Des rats pour dépister... TNT et tuberculose

Des rats comme celui-ci subissent un entraînement afin... (AFP, Carl de Souza)

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Des rats comme celui-ci subissent un entraînement afin de pouvoir détecter des traces d'explosifs. Grâce à ces animaux, l'ONG belge Apopo - qui utilise les rongeurs sur le terrain - a déjà neutralisé plus de 83 000 mines antipersonnel et détecté plus de 10 000 cas de tuberculose.

AFP, Carl de Souza

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Nicolas Delaunay
Agence France-Presse
Morogoro, Tanzanie

Le soleil se lève à peine au pied du massif de Morogoro, en Tanzanie, que Jon Stewart et Stephen Hawking agitent déjà frénétiquement leur museau inquisiteur sur le sol humide d'un champ truffé de mines antipersonnel inactives.

Ces rats géants, des jumeaux nés en juin 2015, participent à la dernière phase de leur entraînement avant d'être envoyés au Mozambique, en Angola ou au Cambodge, pays dans lesquels l'ONG belge Apopo, leur employeur, a déjà neutralisé plus de 83 000 mines antipersonnel après avoir remporté des appels d'offres pour le déminage de ces zones meurtries par la guerre.

À deux pas de là, dans une cage aux larges fenêtres de verre installée dans un laboratoire du campus de l'Université Sokoine, Violet et Oprah s'affairent d'éprouvette en éprouvette à la recherche d'une maladie qui tue 1,5 million de personnes par an : la tuberculose.

Ces deux rongeurs ne sont, eux, plus à l'entraînement mais au travail. Ils reniflent à longueur de journée des échantillons de crachats envoyés par 29 hôpitaux de la région et tentent de détecter les cas de tuberculose passés entre les mailles du filet lors de tests par microscopie peu avancée.

L'utilisation de rats pour ces tâches délicates peut sembler incongrue et n'est dans le cas de la tuberculose pas homologuée par l'Organisation mondiale de la santé, mais elle a fait ses preuves, assure l'ONG Apopo, selon laquelle ces animaux repèrent les mines à un rythme plus rapide que lorsqu'on recourt aux méthodes traditionnelles et permettent d'augmenter de 40 % le nombre des cas de tuberculose dépistés.

«En fait, le principal obstacle, c'est la perception négative que les gens ont du rat», concède en souriant Christophe Cox, directeur d'Apopo, créée en 1997 et installée à Morogoro depuis 2000.

L'ONG dispose actuellement de 222 rats géants, dont 108 participent à des activités de déminage en Angola, au Mozambique et au Cambodge et 42 dépistent la tuberculose en Tanzanie et au Mozambique, les rongeurs restants étant en «formation» ou utilisés pour la reproduction.

Quadrillage efficace

Si le chien, autre animal au flair reconnu, peut apprendre des tâches multiples et plus compliquées, le rat «est plus adapté pour des tâches très répétitives», souligne M. Cox. Plus petit, il est en outre plus facile à transporter, à loger et à nourrir.

À Morogoro, les rats suivent une formation de six à neuf mois pour reconnaître soit le TNT, soit la tuberculose. La méthode d'entraînement est la même.

Lorsqu'un rongeur désigne l'échantillon en grattant le sol, le formateur émet grâce à un petit instrument un bruit similaire à celui des castagnettes, signe que l'animal peut venir téter une seringue sans aiguille remplie d'un mélange de banane, de beurre de cacahuète et de noisettes, sa récompense.

Pour le déminage, les rats effectuent des allers-retours le long d'une corde tendue au ras du sol miné et décalée de 50 centimètres à chaque passage pour un quadrillage efficace.

«Cela va beaucoup plus vite qu'avec les méthodes traditionnelles, car les rats ne détectent que les mines, alors qu'un détecteur de métaux va sonner pour le moindre débris métallique», soutient Jared Mkumba, coordinateur de l'entraînement de ces petits démineurs, par ailleurs «très légers» et qui «ne font pas exploser les mines».

Ce rongeur ne remplace pas pour autant les autres moyens utilisés, nuance M. Mkumba, évoquant une complémentarité. «Les rats sont plus efficaces sur les vastes terrains où les mines sont éparpillées, mais sur des terrains densément minés, comme les ceintures de mines, ils sont inutiles vu qu'on sait où elles sont.»

Suspects

Le dépistage de la tuberculose s'effectue, lui, dans deux laboratoires, à Morogoro depuis 2007, et à Maputo, au Mozambique, depuis début 2013, en vertu de contrats passés avec les autorités locales. Les rats y passent en revue des échantillons provenant de centres de santé avoisinants.

«Par manque de moyens, de qualifications et de temps, les hôpitaux de la région passent à côté de 50 % des cas de tuberculose», assure Christophe Cox. «Grâce aux rats, nous augmentons de 40 % le taux de détection.»

Sont soumis aux rats un mélange d'échantillons déjà testés positifs et d'échantillons ayant été jugés sains, mais qui ont tous été décontaminés, pour des raisons de sécurité. «Le virus est rendu inactif, mais son odeur est toujours bien présente», souligne Haruni Ramadhan, qui supervise la formation des rats pour le dépistage de la tuberculose.

Lorsqu'un rat désigne un échantillon qui n'avait pas été initialement détecté, celui-ci est soumis à un test de confirmation.

«Le grand avantage ici, c'est à nouveau la rapidité des rats, ils peuvent passer 100 échantillons en revue en 20 minutes, alors qu'un technicien de laboratoire mettra quatre jours», indique Christophe Cox.

La présence d'échantillons déjà testés positifs peut étonner, mais elle est indispensable au bon fonctionnement des opérations : le rat n'est en effet récompensé que lorsqu'il détecte un échantillon déjà testé positif.

«On ne peut pas récompenser le rat pour les échantillons non confirmés, car on ne sait pas s'ils sont contaminés et on ne peut pas récompenser le rat si on n'est pas sûr qu'il a raison», explique M. Ramadhan. «Or si le rat n'était jamais récompensé, il arrêterait de chercher.»

Apopo dit avoir détecté 10 000 cas de tuberculose grâce à ces rats dépisteurs. Et sa boîte à idées regorge de projets, comme la détection du cancer ou des maladies neurodégénératives.

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