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Turquie: 17 journalistes emprisonnés pour liens avec «une organisation terroriste»

Alors que des responsables européens ont critiqué l'ampleur... (AP, Kayhan Ozer)

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Alors que des responsables européens ont critiqué l'ampleur des purges en Turquie, le président Recep Tayyip Erdogan a conseillé aux Occidentaux de «se mêler de leurs affaires», dans un discours prononcé depuis son palais présidentiel vendredi soir.

AP, Kayhan Ozer

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Stuart WILLIAMS avec Isabelle WESSELINGH
Agence France-Presse
Ankara

La Turquie a emprisonné 17 journalistes qu'elle accuse de liens avec «une organisation terroriste», mais le président Recep Tayyip Erdogan a rejeté les critiques des Occidentaux sur les vastes purges après le putsch raté.

Dans un geste destiné à «renforcer l'unité nationale» deux semaines après la tentative de coup d'État militaire du 15 juillet, le chef de l'État a annoncé renoncer aux plaintes déposées contre ceux accusés de l'avoir «insulté». Près de 2000 personnes seraient concernées.

Le grand «coup de balai» lancé après le putsch avorté a toutefois continué, en dépit de mises en garde des Européens sur l'impact négatif qu'il pourrait avoir sur la candidature turque à l'Union européenne (UE).

Le pouvoir islamo-conservateur du président Erdogan accuse le prédicateur en exil aux États-Unis, Fethullah Gülen, et les partisans de son mouvement en Turquie, d'avoir organisé le coup d'État manqué.

Un responsable turc a assuré sous couvert d'anonymat que les services de renseignement avaient intercepté il y a plus d'un an des messages cryptés qui ont permis d'identifier 40 000 partisans du prédicateur dont 600 militaires de haut rang. «Un grand nombre sont impliqués dans la tentative de coup», a-t-il affirmé.

Plus de 18 000 personnes ont été placées en garde à vue à un moment ou à un autre au cours des deux dernières semaines. Environ 10 000 d'entre elles font maintenant l'objet de poursuites et ont été placées en détention préventive.

Dix-sept journalistes sur les 21 qui ont comparu devant un tribunal d'Istanbul se sont ainsi réveillés en prison samedi, inculpés pour leurs liens présumés avec «une organisation terroriste», selon l'agence de presse officielle Anadolu.

Parmi eux figurent Nazli Ilicak, une journaliste réputée, ancienne députée du parti AKP de M. Erdogan, et d'anciens membres de la rédaction du quotidien Zaman, pro-Gülen jusqu'à sa reprise en main par le pouvoir en mars.

Détentions «inacceptables»

«Ces détentions sont inacceptables», a estimé le journaliste turc Mustafa Akyol dans le quotidien Hurriyet tout en soutenant l'action du gouvernement contre les putschistes.

«Ces gens n'ont fait qu'exercer leur profession ou partager leurs idées dans un journal détenu par la communauté Gülen, ce qui ne veut pas dire qu'ils fassent partie de cette communauté» ou soient impliqués dans le putsch, a-t-il ajouté.

«Ce n'est pas normal d'arrêter des journalistes, ce pays ne devrait pas répéter ce genre d'erreurs», a dit le commentateur Bulent Mumay, un des quatre remis en liberté, cité par l'agence de presse privée Dogan.

Le chef de la diplomatie turque, Mevlut Cavusoglu, a estimé nécessaire de faire le tri entre les putschistes et ceux «qui font du vrai journalisme».

Alors que plus de 2700 juges ont été suspendus, il est «inconcevable» d'envisager des procès équitables pour les milliers de suspects, a déclaré le juge français Marcel Lemonde, expert pour un programme du Conseil de l'Europe pour la modernisation de la justice turque entre 2012 et 2014.

Il a dénoncé «une indépendance de la justice systématiquement battue en brèche» par le pouvoir et «un climat de terreur» qui se répand dans le système judiciaire turc depuis 2013, après une période (2002-2012) où d'importants progrès avaient été enregistrés.

Un total de 758 militaires ont par ailleurs été libérés vendredi soir, dont 62 étudiants de l'Académie d'Istanbul dont certains âgés de moins de 20 ans.

Occidentaux appelés à «se mêler de leurs affaires»

Alors que des responsables européens ont critiqué l'ampleur des purges, le président Erdogan a conseillé aux Occidentaux de «se mêler de leurs affaires», dans un discours prononcé depuis son palais présidentiel vendredi soir.

«Ces pays dont les leaders ne sont pas inquiets pour la démocratie turque, ni pour la vie de nos citoyens [...] alors qu'ils sont tellement préoccupés par le sort des putschistes, ne peuvent pas être nos amis», a-t-il lancé.

Signe de la tension avec l'UE, le président de la Commission, Jean-Claude Juncker, a estimé que l'accord UE/Turquie pour freiner l'afflux de réfugiés en Europe occidentale risquait de capoter.

Un général américain de haut rang s'était également inquiété d'un éventuel impact des purges dans l'armée sur la coopération avec la Turquie dans la lutte contre le groupe État islamique (EI). Près de la moitié (149) des généraux de l'armée turque ont été limogés après le putsch raté.

Le président Erdogan a accusé ce général de «prendre le parti des putschistes», des accusations démenties par le chef militaire américain.

Le président veut contrôler le renseignement et l'état-major

Le président turc Recep Tayyip Erdogan a déclaré samedi vouloir faire passer sous son contrôle direct les services de renseignement et les chefs d'état-major de l'armée, deux semaines après un coup d'État militaire raté.

«Nous allons introduire une petite réforme constitutionnelle [au Parlement] qui, si elle est approuvée, fera passer le service national de renseignement [MIT] et les chefs d'état-major [de l'armée] sous le contrôle de la présidence», a-t-il déclaré sur la chaîne de télévision A-Haber.

Pour être adoptée, cette réforme qui renforcerait les pouvoirs du président doit être approuvée par une majorité des deux-tiers au Parlement. Le gouvernement islamo-conservateur de l'AKP aura donc besoin du soutien de certains partis d'opposition.

Le 26 juillet, le premier ministre Binali Yildirim avait affirmé que les principales formations d'opposition étaient prêtes à travailler avec lui pour élaborer une nouvelle Constitution.

Le président turc a par ailleurs annoncé samedi son intention de fermer toutes les écoles militaires et de les remplacer par une université nationale chargée de former les forces armées.

Ces déclarations interviennent alors qu'Ankara a procédé cette semaine à un important remaniement de l'armée, dont près de la moitié des généraux ont été limogés après la tentative de putsch.

Une petite partie de l'armée, dont de hauts gradés, s'étaient emparés de chars, avions de chasse et hélicoptères pour renverser le pouvoir.

Instauré peu après, l'état d'urgence pourrait être prolongé, comme l'a fait la France après les attentats djihadistes, a déclaré M. Erdogan.

«Si les choses ne reviennent pas à la normale durant cette période d'état d'urgence [trois mois], nous pourrons le prolonger», a-t-il expliqué.

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