David Brown, un policier à la voix qui porte à Dallas

Les mots de David Brown, Homme noir à... (AP, David Woo)

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Les mots de David Brown, Homme noir à la tête d'une des polices les plus importantes du pays, ont une résonnance supplémentaire dans le contexte de l'attaque d'un ancien militaire noir, Micah Johnson, qui s'en est volontairement pris à des policiers blancs à Dallas.

AP, David Woo

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Thomas Urbain
Agence France-Presse
Dallas

Depuis jeudi soir et la tuerie de Dallas, le monde a découvert David Brown, chef de la police de la ville, dont le ton, le message et le parcours humanisent un corps aujourd'hui très critiqué aux États-Unis.

Homme noir à la tête d'une des polices les plus importantes du pays, né à Dallas il y a 55 ans, ses mots ont une résonnance supplémentaire dans le contexte de l'attaque d'un ancien militaire noir, Micah Johnson, qui s'en est volontairement pris à des policiers blancs.

Il s'exprime aussi avec, en toile de fond, les manifestations du mouvement «Black Lives Matter» (les vies des Noirs comptent) qui reproche à la police des violences injustifiées envers des hommes noirs.

Quelques heures seulement après la fin de l'attaque qui a provoqué, à Dallas, la mort de cinq policiers et fait sept blessés parmi leurs collègues, leur chef, David Brown, s'est transformé en tribun.

«Il faut que cela s'arrête, cette scission entre notre police et nos concitoyens», a-t-il lâché vendredi de sa voix lente, entrecoupée de longues pauses. «La plupart du temps, nous ne sentons pas beaucoup de soutien» de la part de la population. «Essayons de faire en sorte qu'aujourd'hui soit différent.»

Ces appels à l'union, au rassemblement, viennent d'un homme qui a vécu, depuis la fin des années 80, la mort de son ancien coéquipier, de son frère et de son fils, tous tués par balles.

En 2010, David Brown Jr, son fils de 27 ans, sous l'emprise de PCP, un hallucinogène, a tué sans raison un policier et un homme au volant de sa voiture, avant d'être lui-même abattu par la police.

Son père n'était à la tête des policiers de Dallas que depuis quelques semaines.

«Quelqu'un d'humain»

«Les gens ne réalisent pas que cet homme a traversé pas mal d'épreuves. [...] Je peux sentir sa douleur», dit, admiratif, Ron Franklin, venu se recueillir devant le quartier général de la police, devenu lieu d'hommage aux policiers.

Aucun policier parmi la dizaine interrogée par l'AFP n'a souhaité s'exprimer, se disant soumis à une interdiction de parler à la presse.

«C'est quelqu'un d'humain. Il peut se mettre à la place de beaucoup de monde, pas seulement la sienne. [...] Cela facilite le dialogue dont nous avons tellement besoin», observe Julie Gavran, responsable pour le sud-ouest des États-Unis du mouvement contre la possession d'armes dans les universités Keep Guns Off Campus.

David Brown a notamment mis en place un programme qui devait permettre à ses hommes de gérer une confrontation sans avoir à utiliser leurs armes.

Il les a, pour ce faire et malgré des réticences à l'interne, astreint à une formation renforcée, avec des mises en situation pour améliorer leur préparation.

Le nombre d'incidents débouchant sur des échanges de tirs avec la police a atteint en 2015 son plus bas niveau depuis 10 ans.

«Ces deux dernières années, notre chef [de la police] a fait de grandes choses pour renforcer la société civile [à Dallas] et ses relations avec la police», avance Julie Gavran.

Depuis trois jours, David Brown emploie des mots que l'on attend généralement plus d'un politicien ou un militant que d'un policier.

«Nous n'allons pas laisser un lâche qui a pris par surprise des policiers changer notre démocratie», a lancé vendredi cet homme de petite taille. «Notre ville, notre pays, valent mieux que cela.»

«Il a parfaitement compris dans quelle position il se trouve et il maîtrise l'ensemble des aspects» de la relation entre la police et sa population, en particulier lorsqu'elle est issue d'une minorité, observe Jessica Welburn, professeure de sociologie et d'études afro-américaines à l'université d'Iowa.

Réformer au sommet

Pour autant, «je ne suis pas sûre que ses mots vont suffir à résoudre le problème» dénoncé par le mouvement «Black Lives Matter», prévient-elle.

Pour elle, un homme seul, quand bien même il commande un groupe de 3500 officiers, ne peut changer tout un système de l'intérieur.

Les hommes de bonne volonté existent au sein de la police, mais il faudra que la réforme vienne du sommet de l'État et de la représentation nationale, estime Jessica Welburn.

«En l'état», dit-elle, «[les policiers] font toujours partie d'un système qui est profondément imparfait.»

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