Sarcasmes et critiques après la nomination de Boris Johnson

Boris Johnson, nouveau chef de la diplomatie britannique.... (PHOTO LEON NEAL, AFP)

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Boris Johnson, nouveau chef de la diplomatie britannique.

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Damien Stroka, Charlotte Plantive
Agence France-Presse
Berlin

La nomination surprise du chantre du Brexit Boris Johnson comme chef de la diplomatie britannique suscite sarcasmes et critiques en Europe, où son homologue français a rappelé que l'ancien maire de Londres avait «beaucoup menti» par le passé.

Les quelques réactions officielles en provenance des chancelleries se sont bornées jeudi le plus souvent à un accueil poli et convenu, après la désignation la veille de «BoJo» au Foreign Office, avec toutefois de sérieux bémols en France et en Allemagne.

«Je n'ai pas du tout d'inquiétude [...], mais vous savez bien quel est son style, sa méthode», a réagi le ministre des Affaires étrangères, Jean-Marc Ayrault, en accusant Boris Johnson d'avoir «beaucoup menti» durant la campagne référendaire sur le Brexit. Il a souhaité un partenaire «clair, crédible et fiable».

Et son homologue allemand, le social-démocrate Frank-Walter Steinmeier, a implicitement accusé mercredi soir l'ancien maire de Londres de s'être comporté de manière irresponsable après le vote en faveur du Brexit.

«Des responsables politiques ont attiré le pays vers le Brexit pour ensuite, une fois que la décision avait été prise, déguerpir, ne pas prendre leurs responsabilités et au lieu de cela aller jouer au cricket. Franchement, je trouve cela scandaleux», a-t-il dit. Boris Johnson avait créé la stupéfaction peu après le vote en allant jouer au cricket plutôt que de dévoiler ses intentions.

Même si ces propos ont été tenus peu avant la nomination de Boris Johnson, ils en disent long sur les sentiments profonds du chef de la diplomatie allemande.

«Humour britannique»

John Kerry s'est entretenu jeudi au téléphone avec son nouvel homologue britannique pour affirmer que la relation entre les deux pays restait «essentielle» mais aussi pour appeler à une «approche délicate et mesurée du processus du Brexit», dont Boris Johnson a été l'un des principaux promoteurs, a indiqué le porte-parole du secrétaire d'État américain, John Kirby.

Beaucoup moins contraint pas la réserve diplomatique, le président du Parlement européen, le social-démocrate Martin Schulz, a lui, dit redouter un «cercle vicieux dangereux» pour l'Europe.

Boris Johnson, qui doit rencontrer ses collègues européens pour la première fois lundi à Bruxelles, ne pilotera toutefois pas les négociations avec l'UE, un rôle qui incombera à l'ancien secrétaire d'État aux Affaires européennes, David Davis, 67 ans.

La presse européenne et certains responsables politiques européens s'en donnent néanmoins à coeur joie dans l'ironie et les piques au sujet de l'ancien et fantasque maire de Londres.

«Cela ne m'étonnerait pas si la Grande-Bretagne nommait bientôt Dracula au ministre de la Santé», a lancé l'un des spécialistes des questions diplomatiques au parti-social démocrate allemand, Rolf Mützenich.

«L'humour britannique est vraiment sans limite», lui a fait écho l'ancien premier ministre belge et chef de file des libéraux au Parlement européen, Guy Verhofstadt.

«Tout à coup, diplomate», titre sur son site Internet l'influent hebdomadaire allemand Der Spiegel, qui parle d'un «House of Cards en Grande-Bretagne», référence à la série télévisée américaine sur les coulisses de la politique.

«La première surprise de May: Johnson aux Affaires étrangères», titre le quotidien belge Le Soir, tandis que le journal d'opposition polonais Gazeta Wyborcza juge qu'il «ne semble pas qualifié pour ce poste».

«Coup d'éclat», «blague», tels sont les termes employés par le quotidien conservateur Die Welt, qui rappelle que Boris Johnson a qualifié la candidate démocrate à la Maison-Blanche Hilary Clinton «d'infirmière sadique» et a comparé l'UE à Hitler.

En Suède, l'ancien ministre des Affaires étrangères Carl Bildt, a tweeté qu'il «aurait préféré que ce soit une blague, mais ce n'en est pas une».

Et en Russie, le président de la commission des Affaires étrangères à la chambre basse du Parlement, Alexeï Pouchkov, a exprimé l'espoir que Boris Johnson «ne souffre pas des mêmes complexes antirusses que son prédécesseur».

Quitter l'UE... mais pas l'Europe

À peine nommé, Boris Johnson a tenté jeudi de rassurer ses interlocuteurs européens en déclarant que quitter l'UE «ne signifie pas quitter l'Europe».

Boris Johnson s'exprimait pour la première fois depuis l'annonce mercredi soir de son entrée au gouvernement de Theresa May, dominé par les partisans du Brexit.

«Il y a une différence énorme entre le fait de quitter l'UE et nos relations avec l'Europe qui vont s'intensifier», a déclaré devant son ministère Boris Johnson, qui a été le fer de lance de la campagne en faveur de la sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne, laquelle a été décidée par référendum le 23 juin.

«Bien sûr, nous allons appliquer la volonté de la population [exprimée] lors du référendum, mais cela ne veut aucunement dire quitter l'Europe», a-t-il ajouté.

Dans la soirée, pour sa première sortie publique, il s'est rendu à la réception organisée à l'occasion de la fête nationale du 14 juillet à l'ambassade de France à Londres, où il a été hué par les invités. «Nous devons désormais nous assurer [...] de créer une nouvelle relation intergouvernementale meilleure que le système actuel», a-t-il déclaré à un journaliste de l'AFP, précisant être présent «pour rassurer tout le monde au sujet du Brexit».  AFP

Les gaffes diplomatiques de Boris Johnson

Boris Johnson a accumulé au fil des ans les boutades plus ou moins drôles et souvent insultantes. Il s'est également distingué dans des postures ridicules, notamment pendu à une tyrolienne pendant les Olympiques de Londres en 2012 ou plaquant brutalement un enfant sur un terrain de rugby au Japon. Il a également suscité la polémique en posant pour la presse allongé en costume, armé d'un fusil d'assaut AK-47, aux côtés de combattants peshmergas dans les montagnes du Kurdistan en 2015.

Voici quelques-unes de ses perles:

  • Sur l'UE et Hitler 
«Napoléon, Hitler, plusieurs personnes ont essayé de le faire [unir le continent européen], et cela s'est terminé de manière tragique. L'Union européenne est une autre tentative avec des méthodes différentes.»

  • Sur Hillary Clinton
«Elle a des cheveux teints en blond, des lèvres boudeuses et un regard bleu acier comme une infirmière sadique d'un hôpital psychiatrique». Avant d'ajouter en guise de chute misogyne à son billet d'humeur: «si Bill peut gérer Hillary, il peut sans doute gérer n'importe quelle crise mondiale».

  • Sur Barack Obama
«Certains ont dit que c'était un pied de nez à la Grande-Bretagne. D'autres ont dit que c'était le symbole du dégoût ancestral du président à moitié kényan pour l'empire britannique dont Churchill a été un fervent défenseur», a écrit l'ancien maire de Londres dans le Sun, critiquant le renvoi par l'administration Obama d'un buste de Winston Churchill prêté par le Royaume-Uni. Le buste avait en fait été prêté par le Royaume-Uni et a été rendu à l'ambassade britannique à l'échéance du prêt.

  • Sur Recep Erdogan 
«Si quelqu'un veut faire une blague sur l'amour qui fleurit entre le président turc et une chèvre, il devrait pouvoir le faire, dans n'importe quel pays européen, y compris en Turquie», a affirmé Boris Johnson, remportant ainsi le premier prix du «concours de poèmes insultants» envers le président turc Recep Tayyip Erdogan.

Voici le poème humoristique en cinq vers composé par Boris Johnson, dont l'arrière grand-père était Turc :

«Il était une fois un jeune gars d'Ankara,

qui était un fantastique branleur

Jusqu'à ce qu'il sema son avoine sauvage

Avec l'aide d'une chèvre mais il ne s'arrêta

pas pour la remercier».

  • Sur Tony Blair
«Quel soulagement cela doit être pour Blair de quitter l'Angleterre. Il a été dit que la Reine a appris à aimer le Commonwealth en partie parce qu'elle y recevait une dose régulière de foules en liesse de négrillons agitant des drapeaux». Il a également été critiqué pour avoir évoqué les «sourires de pastèque» dans cette colonne qui date de 2002.  AFP

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