Les innombrables vendeurs de rue de Lagos menacés de disparaître

À Lagos, centre névralgique du Nigéria, surpeuplé avec... (AFP, Pius Utomi Ekpei)

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À Lagos, centre névralgique du Nigéria, surpeuplé avec ses 20 millions d'habitants, les vendeurs de rue sont partout.

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Florian Plaucheur
Agence France-Presse
Lagos

Comme chaque matin, Mama Biliki prépare ses petits sachets de pop-corn devant sa baraque du quartier de Ajegunle, l'un des plus pauvres de Lagos. Elle ira ensuite les vendre sur le bord de la route pour 50 nairas chacun (22 ¢).

Les bons jours, elle peut gagner jusqu'à 5000 nairas (22 $) en les revendant aux piétons ou aux automobilistes coincés dans les interminables bouchons qui rythment la vie de la mégapole nigériane.

Mais le gouverneur de l'État de Lagos, Akinwunmi Ambode, a décidé de faire appliquer à la lettre la loi qui interdit les vendeurs ambulants, qui risquent jusqu'à six mois de prison et une amende de 90 000 nairas (399 $).

«Je supplie le gouvernement de nous autoriser à vendre dans les rues et continuer à nourrir ma famille», a confié Mama Biliki à l'AFP.

«Même ceux qui ont des magasins, ils ne vendent pas autant que nous», affirme-t-elle. «Il y a tellement d'impôts, en plus, qu'ils ne peuvent même pas faire de profit.»

Une «menace»

Comme chaque matin, Mama Biliki prépare ses petits... (AFP, Pius Utomi Ekpei) - image 2.0

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À Lagos, centre névralgique de la première puissance économique de l'Afrique, surpeuplé avec ses 20 millions d'habitants, les vendeurs de rue sont partout. Ils déambulent entre les voitures, puis courent à la moindre accélération du trafic, parfois sur des centaines de mètres pour engager les négociations de prix dans la fumée des pots d'échappement et sous une chaleur écrasante.

Une petite faim? Les chauffeurs ou les passagers des «danfos» (minibus) pourront acheter des sachets de chips de bananes plantains ou quelques poignées d'arachides grillées et des boissons fraîches.

Et la liste ne s'arrête pas là. On peut faire ses courses par la fenêtre de la voiture: fruits et légumes en sachets, nouilles chinoises cuisinées, mais aussi DVD des dernières sorties d'Hollywood ou de Nollywood (le cinéma nigérian), paniers de basketball, téléphones portables, chapeaux traditionnels de toutes les régions du pays, ou même décorations de Noël.

En période de pénurie d'essence, les vendeurs ambulants troquent leur marchandise pour vendre des morceaux de tuyaux d'arrosage ou des becs verseurs, suivant à la trace ceux qui revendent au marché noir des jerricanes d'essence raffinée dans les bas-fonds de la ville. On trouve tout, dit-on, dans les embouteillages de Lagos.

Les colporteurs rendent bien des services aux automobilistes fatigués qui n'ont pas le temps de s'arrêter dans les magasins, mais leur avenir est incertain.

Moyen de subsistance

Pour le gouverneur Ambode, ils causent des «dommages environnementaux, mais sont aussi [...] une menace pour la sécurité des citoyens».

«Les vendeurs, ainsi que les acheteurs, seront donc arrêtés et punis», a-t-il menacé dans un communiqué diffusé au début du mois.

Si la loi est appliquée, les vendeurs perdraient leur seul moyen de subsistance, dans un pays dont les 180 millions d'habitants vivent en immense majorité dans une grande pauvreté.

Shedrach Ogona, qui vend des ustensiles de cuisine sur le trottoir, se défend d'être une «criminelle». «Nous avons des [qualifications], nous avons des formations dans tel ou tel domaine», dit-elle, appelant le gouvernement à être «raisonnable».

Kingsley Shokun, libraire ambulant, assure que de courir après les voitures n'est pas un choix. «Ca ne nous plaît pas vendre ici», se plaint-il. Mais ouvrir un magasin demande un capital que les plus démunis n'ont pas.

Dans un contexte de crise économique due à la chute des prix du pétrole - dont le Nigeria est le premier exportateur du continent -, l'inflation s'envole (16,5 % en juin), le taux de chômage des jeunes diplômés reste désespérément élevé (près de 45 %) et pour Chinedu Bosah, secrétaire général de Campaign for Democratic and Workers' Rights, interdire le commerce ambulant pourrait avoir un impact encore plus grave.

«Quelle sera l'alternative? La seule alternative, ce sera la criminalité. Et le gouvernement continue à dépenser son budget pour la sécurité», assène M. Bosah.

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