Munich, un carnage préparé depuis un an

Des gens sont évacués du centre commercial après... (AFP, Stringer)

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Des gens sont évacués du centre commercial après la fusillade qui a fait 9 morts et 11 blessés à Munich.

AFP, Stringer

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Simon Morgan, Yacine Le Forestier
Agence France-Presse
Munich

L'enquête sur la sanglante tuerie de Munich en Allemagne, qui a semé un vent de panique dans la ville, a progressé dimanche: la fusillade avait été préparée depuis un an et un ami afghan du tueur a été interpellé.

L'adolescent placé en garde à vue est soupçonné de «non-dénonciation de crime». «Nous avons le soupçon que ce garçon de 16 ans a pu être au courant de l'acte» qui se préparait avant qu'il ne soit commis, a indiqué dans la soirée la police.

Il s'agit de la première interpellation dans l'enquête sur la fusillade survenue vendredi soir dans un centre commercial, au cours de laquelle un Germano-Iranien de 18 ans, David Ali Sonboly, a abattu neuf personnes et blessé grièvement 11 autres.

L'enquête commence peu à peu à lever le voile sur la personnalité du forcené de vendredi, qui souffrait de troubles psychiatriques et était obsédé par les tueries de masse : le jeune homme avait préparé le carnage depuis un an.

«Il a planifié son geste depuis l'été dernier», en 2015, a déclaré le chef de la police bavaroise, Robert Heimberger.

Outre la fascination qu'il portait à Anders Behring Breivik, auteur du massacre de 77 personnes en Norvège - la fusillade de Munich a eu lieu exactement cinq ans après -, la police estime que David Ali Sonboly a été influencé par une autre crise de folie meurtrière en Allemagne : à Winnenden (sud-ouest), en mars 2009, un jeune homme de 17 ans avait tué 15 personnes dans son ancien collège, avant de se suicider.

Phobie sociale

«Les premières observations aboutissent à la conclusion qu'il s'est intéressé à cet acte», allant visiter la ville et y prendre des photos il y a un an, puis qu'il a «planifié ensuite son propre acte», a précisé le chef de la police Robert Heimberger.

D'après l'enquête, l'auteur de la fusillade a tiré au hasard vendredi et n'a pas choisi à l'avance ses victimes. Parmi les morts figurent un Turc, deux Germano-Turcs, deux Allemands, un Hongrois, un Kosovar, un Grec et un apatride. Tous sont des adolescents ou de jeunes adultes.

Cependant, le jeune homme avait au moins cherché à tendre un piège: il a créé un faux compte Facebook en mai, reprenant photos et données du compte existant d'une jeune fille, et peu avant les faits, publié un message promettant repas et boissons gratuites dans le McDonald's le jour des faits.

L'ami afghan du tueur, interpellé dimanche soir, est lui aussi soupçonné d'avoir, après le drame de vendredi, publié sur Facebook un message similaire invitant à se rendre dans un cinéma de la ville. La police veut vérifier s'il s'agit ou non d'une mauvaise blague.

«Tuer tout le monde»

Il est aussi établi qu'il a été victime de harcèlement de la part d'autres adolescents.

Plusieurs jeunes filles fréquentant la même école que le tueur ont raconté au quotidien munichois Süddeutsche Zeitung qu'il avait menacé de les tuer, de tuer tout le monde ou de commettre un attentat.

Au total, 58 balles ont été retrouvées sur les lieux de la tuerie. Le tueur a utilisé pour cela un pistolet Glock 17 acheté illégalement sur Internet.

Quelque 300 autres munitions ont été découvertes dans son sac à dos après qu'il se fut suicidé en voyant la police venir l'interpeller. Le bilan aurait donc pu être beaucoup plus lourd.

La fusillade a semé la terreur à Munich car la police a pensé pendant des heures, sur la foi de témoignages, qu'il s'agissait d'un attentat avec plusieurs auteurs en fuite. Elle est intervenue dans un climat de craintes aigües d'attaques terroristes dans le pays et dans le reste de l'Europe.

Plusieurs centaines de personnes, souvent en larmes, se sont réunies près du lieu de la tuerie dimanche soir, pour rendre hommage aux victimes.

Les réseaux sociaux en cause

Les réseaux sociaux se retrouvent sur le banc des accusés après la sanglante fusillade de Munich: outil d'information et d'aide à l'enquête, ils ont aussi offert un terrain fertile aux fausses rumeurs et permis au tireur de piéger ses victimes.

Ces canaux ont été utiles à la police pour communiquer en temps réel sur cette tragédie provoquée par un jeune homme souffrant de troubles psychiatriques, qui a fait 9 morts et 16 blessés, avant qu'il ne se suicide.

Peu après les premiers tirs, la police munichoise a multiplié les messages d'alerte - rédigés en allemand, en anglais et en français et même en turc - sur ses comptes Twitter et Facebook. Objectif: tenir la population informée le plus vite possible.

«Il y a eu une fusillade, la situation est incertaine», «Restez à la maison à Munich, ne sortez pas dans la rue», «nombre incertain de victimes», «nous mettons tout en oeuvre pour trouver les auteurs» des tirs, ont fait savoir les services de sécurité.

La solidarité s'est alors rapidement mise à l'oeuvre sur la toile. Le mot-clic offenetür («porte ouverte», en allemand) a fait le tour des réseaux sociaux, indiquant des abris sûrs aux personnes errant dans les rues alors que les transports en commun ne circulaient plus.

Fausses alertes

Mais dans le chaos provoqué par la fusillade, les autorités ont dû faire face sur Internet à de folles rumeurs, évoquant plusieurs attaques simultanées dans la ville, la présence de suspects équipés d'armes longues ou encore leur fuite en trombe à bord d'une voiture.

Autant d'affirmations fausses qui ont mobilisé les forces de l'ordre et surtout alimenté la crainte d'une attaque terroriste.

De là est venue la terreur qui s'est emparée de la ville. Alors que finalement, il s'agissait de l'acte fou mais isolé d'un jeune forcené.

«Nous avons eu durant la nuit beaucoup d'informations et les vérifier de manière détaillée et rapide a constitué un défi. Et nous avons dû naturellement toutes les prendre au sérieux étant donné la situation», a expliqué le chef de la police Hubertus Andrä.

Ironie du sort, la police a en partie contribué à alimenter ces rumeurs, en affirmant très tôt sur les réseaux sociaux qu'elle suspectait la piste terroriste et qu'elle recherchait jusqu'à trois suspect armés, avant de se dédire par la suite.

«Merci de ne pas alimenter les spéculations, cela nous aiderait beaucoup», a demandé la police sur Twitter pour tenter de calmer l'emballement ainsi provoqué, tout en exhortant les internautes à ne pas relayer d'images de victimes et à ne pas révéler les positions des policiers : «N'aidez pas les tireurs!!!».

Piégés sur Internet

«Aujourd'hui, à l'époque des réseaux sociaux, la quantité et le timing des informations ne sont plus contrôlés par la police, mais par les gens. Cela a un certain nombre d'avantages, nous voyons des succès dans les enquêtes grâce aux photos et aux vidéos réalisées par des personnes privées», a expliqué samedi le ministre allemand de l'Intérieur, Thomas de Maizière.

Aux États-Unis notamment, l'enquête sur les attentats de Boston en 2013 avait pu rapidement avancer grâce entre autres à des images prises par des particuliers.

À Munich, des vidéos amateurs ont montré le tireur faire feu sur des personnes et ont également permis de dresser rapidement un signalement.

«Mais il est évident que lorsque des rumeurs se répandent, cela ne contribue pas à une évaluation appropriée de la situation», a aussi pointé le ministre.

En outre, c'est aussi via un réseau social que le tireur a piégé plusieurs de ses victimes, en piratant un compte Facebook pour les inviter à se rendre dans un restaurant McDonald's.

Selon les médias, le tireur, David Ali Sonboly, a publié ce message sur le réseau social: «Je vous offre ce que vous voulez mais pas trop cher.»

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