Turquie: marée de drapeaux rouges pour la démocratie à la place Taksim

À la place Taksim, tous sont venus crier... (AP, Petros Karadjias)

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À la place Taksim, tous sont venus crier leur opposition aux putschistes, mais beaucoup ont aussi exprimé leur inquiétude devant l'état d'urgence et les purges massives des institutions de l'État.

AP, Petros Karadjias

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Gokan Gunes
Agence France-Presse
Istanbul

Le message sur les toilettes est sans ambiguïté: «Interdit aux putschistes». Après le coup d'État manqué du 15 juillet, des milliers de Turcs sont venus dire leur attachement à la démocratie place Taksim à Istanbul.

La figure tutélaire qui flotte sur la mer rouge de drapeaux turcs n'est pas cette fois celle du président islamo-conservateur Recep Tayyip Erdogan, dont les louanges sont chantées chaque soir par la foule de ses partisans. «Nous sommes les soldats de Mustafa Kemal» Atatürk, le père de la république laïque, scandait dimanche la foule de Taksim, place emblématique des luttes turques.

«La Turquie est un pays laïc et doit le rester», dit Esra, une retraitée de 66 ans qui ne donne pas son nom complet. Cette opposante à Erdogan a «prié pour qu'ils [les putschistes] soient empêchés de gagner».

«Nous sommes les soldats de Mustafa Kemal» Atatürk,... (AFP, OZAN KOSE) - image 2.0

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«Nous sommes les soldats de Mustafa Kemal» Atatürk, le père de la république laïque (montré sur le drapeau), scandait dimanche la foule de Taksim, place emblématique des luttes turques.

AFP, OZAN KOSE

Inquiétude

Tous sont venus crier leur opposition aux putschistes, mais beaucoup expriment aussi leur inquiétude devant l'état d'urgence et les purges massives des institutions de l'État. «J'étais contre le coup d'état militaire et je suis contre le coup d'état civil» que voudrait mettre en place Recep Tayyip Erdogan, dit Kemal, un trentenaire.

Professeur de 33 ans, Osman Can ne cache pas «avoir peur pour l'avenir»: «Tous ces professeurs virés ou en prison, ça pourrait être moi, [...] beaucoup de gens arrêtés sont innocents», estime cet homme qui prend soin de préciser qu'il n'a «rien à voir» avec Fethullah Gülen, le prédicateur accusé d'avoir ourdi le coup d'État.

L'appel à ce rassemblement a été lancé par le parti républicain du peuple (CHP, social-démocrate et laïc), celui des héritiers d'Atatürk, dont les députés n'ont pas voté l'état d'urgence le 21 juillet. Le Parti de la justice et du développement (AKP) d'Erdogan s'y est rallié.

Mais ses partisans sont clairement minoritaires place Taksim, survolée par un hélicoptère, scrutée par des tireurs d'élite en treillis, bouclée par des blindés légers et des canons à eau. Pour y entrer, il faut se soumettre à trois fouilles.

Le drapeau turc se vend 5 livres. Frappé du portrait de Mustafa Kemal, son prix quadruple.

Des milliers de Turcs sont venus dire leur... (AFP, BULENT KILIC) - image 3.0

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Des milliers de Turcs sont venus dire leur attachement à la démocratie place Taksim à Istanbul.

AFP, BULENT KILIC

«Notre pays a besoin de paix»

Les organisateurs avaient demandé de venir avec la bannière rouge frappée du croissant, sans marquer d'obédience politique. Certains ont enfreint la consigne: «Des drapeaux turcs! Sortez des drapeaux turcs!» crie un homme à des syndicalistes qui arborent leur bannière.

«Je suis venu une fois place Taksim la nuit pour veiller, mais il y avait beaucoup de partisans du gouvernement. Aujourd'hui, c'est beaucoup de sympathisants du CHP. Ce n'est pas l'unité, malheureusement», regrette Onur, un étudiant.

Présents en 2013 lors des manifestations de Taksim qui avaient ébranlé le pouvoir d'Erdogan, des partisans du club de football de Besiktas sont revenus. Sous couvert de l'anonymat, un de ses membres prévient: «Aujourd'hui c'est contre le coup d'État», en 2013 «c'était Erdogan, et si demain Erdogan déconne, ce sera encore contre lui».

«Le plus grand, c'est Atatürk!» crie en fin de rassemblement une Turque en robe rouge. «Le plus grand c'est Allah!» répondent trois femmes voilées. Un homme intervient: «Dégagez! Ce n'est pas une République islamique ici, c'est une République laïque!».

Accompagné de son épouse voilée et leur bébé, Emre quitte la place, déçu: il regrette que «trop de slogans politiques» aient été lancés. «Notre pays a besoin de paix et d'unité», dit-il.

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