L'autre révolution de Raul Castro

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Cuba est gouvernée par Raul Castro, le frère de Fidel, depuis 10 ans, soit depuis le 31 juillet 2006.

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Héctor Velasco
Agence France-Presse
La Havane

Cuba célébrait dimanche le 10e anniversaire de l'arrivée au pouvoir de Raul Castro, le frère de Fidel, père de la Révolution cubaine, une décennie marquée par des évolutions longtemps inimaginables sur l'île communiste: ouverture économique et rapprochement avec les États-Unis.

Le 31 juillet 2006, Fidel Castro délègue le pouvoir, pour raisons de santé, à son frère cadet Raul, ancien numéro 2 du régime et ministre de la Défense depuis 1959 et l'arrivée des barbudos sur l'île.

Officiellement désigné président en 2008, il a annoncé qu'il passerait la main en 2018, après avoir imposé la limite de deux mandats consécutifs. Miguel Diaz-Canel, numéro deux du régime, né en 1960, est appelé à succéder aux Castro.

Aussi discret que son aîné était volubile, Raul Castro, 85 ans, a fait entrer son pays dans une nouvelle ère, sans toutefois céder sur le champ politique.

Dans cette photo prise le 21 juillet 2016... (AP, Desmond Boylan) - image 2.0

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Dans cette photo prise le 21 juillet 2016 à La Havane, on voit une affiche représentant Fidel Castro à différentes époques.

AP, Desmond Boylan

À présent, les Cubains peuvent voyager plus facilement, choisir parmi de nombreux restaurants privés, se connecter à des bornes WiFi en extérieur - en payant -, vendre et acheter leur voiture ou leur maison, et voir flotter la bannière étoilée au-dessus de l'ambassade des États-Unis.

Depuis l'annonce-choc de leur rapprochement, fin 2014, les deux anciens ennemis de la Guerre froide sont parvenus à concrétiser quelques avancées: rétablissement d'un service postal direct, début du retour des hôteliers et croisiéristes américains à Cuba, et les liaisons aériennes régulières doivent être rétablies dans les prochains mois.

Cuba réclame toujours la levée de l'embargo imposé à l'île depuis 1962. Le président Barack Obama, qui a effectué une visite historique en mars à La Havane, a assoupli l'embargo, mais il a échoué à le faire lever par le Congrès, dominé par les républicains.

Pays transformé

Yuri, 55 ans, fait partie de ces petits entrepreneurs privés qui ont pu, grâce à la timide ouverture économique de Raul, accroître leur pouvoir d'achat.

Ce professeur d'éducation physique «protège» son atelier de pneus à la Havane avec une affiche de l'actuel président.

On peut y lire cette phrase du leader qu'il montre comme une amulette: «Ceux qui diabolisent [...] les travailleurs à leur compte ont choisi un chemin, qui en plus d'être mesquin, est risible. Cuba compte sur eux, c'est un des moteurs du développement futur.»

Car ces cuentapropistas (travailleurs indépendants), qui sont environ 500 000, contre encore cinq millions de fonctionnaires pour 11,1 millions d'habitants, ne sont pas toujours épargnés par les critiques.

Né sous Fidel, à l'époque des expropriations et du rejet de l'entreprise privée, Yuri est parti travailler au Mexique, puis aux États-Unis. Cela fait près de trois ans qu'il est revenu sur l'île.

Il dit y avoir trouvé un pays transformé: «Je n'ai jamais pensé qu'il pourrait y avoir une ouverture, et ce n'est pas fini.»

Mais en 10 ans, «de nombreux autres changements structurels auraient pu être faits. Les résultats sont très en dessous des attentes», déclare à l'AFP Pavel Vidal, un économiste cubain de l'Université Javeriana en Colombie.

Cet expert cite, par exemple, le double système monétaire, qui fait cohabiter le peso cubain et le peso cubain convertible, source d'inflation, et la trop modeste ouverture aux investissements étrangers.

D'autres experts critiquent les choix de Raul, pour les mêmes raisons que Fidel: la bureaucratie et le système du parti unique qui s'en prend aux dissidents.

Si le gouvernement cubain nie l'existence de prisonniers politiques sur l'île, selon le dernier recensement de la Commission cubaine des droits de l'homme, Cuba compte 93 détenus «pour motifs politiques».

Malgré tout, des analystes comme Arturo Lopez-Levy, politologue d'origine cubaine de l'Université du Texas, estiment que Raul Castro a contribué à améliorer «la qualité de vie» d'une partie des Cubains.

«Les plus conservateurs voulaient une réforme graduelle, contrôlée et limitée à l'économie, mais Raul Castro a également impulsé des changements politiques», assure-t-il à l'AFP, citant la réforme migratoire qui permet aux Cubains de voyager, «l'accroissement des libertés religieuses» et la décentralisation de l'appareil d'État.

Comme «personne à gauche ne pouvait le taxer d'être un partisan du capitalisme», Raul en a profité pour réaliser des «changements en direction des marchés», conclut-il.

Cuba en cinq points

Un demi-siècle de régime castriste

Le 1er janvier 1959, Fulgencio Batista - au pouvoir depuis 1952 après un coup d'État - est renversé par les barbudos de Fidel Castro. Le «lider Maximo» établit une République socialiste sous la direction du Parti communiste de Cuba (PPC, parti unique fondé en 1965) dotée d'une Constitution en 1976.

Les États-Unis rompent les relations diplomatiques avec le nouveau régime dès 1961, et soutiennent une tentative ratée de débarquement de forces anticastristes dans la baie des Cochons. L'année suivante, la découverte de missiles soviétiques à Cuba conduit à la plus grave crise de la Guerre froide.

Le 31 juillet 2006, Fidel Castro, malade, demande à son frère Raul de le remplacer aux commandes de l'État. En février 2008, Raul Castro devient officiellement président de Cuba et, en avril 2011, assume également la direction du tout puissant PCC, à laquelle Fidel a renoncé.

Embargo et difficultés économiques

Sous embargo américain depuis 1962, privée des subsides soviétiques depuis la désintégration de l'URSS en 1990, Cuba est devenue grandement dépendante du Venezuela, principal associé commercial et fournisseur de pétrole à des conditions très avantageuses.

La très grave crise que traverse le Venezuela ainsi que la chute des cours des matières premières ont fortement affecté l'économie de l'île.

La croissance, qui a atteint 4 % en 2015, ne devrait atteindre que 2 % cette année, selon les prévisions du gouvernement.

L'exportation de services (principalement l'envoi de coopérants médicaux) est la première source de revenus en devises de Cuba, avec quelque 8 milliards $ par an, loin devant le tourisme (2,8 milliards $).

La plus grande île des Antilles

D'une superficie de 110 860 km2, avec 6073 km de côtes, Cuba (11,27 millions d'habitants) est la plus grande île des Antilles, située à 77 km à l'ouest de Haïti et à 180 km au sud des États-Unis.

L'île est découverte en 1492 par Christophe Colomb. L'esclavage, aboli en 1886, a substitué une main-d'oeuvre noire à une population amérindienne rapidement décimée. Cuba est rattachée à la couronne d'Espagne jusqu'à la guerre d'indépendance (1895-1898), durant laquelle les États-Unis interviennent en faveur des insurgés. Le traité de Paris (décembre 1898) met fin à la domination espagnole, mais l'indépendance définitive n'intervient qu'en 1901.

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