Un des tueurs rêvait de la Syrie

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Agence France-Presse
Saint-Étienne-du-Rouvray

Issu d'une famille sans problèmes mais souffrant de troubles du comportement, radicalisé récemment et obsédé par la Syrie, Adel Kermiche, l'un des meurtriers du prêtre français égorgé mardi dans son église était, à 19 ans, selon divers témoignages, une «bombe à retardement».

Né le 25 mars 1997 en Normandie, région du nord-ouest de la France où a eu lieu l'attaque, Kermiche était issu d'une famille nombreuse d'origine algérienne sans histoire, selon ses voisins et ses proches.

Sa famille avait d'ailleurs signalé sa radicalisation et s'inquiétait de la pente suivie par le jeune homme, selon un représentant musulman de la ville.

Car son parcours est heurté. Selon le quotidien français Le Monde, Adel Kermiche a été suivi psychologiquement dès l'âge de six ans et a effectué durant son adolescence plusieurs séjours en hôpital, dont 15 jours dans une unité psychiatrique.

Décrit comme un enfant hyperactif, puis exclu à 12 ans du collège pour troubles du comportement, il était une véritable «bombe à retardement», selon le témoignage d'un jeune du quartier cité par le quotidien Le Parisien.

«Cet enfant avait des problèmes psychologiques», a confirmé à l'AFP Annie Geslin, une proche venue apporter son soutien mercredi à la famille Kermiche, mais qui a trouvé porte close.

Le jeune homme habitait avec ses parents une maison située à près de deux kilomètres de l'église où, avec un autre assaillant encore non identifié, il a pris en otage six personnes lors d'une messe, tué le prêtre qui officiait et blessé grièvement un paroissien. Il a ensuite été abattu avec son complice par la police.

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Mercredi soir, l'organe de propagande de l'État islamique a diffusé une vidéo où l'on peut voir les deux meurtriers du père Hamel déclarer leur allégeance au groupe djihadiste.

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«C'était un jeune fragile. Sa famille lui a apporté tout son amour pour éviter que son enfant ne dérape», a expliqué Annie Geslin. «Ils n'ont pas réussi à faire revenir leur fils à un comportement plus normal.»

Deux tentatives

D'autres témoins ont décrit la radicalisation rapide du jeune homme, qu'on ne voyait pas prier à la mosquée, selon un de ses responsables. «Il devait fréquenter la mosquée Google», a lancé Mohammed Karabila, président du Comité régional du culte musulman et de la mosquée de la ville.

«Il parlait d'islam, qu'il allait faire des trucs comme ça. Il m'a dit : "Je vais aller faire une église" il y a deux mois. Je ne l'ai pas cru, il disait beaucoup de choses», a raconté un adolescent du quartier sur la radio RTL, estimant que Kermiche s'était fait «retourner le cerveau».

S'il n'avait aucune condamnation à son actif, Kermiche était connu des services antiterroristes depuis 2015 et avait été inculpé en mars et mai 2016 pour avoir tenté de se rendre en Syrie à deux reprises.

«On ne le supportait plus. Il ne parlait que de Syrie et de son rêve de tuer des soldats de Bachar al-Assad», raconte le jeune cité dans Le Parisien.

Après sa première tentative de départ, en mars 2015 - il avait alors été arrêté en Allemagne et remis à la France -, le jeune homme «était revenu dans le quartier et s'est vanté», a déclaré à l'AFP un voisin, Mohamed. «Tout le monde le connaissait dans la ville, on savait qu'il voulait y retourner», a-t-il ajouté.

Kermiche retentera de retourner en Syrie un mois et demi plus tard et sera arrêté en Turquie. Il sera alors inculpé d'association avec des malfaiteurs en lien avec une entreprise terroriste et placé en détention provisoire, avant d'être assigné à résidence avec un bracelet électronique.

Soumis à diverses obligations, Abel Kermiche avait le droit de sortir de 8h30 à 12h30 du lundi au vendredi et de 14h à 18h la fin de semaine, a indiqué mardi le procureur de Paris François Molins. Sa sanglante et ultime équipée s'est produite pendant ses heures de sortie.

Déclaration d'allégeance

Par ailleurs, l'organisation État islamique (EI) a diffusé mercredi soir la vidéo d'une déclaration d'allégeance des deux assassins du prêtre, alors que responsables religieux et politiques du pays affichaient leur unité face aux risques de fractures.

Cette vidéo diffusée par l'agence Amaq, organe de propagande de l'EI, montre deux jeunes hommes à côté d'une bannière de l'EI, l'un d'eux récitant en arabe avec un fort accent le texte traditionnel d'allégeance à l'«émir des croyants», Abou Bakr al-Baghdadi.

Le président François Hollande, des responsables politiques de la majorité et de l'opposition, dont l'ancien président Nicolas Sarkozy, et des représentants de toutes les religions ont assisté mercredi à une messe à la mémoire de ce prêtre de 86 ans, Jacques Hamel, en la cathédrale Notre-Dame-de-Paris, donnant une image de cohésion à la France ébranlée par une succession d'attentats.

Loin des polémiques politiques surgies après l'attentat du 14 juillet sur les conditions de sécurité à Nice (84 morts) et des huées qui avaient accueilli le premier ministre Manuel Valls venu rendre hommage aux victimes, la cérémonie à Notre-Dame était empreinte de gravité et de recueillement.

Quant à l'identité du complice d'Abel Kermiche, dont le corps a été criblé par les balles des policiers, celle-ci n'a pas encore été formellement établie. Les enquêteurs suspectent un homme de 19ans, Abdel Malik P.

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