Éviter de transformer les malades en drogués

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L'hôpital de St. Joseph's a réduit de 40% ses prescriptions d'opiacés.

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Thomas Urbain
Agence France-Presse
New York

Ils ne veulent plus faire des malades de futurs drogués. Les urgences d'un hôpital du New Jersey ont décidé de ne plus prescrire, si possible, des anti-douleurs à base d'opium, responsables de la mort de dizaines de milliers de personnes aux États-Unis.

Crystal Llerena vient de chuter de son hoverboard, cette sorte de skateboard électrique sur lequel on avance de face, quand elle arrive aux urgences du St. Joseph's Regional Medical Center, un hôpital de Paterson, dans le New Jersey.

Le médecin de garde lui prescrit du Toradol, un anti-inflammatoire. Rien que de très banal, mais il y a quelques mois, l'urgentiste avoue qu'il aurait pu pencher pour un médicament anti-douleur à base d'opium.

Depuis janvier, les urgences de St. Joseph's ont mis en place le programme ALTO, qui vise à ne plus les prescrire dès que cela est possible.

Calculs rénaux, entorses ou douleurs lombaires sont maintenant traités avec de la lidocaïne, des injections ciblées d'anti-douleurs non opiacés ou des ultrasons.

Le responsable des urgences, Mark Rosenberg, aurait même voulu supprimer complètement les opiacés du service, mais ils restent indiqués dans de nombreux cas, pour une fracture du fémur ou un cancer en phase terminale par exemple, dit-il.

St. Joseph's, dont les urgences sont les plus fréquentées de l'État, est parvenu à réduire de 40% la prescription d'opiacés. «C'est un changement remarquable de nos habitudes en matière de prescription et de notre gestion de la douleur des patients», souligne à l'AFP Mark Rosenberg.

Réaction tardive

Les États-Unis commencent seulement à réagir face à l'un des plus graves problèmes de santé publique de son histoire.

En 2014, 14000 personnes sont mortes d'overdose après avoir abusé d'opiacés, selon le Centre de contrôle des maladies (CDC). Depuis 1999, ces puissants anti-douleurs sont à l'origine de 165000 décès.

La genèse remonte aux années 90, rappelle Andrew Kolodny, responsable médical de la Phoenix House Foundation, réseau de centres de traitement contre les addictions.

Sous l'influence de grands laboratoires pharmaceutiques, mais aussi de professionnels éminents et d'autorités de santé dans certains États, les opiacés ont été dédiabolisés, avec comme argument impérieux qu'ils faisaient taire la douleur, si aigüe soit-elle.

«De partout, les médecins ont commencé à entendre que si vous étiez un praticien éclairé, avec de la compassion, vous seriez différents de ces docteurs avares et puritains du passé», explique Andrew Kolodny, également directeur exécutif de l'association PROP pour un diagnostic raisonné en matière d'opiacés.

«Cela nous a mené à l'épidémie à laquelle nous faisons face aujourd'hui», dit-il.

Pour soigner son genou, Crystal Llerena, jeune femme aux longs cheveux noirs, se félicite de pouvoir se passer d'opiacés, qui ont emporté deux de ses amis, au terme d'un long parcours démarré par des soins pour un banal accident de voiture.

«Il est extrêmement courant» de voir des cas de dépendance dont l'origine remonte au traitement d'une jambe cassée, d'une luxation de l'épaule ou de l'extraction d'une dent de sagesse, assure Andrew Kolodny.

«Toutes les addictions commencent avec la première dose. Si je peux ne pas la donner, je ne vais pas pousser les patients vers la dépendance et la spirale des opiacés», professe Mark Rosenberg.

Fonctionner avec la douleur

Mais après vingt ans à convaincre que la douleur n'avait plus sa place dans les hôpitaux américains, il faut réapprendre à cohabiter avec, lorsque c'est possible.

«Si vous pouvez dormir, marcher, alors la douleur ne sera pas votre ennemie», explique Mark Rosenberg. «C'est ça, l'objectif: vous permettre de fonctionner avec la douleur, pas de l'éliminer complètement.»

Pour lui, le programme ALTO consiste à accompagner le patient, pas seulement à trouver des alternatives aux opiacés. Il concerne aussi les patients qui se sont vus prescrire des opiacés, pour les aider à sortir efficacement de leur traitement.

L'initiative a valu à St. Joseph's d'être contacté par des hôpitaux de tout le pays, mais aussi de la Turquie, du Canada ou du Royaume-Uni.

En janvier, la formation aux principes d'ALTO, qui est déjà dispensée à d'autres professionnels de santé du New Jersey, sera ouverte au reste du monde.

«Il faut faire quelque chose», martèle Mark Rosenberg.

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