Syrie: couloirs humanitaires à Alep

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L'opération russe pourrait ouvrir la voie à la reprise totale par le régime de la deuxième ville de Syrie et porter un coup fatal à la rébellion.

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Agence France-Presse
Alep

La Russie, alliée du président syrien Bachar Al-Assad, a annoncé des couloirs humanitaires pour permettre aux civils et combattants de sortir des secteurs rebelles de la métropole d'Alep, assiégés et bombardés sans relâche par le régime.

L'opération russe pourrait ouvrir la voie à la reprise totale par le régime de cette deuxième ville de Syrie et porter ainsi un coup fatal à la rébellion qui lutte depuis cinq ans pour renverser Assad.

Enjeu majeur du conflit, Alep est divisée depuis 2012 en quartiers tenus par le régime à l'ouest et secteurs contrôlés par les insurgés à l'est.

À coups de barils d'explosifs et de raids aériens intensifs qui ont fait des centaines de morts et laissé en ruines les quartiers rebelles dans l'est d'Alep, les troupes du président Assad cherchent depuis des mois à reconquérir ce secteur où elles assiègent quelque 250000 personnes depuis le 17 juillet.

Parallèlement à l'initiative russe, M. Assad a décrété une amnistie pour tous les insurgés qui rendraient les armes dans les trois mois.

Moscou aide militairement depuis plus d'un an le régime syrien dans sa guerre contre les rebelles et les djihadistes. Son aviation a participé aux bombardements des secteurs rebelles d'Alep.

Constatant «une situation difficile», le ministre russe de la Défense Sergueï Choïgou a annoncé une «opération humanitaire de grande ampleur» à Alep avec la création de trois couloirs pour «les civils pris en otage par les terroristes et pour les combattants souhaitant déposer les armes».

Un quatrième doit être ouvert, dans le nord, sur la route du Castello, afin de permettre «le passage en sécurité des combattants armés», a-t-il ajouté.

Poursuite des bombardements

Le correspondant de l'AFP qui s'est rendu jeudi après-midi près de l'un des couloirs concernés a constaté qu'il apparaissait encore fermé et qu'il n'y avait aucun mouvement.

Alors que les bombardements du régime se sont poursuivis sur les quartiers rebelles même après l'annonce russe, plusieurs habitants ont dit leurs craintes de se retrouver du côté des prorégime, en cas de sortie.

«Nous avons peur d'utiliser les passages car nous avons refusé de faire le service militaire. En plus, ces couloirs ce sont des paroles en l'air. C'est une excuse pour que le régime mette les gens en prison», a dit Hassan Ibrahim, 25 ans, père de famille, dans le quartier de Boustane al-Qasr.

Dans le quartier de Ferdous, Ahmad Aswad, un célibataire de 21 ans, a aussi peur. «Je ne sortirai pas. Mais si ces passages c'est du sérieux, et en cas de famine, je ferai sortir ma mère et mes petits frères et soeurs».

Les avions du régime ont largué dans la journée des tracts montrant un plan des corridors, ainsi que des dizaines de petits sacs en plastique contenant de la nourriture ainsi que des couches de bébé, des shampoings et des lingettes. De nombreux produits portaient des marques russes.

Rejetant l'initiative russe, l'opposition en exil a dénoncé des «crimes de guerre» à Alep et un «exode forcé» des habitants du secteur rebelle.

Pour le chef des opérations humanitaires de l'ONU Stephen O'Brien, la meilleure solution est de permettre un accès humanitaire libre et sûr aux civils à Alep. «Personne ne doit être forcé de fuir, par un itinéraire précis ou vers une certaine destination».

Al-Nosra dit quitter Al-Qaïda

Des organisations de défense des droits de l'Homme ont estimé que ces corridors n'étaient pas la solution. Amnesty international a indiqué que de nombreux civils «pourraient ne pas prendre au sérieux les promesses du gouvernement. Installer des corridors n'empêchera pas une catastrophe humanitaire».

Par ailleurs, la branche syrienne d'Al-Qaïda, le Front al-Nosra, a annoncé la rupture de ses liens avec le réseau jihadiste au nom duquel elle combattait en Syrie depuis 2013, dans une vidéo dans laquelle est apparu pour la première fois son chef Abou Mohammad al-Jolani.

Dans l'enregistrement diffusé jeudi par la chaîne du Qatar Al-Jazeera, al-Jolani a également annoncé que son groupe avait changé de nom et s'appelait désormais Front Fateh al-Cham.

Mais la Maison-Blanche et le département d'État ont déclaré que pour les États-Unis cette annonce ne changeait rien et que le groupe restait à leurs yeux «une organisation terroriste».

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