Une dame en fer pour négocier le Brexit

Theresa May est parfois surnommée la «nouvelle Margaret Thatcher».... (Archives AFP, Leon Neal)

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Theresa May est parfois surnommée la «nouvelle Margaret Thatcher».

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Florence Biedermann
Agence France-Presse
Londres

La ministre de l'Intérieur Theresa May a su jongler habilement entre les factions pro et anti-Brexit au sein de son parti conservateur pour apparaître comme la candidate de consensus.

Eurosceptique dans l'âme, elle avait pourtant choisi en début d'année de rester fidèle au premier ministre David Cameron et de défendre le maintien dans l'Union européenne (UE). Mais elle a fait le service minimum, continuant aussi à prôner une limitation de l'immigration, thème favori des pro-Brexit, ce qui l'a rendue crédible auprès des deux camps.

Cette femme grande et mince, à l'allure patricienne, cheveux gris coupés courts et yeux assortis, est une conservatrice située plutôt à la droite du parti, même si elle mène à présent campagne pour séduire sur des thèmes plus sociaux, tentant ainsi de casser son image de froideur.

Au ministère de l'Intérieur, qu'elle occupe depuis 2010, elle a tenu une ligne très ferme, qu'il s'agisse des délinquants, des immigrés clandestins ou des prêcheurs islamistes.

Si on lui reproche son manque de charisme, on lui reconnaît également autorité et compétence. Elle peut aussi se montrer cassante et d'une «détermination féroce», selon le Daily Telegraph. Ce qui lui vaut d'être parfois surnommée la «nouvelle Margaret Thatcher».

Mais elle apparaît plus proche d'une Angela Merkel, la chancelière allemande, avec qui elle partage le fait d'être fille de pasteur, conservatrice, pragmatique, ouverte au compromis et sans enfant.

Et pour se décrire, elle confie: «Je ne fais pas la tournée des plateaux de télévision. Je n'ai pas de potins à partager pendant le déjeuner. Je ne vais pas boire des verres dans les bars du Parlement. Et je ne porte pas mes sentiments en bandoulière. Je fais juste mon boulot.»

«Une femme drôlement difficile»

«Theresa est une femme drôlement difficile», commentait récemment sur une télévision l'ex-ministre Kenneth Clarke, député conservateur.

«Le prochain qui va s'en rendre compte, c'est Jean-Claude Juncker», a-t-elle rebondi avec humour, donnant le ton des négociations de sortie de l'UE avec le président de la Commission européenne.

Fille d'un pasteur anglican, Theresa Brasier est née le 1er octobre 1956 à Eastbourne, ville côtière du sud-est de l'Angleterre.  Après des études de géographie à Oxford et un bref passage à la Banque d'Angleterre, elle entame sa carrière politique en 1986. Elle est alors élue conseillère du district londonien cossu de Merton.

Après deux échecs aux législatives, elle est élue en 1997 députée conservatrice dans la circonscription prospère de Maidenhead, dans le Berkshire.

De 2002 à 2003, elle est la première femme à être secrétaire générale d'un parti conservateur. Elle s'illustre lors d'un discours où elle qualifie les tories, alors marqués très à droite, de «nasty party» («parti des méchants»), ce qui lui vaut quelques inimitiés.

De 1999 à 2010, elle occupe différents postes dans le cabinet fantôme des conservateurs. En 2005, elle prête main-forte à David Cameron dans sa conquête du parti.

Lorsqu'il est élu chef du gouvernement en 2010, il la récompense en lui attribuant le portefeuille de l'Intérieur, qu'elle conservera lors de sa réélection en 2015.

«Elle a une capacité de travail incroyable, et elle est très exigeante», souligne une de ses collaboratrices, sous couvert de l'anonymat. «Elle déteste le risque, c'est quelqu'un de fiable.»

En revanche, elle a un déficit de chaleur humaine et de communication qu'elle cherche à corriger, diffusant à la presse une série de photos personnelles, dont plusieurs la montrent tendrement enlacée avec son mari Philip John May, un banquier, ou encore son mariage à l'église en 1980.

Theresa May dit aimer la marche et la cuisine. En petit comité, elle sait se montrer pleine d'humour et charmante. Et son classicisme vestimentaire est régulièrement atténué par une paire de chaussures fantaisies, son péché mignon.

Ce qu'il faut savoir sur la future première ministre

Voici ce qu'il faut savoir sur Theresa May, 59 ans, la future première ministre du Royaume-Uni et deuxième femme à occuper ce prestigieux poste après Margaret Thatcher.

Fonction actuelle

Secrétaire de l'intérieur depuis mai 2010

Position sur le Brexit

Même si elle s'est déclarée pour le maintien du Royaume-Uni au sein de l'Union européenne, elle a gardé ses distances par rapport à la campagne référendaire. Lors du lancement de sa campagne pour la chefferie, elle a toutefois rassuré les électeurs qui souhaitent le retrait du pays de l'organisation, affirmant qu'elle respecterait leur décision et qu'elle n'essaierait pas de demeurer au sein de l'UE ou d'y retourner par «la porte d'en arrière».

Principal défi comme première ministre

Elle devra négocier la sortie du Royaume-Uni de l'UE.

Formation et vie professionnelle

Diplômée d'Oxford, elle a travaillé pour la Banque d'Angleterre et dans d'autres institutions financières.

Carrière politique

Elle a fait son entrée en politique en oeuvrant pour son association conservatrice locale avant de devenir conseillère municipale à Londres de 1986 à 1994. Elle a été élue députée au Parlement britannique en 1997 et a agi comme présidente du Parti conservateur de 2002 à 2003. Elle a aussi été sous-secrétaire d'État à la Condition féminine et à l'Égalité de 2010 à 2012.

Ce que disent ses partisans

En tant que secrétaire de l'intérieur, elle a acquis la réputation d'une leader fiable et posée capable de diriger un ministère imposant notamment responsable de la lutte contre le terrorisme, des forces de l'ordre, de l'immigration et du contrôle des frontières.

Ce que disent ses détracteurs

Le plus ancien député du Parti conservateur, Kenneth Clarke, l'a qualifiée de «femme diablement difficile» la semaine dernière alors qu'il ignorait être filmé.

Vie personnelle

Fille de pasteur, elle est mariée depuis 1980 et n'a pas d'enfant. Elle souffre du diabète.

Fait inusité

Elle possède une impressionnante collection de chaussures. Avec Associated Press

Les femmes au pouvoir en Europe

Theresa May, qui doit prendre la tête du gouvernement britannique mercredi, rejoindra le cercle, encore relativement restreint, des femmes au pouvoir dans le monde.

Allemagne

Angela Merkel dirige depuis 2005 la première puissance économique européenne, première femme à accéder à cette fonction dans l'histoire du pays. En décembre 2013, elle a été réélue chancelière par les députés pour un troisième mandat de quatre ans.

Croatie

Ancienne ministre des Affaires étrangères, la conservatrice Kolinda Grabar Kitarovic a été élue présidente de son pays en janvier 2015. Elle est la première femme présidente dans les Balkans élue au suffrage universel.

Lituanie

Dalia Grybauskaite, ancienne commissaire européenne, a été élue à la présidence en mai 2009. Elle est la première à occuper ce poste dans le pays.

Malte

Marie-Louise Coleiro Preca été élue en avril 2014 sur proposition du premier ministre, qui détient l'essentiel du pouvoir exécutif. Elle est la deuxième femme à occuper cette fonction dans le pays.

Norvège

Erna Solberg, victorieuse des législatives de septembre 2013, est devenue la deuxième femme de l'histoire à accéder à la tête du gouvernement.

Pologne

Beata Szydlo, candidate du parti conservateur Droit et Justice, majoritaire au Parlement, est devenue en novembre 2015 premier ministre, succédant à une autre femme, Ewa Kopacz.

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