Tianjin, le désastre oublié

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En août 2015, de gigantesques déflagrations parties d'un entrepot de cyanure au port de Tianjin, en Chine, ont incendié des édifices et des parcs automobiles sur près de trois kilomètres. Au moins 165 personnes ont perdu la vie.

AFP, Benjamin Haas

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Benjamin Haas
Agence France-Presse
Tianjin

Un an après les explosions meurtrières dans la ville chinoise de Tianjin, l'entrepreneur Qin Tao tente de redémarrer une vie normale : pas facile dans un quartier toujours constellé de fenêtres aux verres brisés et d'immeubles dévastés, dont les ex-occupants se battent toujours pour des aides de l'État.

Au moins 165 personnes sont mortes à la suite des gigantesques déflagrations survenues dans la nuit du 12 août 2015, parties d'un entrepôt où étaient stockées des centaines de tonnes de cyanure, dans le port de Tianjin, à 140 kilomètres de Pékin.

Les explosions avaient laissé un paysage de désolation, avec des bâtiments incendiés et des vitres brisées à quelque trois kilomètres à la ronde, outre une contamination des sols.

Un an plus tard, le quartier porte encore les stigmates : des tours ravagées restent en l'état sur un rayon d'un kilomètre, les fenêtres soufflées, le long d'avenues désertées.

Pourtant, «des officiels du quartier sont venus, prenant des notes et des photos, puis des responsables du district ont fait de même, puis la police et des gens de la municipalité», énumère M. Qin, entrepreneur de 36 ans. «Depuis, je n'ai plus entendu parler de rien, rien n'a été fait.»

En ravageant une zone résidentielle habitée par la classe moyenne, l'accident de Tianjin avait traumatisé le pays. Les autorités avaient alors promis de convertir le lieu des explosions en parc et de rénover le quartier, au sein d'une zone de libre-échange expérimentale.

Des piétons marchent près de la station de... (AFP) - image 2.0

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Des piétons marchent près de la station de métro de Tianjin, un an après l'explosion. 

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Le site d'où sont parties les déflagrations reste aujourd'hui inaccessible, entouré de palissades métalliques et surveillé par des patrouilles policières. Sur une autoroute surplombant les lieux, un fourgon de policiers d'élite stationne pour dissuader les curieux de s'arrêter.

Non loin de là, une école neuve demeure à l'abandon; les magasins affichent devantures poussiéreuses et portes cadenassées, et seuls de rares groupes d'ouvriers migrants arpentent les rues.

Rêve brisé

Juste avant la catastrophe, Qin Tao se préparait à ouvrir sa firme de logistique - son «rêve». Mais les bureaux qu'il venait d'acheter dans la tour Fortune World Trade Center, balayée par les déflagrations, ne valent plus grand-chose.

Avec d'autres propriétaires de bureaux, il a participé en mai à une manifestation, déployant sur cinq étages de la tour d'immenses banderoles proclamant leur désarroi : «Injustice! Nous attendons une solution, quelle tragédie!»

La police était intervenue immédiatement - mais aucune réaction officielle n'a suivi.

«Je suis endetté jusqu'au cou, le gouvernement ne nous aide pas!» se désole M. Qin. «Je dois rembourser le prêt contracté pour acheter mes bureaux, alors que nous n'avons jamais commencé nos activités. Il n'y a rien à faire.»

Les résidents d'un complexe résidentiel à 800 mètres seulement de l'épicentre des explosions se trouvent mieux lotis : soucieuses de rassurer, les autorités ont offert aux propriétaires de racheter leurs appartements ou de financer les réparations.

Mais les sommes sont très en dessous de la valeur d'un appartement et insuffisantes pour rénover des logements en lambeaux et contaminés, s'insurge Mme Wei, une résidente.

«Le prix proposé ne suffit pas pour acheter un autre appartement ailleurs dans la ville», explique-t-elle à l'AFP. Beaucoup ont choisi d'accepter une compensation pour les réparations, mais ils devront encore en payer environ 90 % de leur poche.

Un an après le drame, le quartier est... (AFP, Benjamin Haas) - image 3.0

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Un an après le drame, le quartier est toujours abandonné. Des responsables du district ont pris des notes et des photos, et rien n'a été fait depuis.

AFP, Benjamin Haas

Les entreprises dans les parages disent souffrir des répercussions. «Nos affaires se sont effondrées», commente M. Xuan, gérant d'une société dans le même immeuble que Qin. «Des entreprises comme la mienne, spécialisées dans la chimie, sont particulièrement affectées, les volumes [stockés] au port ont dégringolé.»

Certes, l'impact économique reste circonscrit : seule une petite partie des infrastructures a été touchée, et le volume total de fret ayant transité par le port de Tianjin au premier semestre 2016 a bondi de 18 % sur un an.

Mais les responsabilités du drame restent un sujet sensible. Selon l'agence officielle Chine Nouvelle, la société logistique Rui Hai, propriétaire de l'entrepôt de produits chimiques, était contrôlée par le fils d'un ex-chef de la police du port et un ancien responsable du géant chimique public Sinochem.

Ces connexions avaient permis d'obtenir des autorisations en dépit d'entorses aux règles de sécurité.

«Nous avions essayé de construire quelque chose, mais aujourd'hui, nous n'avons plus rien, soupire Xuan. Nous ne sommes responsables de rien dans cette catastrophe, mais nous payons les pots cassés.»

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