse accepter (ces changements). Des changements trop rapides peuvent provoquer une réaction inverse», estime cette femme de 38 ans, très respectée dans le monde de la culture.

«Les habitants des régions de l'est», traditionnellement russophones, «pensent que leur monde s'effondre et la démolition des monuments renforce leur sentiment d'insécurité et d'instabilité», explique-t-elle. «Cette perte de référence visuelle peut provoquer un certain stress. C'est une question très délicate.»

Parler ukrainien 

Selon un sondage réalisé ce mois-ci par l'organisation «Fondation des initiatives démocratiques», 61 % des Ukrainiens considèrent qu'un «nationalisme sain est ce dont le pays a besoin» en ce moment, contre 48 % en 1991.

Mais à Kiev, la volonté de se détacher du passé soviétique, et de la Russie plus généralement, va parfois jusqu'à renier sa propre langue.

Dans ce pays où le bilinguisme russe/ukrainien est courant, Antin Moukharski fait partie de ces Ukrainiens dont le russe était la langue maternelle, mais qui ont décidé de ne plus s'exprimer qu'en ukrainien.

«Ce sont des mesures qui doivent être mises en place dans le pays afin qu'il survive», estime celui qui a fondé une organisation appelée «Front culturel ukrainien».

Maïdan «a été une révolution antisoviétique. Les gens se sont enfin détachés de cette URSS qui vit en chacun de nous», explique-t-il.

«Mais le combat durera encore longtemps, car on ne se débarrasse pas comme ça de l'Union soviétique», note Antin Moukharski.

Partager

publicité

publicité

la liste:1710:liste;la boite:91290:box

En vedette

Précédent

publicité

la boite:1608467:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

Les plus populaires : Le Soleil

Tous les plus populaires de la section Le Soleil
sur Lapresse.ca
»

CONTRIBUEZ >

Vous avez assisté à un évènement d'intérêt public ?

Envoyez-nous vos textes, photos ou vidéos

Autres contenus populaires

image title
Fermer