Coup d'État raté en Turquie

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Le peuple turc est massivement descendu dans les rues, contribuant à l'échec du coup d'État déclenché vendredi.

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Agence France-Presse
ANKARA

Le gouvernement turc a annoncé samedi l'échec de la tentative de coup d'État qui a fait au moins 265 morts, mais des tensions persistaient, comme en témoignaient l'appel lancé par le président Recep Tayyip Erdogan à la poursuite de la mobilisation de ses sympathisants et la quasi-fermeture d'une importante base aérienne.

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À la demande du président Erdogan, des milliers de Turcs sont descendus dans la rue pour manifester leur soutien au gouvernement en place.  

AFP, CHRISTOPHER GLANZL

La situation est «entièrement sous contrôle», a affirmé le premier ministre Binali Yildirim, selon lequel le bilan humain d'une nuit d'affrontements à Ankara et Istanbul entre les militaires rebelles, les troupes fidèles au régime et les dizaines de milliers de personnes descendues dans les rues a été particulièrement lourd : 161 morts et 1440 blessés dans les forces loyalistes et chez les civils, tandis que, d'après le chef de l'armée, 104 insurgés ont été abattus.

Toutefois, signe que la situation était loin d'être totalement revenue à la normale, les accès à la base d'Incirlik, dans le sud du pays, ont été fermés, ont annoncé les États-Unis, qui ont, en conséquence, suspendu leurs opérations aériennes contre le groupe État islamique, ces installations étant utilisées par la coalition internationale pour lutter contre les djihadistes en Syrie.

De plus, les unités militaires américaines en Turquie ont reçu l'ordre de prendre des mesures de protection maximales.

Au total, 2839 militaires ont été arrêtés en lien avec ce coup d'État avorté, a révélé le chef du gouvernement turc, selon lequel «ces lâches se verront infliger la peine qu'ils méritent».

Parmi eux, le commandant de la 3e armée, le général Erdal Ozturk, a précisé un responsable.

La Turquie, où l'un des 17 juges de la Cour constitutionnelle a également été arrêté, a en outre demandé à la Grèce l'extradition de huit officiers et sous-officiers ayant fui à bord d'un hélicoptère.

Les autorités ont également affirmé que le prédicateur exilé aux États-Unis Fethullah Gülen avait été derrière ces troubles. Cet ex-allié de M. Erdogan a réfuté ces accusations (voir l'encadré à la page suivante). 

retour de vacances

Peu avant M. Yildirim, le général Ümit Dündar, le chef par intérim de l'armée, avait déjà annoncé l'échec de la tentative de coup d'État.

Mais le président Erdogan, très critiqué ces dernières années pour ses dérives autoritaires, a exhorté sur Twitter ses compatriotes à «continuer à être maîtres des rues [...] car une nouvelle flambée [de violences] est toujours possible».

Des milliers de ses partisans se sont à cet égard rassemblés samedi en début de soirée à Istanbul.

Les combats, avions de chasse et chars à l'appui, ont donné lieu à des scènes inédites depuis des décennies à Ankara et à Istanbul.

Des dizaines de milliers de personnes ont bravé les rebelles, grimpant sur les blindés ou se rendant à l'aéroport d'Istanbul pour y accueillir M. Erdogan, rentré précipitamment de vacances.

C'est peu avant minuit (17h, heure du Québec) qu'un communiqué des «forces armées turques» avait annoncé la proclamation de la loi martiale et un couvre-feu dans toute la Turquie, après des déploiements de troupes notamment à Istanbul et dans la capitale.

Les putschistes ont expliqué leur «prise de pouvoir totale» par la nécessité d'«assurer et [de] rétablir l'ordre constitutionnel, la démocratie, les droits de l'homme et les libertés et [de] laisser la loi suprême du pays prévaloir».

De Marmaris, dans le sud-ouest du pays, où il était en vacances, M. Erdogan avait immédiatement appelé la population à s'opposer au putsch, dans une intervention en direct à la télévision faite d'un téléphone portable.

«Il y a en Turquie un gouvernement et un président élus par le peuple» et «si Dieu le veut, nous allons surmonter cette épreuve», avait-il martelé.

Par la suite, à son arrivée à Istanbul, il a dénoncé une «trahison» et félicité ses concitoyens descendus «par millions» dans les rues, en particulier sur l'emblématique place Taksim à Istanbul, noire de manifestants conspuant les putschistes.

Soutien international

De nombreux hauts responsables militaires se sont publiquement désolidarisés dans la nuit des putschistes et le général Dündar a promis de «nettoyer l'armée des membres de structures parallèles», faisant une référence évidente aux fidèles de Fethullah Gülen.

Depuis l'arrivée au pouvoir de M. Erdogan, la hiérarchie militaire a été purgée à plusieurs reprises. L'armée de ce pays clé de l'OTAN, qui compte 80 millions d'habitants, a déjà été l'auteure de trois coups d'État (1960, 1971 et 1980) et forcé un gouvernement d'inspiration islamiste à quitter le pouvoir en 1997.

À la mi-journée, les tirs sporadiques avaient cessé à Istanbul et à Ankara, où les membres du Parlement ont applaudi à l'ouverture d'une session extraordinaire.

Dans la capitale, un avion avait largué tôt samedi une bombe près du palais présidentiel, aux abords duquel des avions de chasse F-16 ont attaqué des chars des rebelles.

Les condamnations internationales se sont multipliées.

Barack Obama, qui a réuni ses conseillers en matière de sécurité et de diplomatie, a appelé à soutenir le gouvernement turc «démocratiquement élu», tout comme l'Union européenne.

Dans le même temps, le président américain, à l'instar de ce qu'avait auparavant fait la chancelière allemande Angela Merkel, a demandé que «l'État de droit» soit respecté en Turquie.

Les déclarations de soutien au président turc se sont multipliées au Moyen-Orient, la Russie insistant quant à elle sur «les risques pour la stabilité régionale et internationale» que cette tentative de putsch accroissait.

Parallèlement, les vols des compagnies aériennes américaines vers Istanbul et Ankara ont été suspendus, de même que la plupart de ceux de la compagnie allemande Lufthansa. Et le président Vladimir Poutine a ordonné d'aider au retour des Russes actuellement en vacances sur le territoire turc.

Erdogan demande l'extradition de Gülen

Le président turc, Recep Tayyip Erdogan, a appelé samedi les États-Unis à extrader le prédicateur exilé Fethullah Gülen, responsable selon lui du putsch avorté lancé vendredi soir.

«Les États-Unis, vous devez extrader cette personne», a lancé l'homme fort de la Turquie devant une foule de milliers de partisans, en référence à son ennemi juré, installé en Pennsylvanie depuis 1999.

«Il y a un jeu avec l'armée, et cela est lié à des forces extérieures», a insisté M. Erdogan, rappelant avoir déjà demandé à de nombreuses reprises l'extradition du prédicateur à son homologue américain, Barack Obama.

«Ici, j'en appelle à l'Amérique, j'en appelle au président [Obama]», a-t-il lancé à la foule. «Monsieur le président, je vous le dis, renvoyez ou livrez-nous cette personne», a-t-il martelé, sans jamais prononcer le nom de Gülen.

Washington aidera Ankara dans l'enquête sur le putsch déjoué en Turquie et invite le gouvernement turc à livrer des preuves contre l'opposant accusé de l'avoir fomenté, avait auparavant annoncé samedi le secrétaire d'État américain John Kerry, en visite à Luxembourg.

Le prédicateur, âgé de 75 ans, a pour sa part rejeté les accusations lancées contre lui et a du même coup condamné la tentative de putsch. «Je réfute catégoriquement ces accusations», a rétorqué cet ex-allié de M. Erdogan.

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