La Turquie se réveille sous l'état d'urgence

Des partisans du président Recep Tayyip Erdogan l'ont célébré... (AFP, Adem Altan)

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Des partisans du président Recep Tayyip Erdogan l'ont célébré durant un rassemblement à Ankara, mercredi soir.

AFP, Adem Altan

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Gokan GUNES, Nicolas GAUDICHET
Agence France-Presse
Istanbul, Turquie

La Turquie s'est réveillée jeudi sous état d'urgence, avec un appel du président Recep Tayyip Erdogan à son «cher peuple» pour qu'il reste mobilisé en faveur de la démocratie, après le putsch raté du 15 juillet.

Malgré les restrictions au droit de manifester prévues par l'état d'urgence, de nombreux Turcs ont reçu un texto de «RTErdogan», appelant ses partisans à continuer à descendre dans la rue pour résister aux «traîtres terroristes».

Une expression faisant référence aux partisans d'un prédicateur exilé aux États-Unis, Fethullah Gülen, accusés d'avoir noyauté l'État et fomenté le putsch, qui a fait environ 300 morts.

Ankara demande à la justice américaine de lui remettre le septuagénaire, affirmant avoir transmis des preuves de son implication, qui n'ont pour l'heure pas été rendues publiques.

«N'abandonne pas la résistance héroïque»

«Mon cher peuple, n'abandonne pas la résistance héroïque dont tu as fait preuve pour ton pays, ta patrie et ton drapeau», «Les propriétaires des places (des villes) ne sont pas les chars. Les propriétaires sont la nation», écrit dans son texto le président.

Mercredi, il s'est adressé à la foule de ses partisans pour le cinquième soir consécutif et a dit sa conviction que le coup d'État n'était «peut-être pas fini».

Le quotidien progouvernemental Yeni Safak a publié jeudi sur son site un enregistrement d'un appel à la prière à partir de la mosquée du complexe présidentiel en l'attribuant au président Erdogan.

Mais après avoir indiqué qu'il s'agissait de la voix du président lisant des passages du Coran, un responsable de la présidence a démenti tout appel à la prière par le chef de l'État.

55000 personnes arrêtées

En parallèle à cet appel aux masses, la purge de l'administration ne connaît pas de pause. Quelque 55.000 personnes, militaires, juges, professeurs, ont été arrêtées, suspendues ou limogées.

Jeudi, selon l'agence Anadolu, 109 généraux ou amiraux restaient en détention, notamment l'ex-chef de l'Armée de l'air, Akin Oztürk, soupçonné d'être un meneur.

Le propre aide de camp de M. Erdogan, Ali Yazici, est également derrière les barreaux.

La détention d'une trentaine de magistrats a été maintenue. Le ministère de la Défense a par ailleurs suspendu 262 juges et procureurs militaires.

L'ampleur de cette purge suscite l'inquiétude à l'étranger, Berlin appelant Ankara à respecter «la juste mesure des choses».

«Seule l'implication dans des actes pénalement répréhensibles peut faire l'objet de mesures d'État, non l'opinion politique présumée», a mis en garde le ministre allemand des Affaires étrangères Frank-Walter Steinmeier.

«Éliminer ces virus»

Mais cette réaction n'ébranle pas la détermination du président Erdogan convaincu que «d'autres pays pourraient être impliqués» dans la tentative de le renverser: «Nous continuerons à nous battre pour éliminer ces virus des forces armées», a-t-il répété mercredi, assurant qu'il ne ferait «aucun compromis» sur les règles démocratiques.

M. Erdogan doit rencontrer dans l'après-midi le président de la Cour constitutionnelle. Le Parlement doit avaliser dans la journée l'état d'urgence, une formalité.

Cimetière séparé pour les «traîtres»

Prévu par l'article 120 de la Constitution, l'état d'urgence, qui n'avait plus été décrété depuis près de 15 ans, a été instauré pour trois mois. Il prévoit notamment des restrictions aux libertés de manifester ou de circuler.

Comme l'opposition s'était rangée derrière le président Erdogan après le putsch, cette décision a rencontré le soutien quasi unanime de la presse.

«Les traîtres du FETÖ», l'acronyme utilisé pour désigner l'organisation de Gülen, «seront purgés de la fonction publique», assénait Zaman. Ce quotidien, qui fut proche du mouvement gulénistes, a été repris en main par l'exécutif turc en mars.

«État d'urgence contre le terrorisme putschiste», se félicitait Habertürk. «État d'urgence pour les putschistes, sérénité pour les habitants», renchérissait Star (progouvernemental).

Putschistes tués

Dans les journaux, banques, universités, entreprises achètent de pleines pages pour remercier le président d'avoir mis en échec la «traîtrise». Et le maire d'Istanbul Kadir Topbas a suggéré que les corps des putschistes tués soient inhumés dans un cimetière séparé.

L'agence de notation SP Global Ratings a abaissé d'un cran la note souveraine (BB au lieu de BB+) du pays. Depuis le coup d'État raté, la livre turque a perdu 6% par rapport au dollar.

Huit militaires turcs, qui avaient fui après l'échec du putsch, devaient comparaître jeudi à Alexandroupolis, pour entrée illégale sur le territoire grec. Ankara exige leur remise.

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