Purges en Turquie: Erdogan fait fi des critiques

Quelques milliers de partisans du parti prokurde HDP... (AFP, Ozan Kose)

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Quelques milliers de partisans du parti prokurde HDP se sont réunis dans les rues d'Istanbul, samedi, pour protester à la fois contre le putsch et contre l'état d'urgence décrété par le gouvernement Erdogan.

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Nicolas Gaudichet, Gokan Gunes
Agence France-Presse
Istanbul

La Turquie a porté samedi à 30 jours la durée des gardes à vue, a dissous plus de 2000 institutions, et prévenu l'Europe qu'elle ne faiblirait pas dans sa riposte aux partisans du prédicateur Fethullah Gülen, accusés d'être à l'origine du putsch manqué.

Ce que les responsables européens «disent ne m'intéresse pas et je ne les écoute pas», a dit le président Recep Tayyip Erdogan dans une entrevue à la chaîne française France 24.

Énième critique venue de responsables de l'Union européenne (UE), peu après la diffusion de cet entretien samedi, le chef du gouvernement italien reprochait à Ankara de «mettre en prison l'avenir» du pays, où l'état d'urgence a été instauré jeudi pour la première fois en quinze ans.

Ses premiers effets concrets ont été déclinés dans le Journal officiel: extension de 4 à 30 jours de la durée maximale de garde à vue et radiation à vie des fonctionnaires liés à Fethullah Gülen.

De plus, 1043 établissements d'enseignement, 15 universités, 1229 associations et fondations et 19 syndicats ont été fermés. Le président Erdogan a répété sa volonté d'éradiquer ce «virus», ce «cancer» qui se serait «métastasé» dans les institutions.

Certes, la justice a annoncé l'élargissement de 1200 militaires du rang, une décision de libération inédite depuis le début des purges massives après l'échec d'un coup d'État qui s'est soldé par 270 morts dont 24 mutins.

Mais selon les chiffres toujours en hausse de l'agence Anadolu, plus de 12 500 gardes à vue ont été prononcées depuis les événements de la nuit du 15 au 16 juillet. Selon la même source, 5600 personnes ont été placées en détention, militaires, magistrats et policiers, mais aussi professeurs ou fonctionnaires.

«Plus sauvage que Daech»

«Venez ici! Venez voir à quel point c'est grave!» a lancé le ministre des Affaires européennes, Omer Celik. M. Gülen, a-t-il ajouté, est «plus dangereux qu'Oussama Ben Laden» et son mouvement «plus sauvage que Daech», acronyme arabe du groupe État islamique (EI).

Le responsable a toutefois assuré que l'accord du 20 mars entre Ankara et Bruxelles qui a permis d'assécher le flux des migrants en route vers l'UE avait continué à être appliqué «sans accroc» et appelé de ses voeux «un nouvel élan» dans les négociations d'adhésion avec l'UE.

Le président Erdogan s'est montré moins volontariste et répété que si le peuple l'exigeait et si le Parlement le votait, il accepterait le rétablissement de la peine de mort, ce qui risque de torpiller le processus d'adhésion.

Depuis qu'il a retourné la situation en sa faveur, Erdogan s'appuie sur la masse de ses partisans, son «cher peuple héroïque», appelé à descendre dans les rues, soir après soir.

Gülen au bout du fil?

Avant une manifestation qui s'annonce massive dimanche à la place Taksim, à Istanbul, ils redescendaient dans les rues samedi soir, crier leur haine de Fethullah Gülen, dont un neveu a été interpellé dans le nord-est de la Turquie.

«On ramènera aussi ce traître [Gülen]», a dit vendredi le ministre des Affaires étrangères, Mevlüt Cavusoglu, lors d'un de ces rassemblements dans la ville côtière d'Antalya.

Dans un contexte de tensions entre Ankara et Washington, le président Barack Obama a prévenu qu'une éventuelle remise du septuagénaire, exigée par les Turcs, serait traitée conformément à la loi américaine. Par le passé, les États-Unis «nous ont fait plusieurs demandes d'extradition, [...] nous ne leur avons jamais demandé aucun document», a relevé Recep Tayyip Erdogan, qui a affirmé que des preuves seraient envoyées d'ici «une dizaine de jours».

Il a affirmé que le chef d'État major de l'armée, Hulusi Akar, resté loyal et pris en otage par les putschistes, s'était vu proposer par ses ravisseurs de s'entretenir au téléphone avec Fethullah Gülen.

Le principal parti prokurde, le HDP, a réuni quelques milliers de personnes à Istanbul pour protester contre le putsch, mais aussi contre l'état d'urgence. La garde à vue de 30 jours «revient à une torture en soi», a lancé samedi le chef de file du parti , Selahattin Demirtas.

Le patron de l'espionnage épargné

Le puissant patron des services de renseignement turcs (MIT), Hakan Fidan, reste pour le moment en poste, malgré les failles apparues dans l'anticipation du putsch manqué du 15 juillet, a annoncé samedi le président Recep Tayyip Erdogan.

Les deux hommes se sont rencontrés deux heures dimanche au palais présidentiel d'Ankara. Proche du président, Hakan Fidan apparaissait fragilisé depuis l'échec des mutins, plusieurs hauts responsables, dont Recep Tayyip Erdogan, ayant raconté l'absence totale d'informations reçues dans les premières heures du putsch.

Né en 1968 à Ankara, ancien simple sous-officier de l'armée turque, Hakan Fidan est depuis son arrivée à la tête du MIT en 2010 au coeur de tous les dossiers sensibles dont il rend directement compte au président.

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