Un mariage tourne au cauchemar en Turquie

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

Dossiers >

Monde
Monde

soleil monde TOC »

Ilyas Akengin, Pascale Trouillaud
Agence France-Presse
Gaziantep

Au moins 50 personnes ont été tuées dans un attentat-suicide lors d'un mariage dans le sud-est de la Turquie, le plus meurtrier cette année dans le pays, et qui porte «probablement» la signature du groupe État islamique (EI), a déclaré dimanche le président turc Erdogan.

Les restes d'une veste d'explosifs ont été retrouvés sur les lieux, a annoncé le parquet, confirmant la thèse d'un attentat-suicide samedi soir, dans la ville de Gaziantep, proche de la frontière syrienne.

«Le nombre de personnes tuées dans cet attentat terroriste est aujourd'hui de 50», a annoncé le gouverneur de la province, Ali Yerlikaya.

Il s'agit ainsi de l'attaque la plus meurtrière pour la Turquie, endeuillée depuis un an par une vague d'attentats sanglants attribués au groupe État islamique ou au Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), notamment à Ankara et à Istanbul.

L'attentat a visé un mariage auquel assistaient de nombreux Kurdes, et a également fait près d'une centaine de blessés.

Dans un communiqué, le président Recep Tayyip Erdogan a dit ne faire «aucune différence» entre le prédicateur en exil Fethullah Gülen - qu'il accuse d'avoir ourdi le coup d'État raté du 15 juillet - les rebelles du PKK et le groupe djihadiste EI, «probable auteur de l'attentat de Gaziantep».

«Notre pays, notre nation ne peuvent que réitérer un seul et même message à ceux qui nous attaquent: vous échouerez!» a-t-il encore écrit, avant que des condamnations affluent de l'étranger.

Le président français François Hollande a dénoncé «avec force l'ignoble attentat terroriste» de Gaziantep. «La France se tient aux côtés de tous ceux qui luttent contre le fléau du terrorisme», a-t-il dit, selon un communiqué de la présidence.

Le président russe Vladimir Poutine a condamné «la cruauté et le cynisme» de cette attaque.

L'ambassadeur des États-Unis John Bass a de son côté «condamné l'attaque barbare de civils innocents». «Nous sommes solidaires de notre allié la Turquie et nous engageons à continuer à travailler étroitement ensemble pour défaire la menace terroriste», a-t-il conclu.

Au Vatican, le pape François a déclaré: «Prions pour les victimes, morts et blessés, et demandons le don de la paix pour tous.»

«Bain de sang»

Un responsable turc a indiqué que le mariage «se déroulait en plein air» et dans un quartier du centre de Gaziantep à forte concentration kurde, ce qui renforce la piste djihadiste.

Les mariés ont survécu au carnage. La mariée Besna Akdogan, alternant crises de larmes et d'évanouissement depuis le drame, a déclaré à l'agence de presse Anadolu : «Ils ont transformé notre mariage en bain de sang». Légèrement blessée, elle a pu quitter l'hôpital dimanche.

D'après l'agence de presse Dogan, un kamikaze s'est mêlé aux invités - dont un grand nombre de femmes et d'enfants - avant d'actionner sa charge. Les forces de sécurité sont désormais à la recherche de deux personnes qui l'accompagnaient.

Des témoins ont livré des descriptions effroyables de la scène de l'attentat.

«Lorsque nous sommes arrivés, il y avait des tas de morts, une vingtaine, des personnes» avec «la tête, le bras, la main éparpillés au sol», a dit un homme.

«Regardez, ce sont les morceaux de ferraille qui sont entrés dans les corps de nos proches, ces billes les ont tués, il n'y a plus rien à dire», a déclaré un autre.

Gulser Ates, blessée, a raconté au quotidien Hurriyet que l'attaque avait eu lieu au moment où la fête se terminait.

«Nous étions assis sur des chaises, je discutais avec un de mes voisins. Il s'est effondré sur moi durant l'explosion. S'il n'était pas tombé sur moi, je serais morte», a-t-elle dit.

Des rangées de cercueils

Le parti prokurde HDP a condamné l'attentat dans un courriel, affirmant que «beaucoup de Kurdes ont perdu la vie».

M. Erdogan a jugé que les auteurs de l'attaque avaient pour objectif de semer la division entre les différents groupes ethniques vivant en Turquie.

Nombre de djihadistes perçoivent les Kurdes comme des ennemis. En Syrie voisine, les milices kurdes sont en première ligne dans les combats contre l'EI, et ont permis leur recul sur le terrain.

À Gaziantep, une foule d'hommes priaient devant des rangées de cercueils drapés de blanc et de nombreuses familles consultaient dans la détresse les listes des victimes transportées à la morgue.

Sur les lieux de l'explosion, de nombreux bâtiments proches ont eu les vitres brisées par le souffle, et ici ou là traînaient des chaussures.

Le sud-est et l'est de la Turquie ont été secoués en milieu de semaine par trois attentats qui ont fait 14 morts et ont été attribués par Ankara à la guérilla kurde qui semble, après une relative trêve à la suite du coup d'État manqué, avoir repris une campagne intense d'attentats .

Gaziantep est devenue le point de passage de très nombreux réfugiés syriens fuyant la guerre dans leur pays, et dont 2,7 millions vivent en Turquie.

Mais la zone abriterait en dehors des réfugiés et des militants de l'opposition un nombre significatif de djihadistes.

L'attentat de Gaziantep est survenu le jour où le premier ministre Binali Yildirim a annoncé que la Turquie souhaitait jouer un rôle «plus actif» dans la solution de la crise en Syrie afin de «faire cesser le bain de sang».

Ankara est également aujourd'hui plus activement impliqué dans la lutte de la coalition menée par les États-Unis contre l'EI.

Les attentats en Turquie depuis un an

28 juin 2016: 47 personnes, dont de nombreux étrangers, sont tuées dans un triple attentat-suicide à l'aéroport international Atatürk d'Istanbul. L'attaque, non revendiquée, est attribuée par les autorités à l'EI.

7 juin 2016: 11 morts, dont 6 policiers, dans un attentat à la voiture piégée contre un bus de policiers antiémeutes à Beyazit, quartier historique d'Istanbul. L'attaque est revendiquée par les Faucons de la liberté du Kurdistan (TAK), un groupe radical proche du PKK, initialement accusé par le président Erdogan.

19 mars 2016: Quatre touristes (trois Israéliens et un Iranien) sont tués à Istanbul et 36 personnes blessées dans un attentat commis par un kamikaze qui se fait exploser sur la célèbre avenue Istiklal. Les autorités mettent en cause l'EI.

13 mars 2016: 35 morts et plus de 120 blessés dans un attentat à la voiture piégée dans le centre d'Ankara, revendiqué par les TAK.

17 février 2016: 28 morts et quelque 80 blessés dans l'explosion d'une voiture piégée conduite par un kamikaze en plein coeur d'Ankara. L'attaque, qui visait des véhicules militaires, est revendiquée par les TAK.

12 janvier 2016: 12 touristes allemands sont tués dans un attentat-suicide à Sultanhamet, dans le coeur historique d'Istanbul. L'attaque, attribuée à l'EI par les autorités, est perpétrée sur l'ancien hippodrome qui borde la basilique Sainte-Sophie et la Mosquée bleue, de hauts lieux touristiques de la plus grande ville du pays.

10 octobre 2015: 103 morts et plus de 500 blessées dans un double attentat-suicide devant la gare principale d'Ankara lors d'un rassemblement prokurde. Cette attaque, la plus meurtrière jamais survenue sur le sol turc, est attribuée par les autorités à l'EI.

20 juillet 2015: 34 morts et une centaine de blessés dans un attentat à Suruç, près de la frontière syrienne, visant de jeunes militants de la cause kurde. Il est attribué à l'État islamique. Cette attaque, suivie deux jours plus tard par le meurtre de deux policiers turcs par le PKK, fait voler en éclats le cessez-le-feu de plus de deux ans entre les rebelles kurdes et les autorités.

Partager

À lire aussi

publicité

publicité

la liste:1710:liste;la boite:91290:box

En vedette

Précédent

publicité

la boite:1608467:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

Les plus populaires : Le Soleil

Tous les plus populaires de la section Le Soleil
sur Lapresse.ca
»

CONTRIBUEZ >

Vous avez assisté à un évènement d'intérêt public ?

Envoyez-nous vos textes, photos ou vidéos

Autres contenus populaires

image title
Fermer