Cuba-États-Unis: entre progrès et méfiance

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En mars dernier, la visite historique de Barack Obama à Cuba a été l'occasion de célébrer un dégel longtemps inimaginable, mais le poids de plus d'un demi siècle d'affrontements et d'antagonisme total pèse lourdement sur les relations entre les deux pays.

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Hector Velasco
Agence France-Presse
La Havane

Un an après leur spectaculaire réconciliation diplomatique, les États-Unis et Cuba sont encore loin d'entretenir une relation normalisée et conduisent une diplomatie prudente à l'ombre de contentieux vivaces hérités de la guerre froide.

En mars dernier, la visite historique de Barack Obama à Cuba a été l'occasion de célébrer un dégel longtemps inimaginable, mais le poids de plus d'un demi-siècle d'affrontements et d'antagonisme total pèse lourdement sur les relations entre les États-Unis et le pays communiste.

«Cuba et les États-Unis n'ont jamais été amis et le seront difficilement», observe l'universitaire et ancien diplomate cubain Jesus Arboleya, préférant évoquer «une cohabitation entre contraires».

En reprenant langue depuis l'annonce-choc de leur rapprochement fin 2014, les États-Unis et Cuba ont pu mesurer la distance qui les sépare encore, malgré leur proximité géographique.

Embargo

Principal désaccord entre les deux pays, l'embargo imposé à l'île depuis 1962 perdure, malgré les efforts consentis par le président Obama pour l'assouplir et tenter - vainement - de le faire lever par un Congrès dominé par la majorité républicaine.

Outre sa levée, Cuba réclame aussi la restitution de la base de Guantánamo, occupée par les États-Unis depuis 1903, l'abandon de lois migratoires ad hoc qui encouragent les Cubains à émigrer, ainsi que des milliards de compensations pour les dommages liés à l'embargo.

Pour l'heure, La Havane juge la levée de certaines restrictions «insuffisante» et se plaint notamment de ne toujours pas pouvoir utiliser le dollar dans ses transactions internationales malgré l'annonce de la fin de cette interdiction avant la visite de M. Obama.

Toutefois, on constate un début d'ouverture, et quelques entreprises américaines peuvent désormais investir, voire s'implanter à Cuba. Du jamais vu depuis 1959.

Il est par exemple aujourd'hui possible d'appareiller vers Cuba au départ de Miami sur un bateau du croisiériste Carnival ou de loger à La Havane au Four Points by Sheraton, récemment ouvert par le groupe hôtelier américain Starwood.

Et d'ici deux ou trois mois, le rétablissement des vols réguliers entre les deux pays sera effectif et devrait donner un nouvel élan aux échanges des deux ex-ennemis.

Le chaud et le froid

La réouverture des ambassades en juillet 2015 a ouvert la voie à une diplomatie soufflant le chaud et le froid. Une tendance confirmée par les évènements de ces derniers mois.

En réponse au discours prononcé en mars à La Havane par Barack Obama, qui avait appelé à des réformes démocratiques sur l'île, La Havane est repartie à l'offensive un mois plus tard lors d'un congrès du parti unique.

Au cours de cette grand-messe du PCC qui a aussi été l'occasion de doucher de maigres espoirs d'ouverture, le président cubain Raúl Castro a visé M. Obama en dénonçant des manoeuvres extérieures visant selon lui à «mettre fin à la révolution et au socialisme à Cuba».

Auparavant, l'ex-président Fidel Castro avait écrit à ses concitoyens pour leur recommander de ne pas se fier aux «paroles sirupeuses» de M. Obama.

Pour M. Arboleya, il faut voir dans cette méfiance l'expression d'un «processus très jeune», né sur la base d'un «divorce absolu».

Paul Webster Hare, professeur de relations internationales à l'Université de Boston, souligne de son côté que chaque camp redoute d'être accusé de «reddition idéologique».

Les deux pays «souhaitent maintenir des relations discrètes : ni amicales ni antagonistes», poursuit cet ex-diplomate britannique à l'AFP.

En marge de la diplomatie continue le drame des Cubains qui continuent de quitter leur pays par milliers en direction des États-Unis, par la mer, ou via des pays tiers pour les plus chanceux.

Entre octobre et juin, plus de 4800 Cubains ont tenté la périlleuse traversée du détroit de Floride, selon les garde-côtes américains. Entre octobre 2014 et septembre 2015, ils avaient été 4473.

En parallèle, les visites d'Américains à Cuba se sont multipliées à la faveur du dégel, et malgré les restrictions de l'embargo les empêchant d'y voyager individuellement.

Un total de 94 000 Américains ont visité l'île entre janvier et avril, soit une hausse de 93 % par rapport à la même période l'an passé, selon des données officielles.

Ce qui a changé depuis un an

Les touristes américains ne peuvent toujours pas se... (AP, Ramon Espinosa) - image 3.0

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Les touristes américains ne peuvent toujours pas se rendre individuellement sur l'île de Cuba, mais l'administration Obama a assoupli les restrictions pour les voyages à but éducatif, culturel, sportif ou religieux notamment.

AP, Ramon Espinosa

Dans la foulée de l'annonce spectaculaire du rapprochement entre les États-Unis et Cuba fin 2014, les deux pays ont ouvert le vaste chantier de la normalisation de leurs relations.

Les deux anciens ennemis de la guerre froide ont officiellement rétabli leurs relations diplomatiques en juillet 2015, enregistrant quelques avancées sans toutefois parvenir à s'entendre sur les dossiers les plus épineux.

Diplomatie

Le moment fort du dégel a été la visite historique du président Barack Obama à Cuba en mars dernier. Il est devenu le premier président américain en exercice à poser le pied sur le sol cubain depuis la révolution castriste.

Dans un discours retransmis par la télévision cubaine, il a appelé les Cubains à enterrer les derniers vestiges de la guerre froide et a prononcé un plaidoyer pour les libertés dans le pays communiste.

Depuis fin 2014, des responsables des deux pays ont ouvert des négociations dans plusieurs domaines : droits de l'homme, télécommunications, lutte contre le trafic de drogue, protection de l'environnement, gestion de l'espace maritime commun.

Toutefois, les avancées concrètes demeurent peu nombreuses, malgré près de cent réunions depuis 2015. Parmi les progrès les plus notables figurent le rétablissement des échanges postaux directs, le retour des croisiéristes américains sur l'île et un accord sur la reprise des vols réguliers entre les deux pays, qui devrait être effective en septembre ou octobre.

Commerce

Dans la foulée de l'annonce du rapprochement, diplomates, dirigeants et investisseurs américains ont défilé sur l'île, visiblement soucieux de ne pas rater l'opportunité de conquérir ce marché longtemps coupé du monde occidental.

Mais le commerce bilatéral demeure limité et l'embargo américain imposé depuis 1962 entrave toujours l'investissement étranger et les échanges indispensables à l'ouverture économique engagée ces dernières années par Raúl Castro.

Un certain nombre de restrictions commerciales contre l'île (télécommunications, envois d'argent, agriculture) ont été levées à l'initiative de la Maison-Blanche, mais la suppression totale de l'embargo ne peut être décidée que par le Congrès, où la majorité républicaine reste hostile au rapprochement avec La Havane.

Des entreprises comme Netflix et Airbnb ont pu étendre leurs activités sur l'île cette année en n'autorisant le paiement qu'avec des cartes de crédit issues de banques étrangères.

La chaîne hôtelière Starwood a inauguré fin juin un hôtel à La Havane, marquant le retour d'une multinationale américaine à Cuba pour la première fois depuis la révolution castriste de 1959. Le groupe doit prochainement en ouvrir un autre, toujours dans la capitale cubaine.

Tourisme

Les touristes américains ne peuvent toujours pas se rendre individuellement sur l'île, mais l'administration Obama a assoupli les restrictions pour les voyages à but éducatif, culturel, sportif ou religieux notamment.

Près de 100 000 Américains se sont rendus à Cuba au cours des quatre premiers mois de 2016, doublant le chiffre de la même période en 2015.

Contentieux

Le 29 mai 2015, les États-Unis ont retiré Cuba de leur liste noire d'«États soutenant le terrorisme», ouvrant la voie à la reprise de leurs relations diplomatiques deux mois plus tard. Mais la normalisation complète des relations reste suspendue à la résolution de nombreux désaccords persistants.

Outre la levée de l'embargo, Cuba lie aussi la complète normalisation de ses relations avec Washington à la restitution de la base de Guantánamo, occupée par les États-Unis depuis 1903. Barack Obama a écarté tout renoncement à sa base navale située à l'est de l'île.

Le volet des compensations est aussi crucial : les États-Unis réclament 10 milliards de dollars à Cuba à la suite des expropriations d'entreprises américaines après la révolution de 1959, tandis que La Havane exige le règlement de 300 milliards de dollars américains pour les dommages dus à l'embargo.

Enfin, La Havane réclame la levée de la loi américaine d'ajustement. Celle-ci prévoit depuis 1966, pour les Cubains émigrant aux États-Unis, plusieurs avantages rendant attractif le départ vers ce pays et alimentant la migration clandestine, par la mer ou via des pays tiers, pour les plus chanceux.

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