Le Brexit rallume les querelles sur l'avenir de l'Europe

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Les membres du Parlement européen lors d'une session de votes, mardi, à Strasbourg.

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Agence France-Presse
Berlin

Derrière l'unité de façade, le séisme du Brexit a ravivé les divergences en Europe entre tenants d'une relance fédéraliste de l'Union européenne en crise et les partisans d'une pause, voire d'un retour de compétences aux États nationaux.

Les lignes de fractures sont multiples. Dans le premier camp du «plus d'Europe», on retrouve schématiquement les institutions européennes, des pays du sud comme la France et globalement les sociaux-démocrates qui entendent profiter de l'occasion pour réorienter le continent vers moins de rigueur budgétaire. Dans l'autre du «moins d'Europe» : la chancelière Angela Merkel, avec elle nombre de conservateurs européens et les capitales est-européennes.

«Tous les dirigeants européens sont d'accord pour dire qu'il faut à l'UE des idées afin de stopper la tendance» populiste dans l'opinion, «mais la question est de savoir qui va prendre les rênes? C'est là que les divergences se font jour», résume Rosa Balfour, analyste au German Marshall Fund.

Un «gouvernement européen»

Les sociaux-démocrates européens et les institutions de Bruxelles poussent en faveur d'un saut fédéral, tel le président du Parlement européen Martin Schultz, qui prône la transformation de la Commission européenne en «un véritable gouvernement européen».

Avec le patron des sociaux-démocrates allemands Sigmar Gabriel, il a lancé un appel à une «refondation». Les ministres allemand et français des Affaires étrangères, Frank-Walter Steinmeier et Jean-Marc Ayrault, tous deux sociaux-démocrates, ne disent guère autre chose en appelant de leurs voeux une «union politique» accrue, quitte à ce qu'un nombre limité de pays avancent dans cette voie.

Concrètement, la France et l'Italie militent notamment pour davantage de flexibilité dans l'application des règles budgétaires en faveur de la croissance et de l'emploi ou rêvent de grands plans d'investissement.

Mais en Allemagne, pays dont le poids relatif en Europe est appelé à encore croître avec la sortie du Royaume-Uni, Angela Merkel et son parti conservateur de la CDU observent cette débauche d'idées avec la plus grande circonspection.

«Ce n'est pas le bon moment pour les grandes visions», vient de mettre en garde son ministre des Finances Wolfgang Schäuble, pourtant grand défenseur du projet européen. «En principe je suis favorable à plus d'intégration en Europe, mais ce n'est pas le moment [...] face à une démagogie et à un euroscepticisme de plus en répandus», a-t-il prévenu.

En écho, Angela Merkel insiste sur une UE «plus efficace» et «plus compétitive». En clair : ce n'est pas en lâchant les cordons de la bourse que l'UE se rapprochera de ses citoyens, mais en pratiquant une politique de l'offre.

Conflit «de fond» en coulisse 

Au-delà, plusieurs de ses lieutenants appellent à un retour de certaines compétences de l'UE aux États nationaux, au diapason sur ce point de nombre de pays d'Europe de l'Est comme la Pologne ou la Slovaquie qui goûtent peu le fédéralisme.

«Tandis que chacun affiche les convergences de vue en public, un conflit de fond a éclaté en coulisse sur l'orientation du continent», estime l'hebdomadaire allemand Die Zeit.

«Le camp français, soutenu par l'Italie, la Commission européenne et une grande partie de la social-démocratie allemande veut saisir l'occasion pour transformer la zone euro en une fédération d'États à l'intérieur duquel beaucoup d'argent serait transféré», estime-t-il. Un casus belli pour la droite allemande et le nord de l'Europe.

«Cela tiraille beaucoup entre Hollande et Merkel. Entre eux, la confiance ne s'est jamais installée», juge Jean-Dominique Giuliani, président de la Fondation Schumann.

La chancelière est d'autant moins disposée à bouger sur la zone euro que la ligne de fracture traverse sa propre coalition gouvernementale avec les sociaux-démocrates. À un peu plus d'un an des élections législatives, le Brexit est aussi devenu un enjeu politique interne et le sujet lui permet de se rabibocher en partie avec l'aile droite de sa famille politique, la CSU, qui l'a beaucoup critiquée pour son ouverture aux réfugiés.

Au final que ressortira-t-il pour l'Europe de tous ces débats? Signe des hésitations, les dirigeants européens viennent de repousser à l'automne toute décision sur des projets de relance dans la sécurité ou l'emploi. «Il n'y a aucune véritable idée sur la table, je crains que rien ne se passe», juge M. Giuliani.

Succession de Cameron: Theresa May se détache, inquiétude sur l'économie

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Theresa May, une eurosceptique qui avait finalement rejoint la campagne pro-UE, a reçu le soutien de la moitié des 330 députés tories, soit 165 voix.

AP, Matt Dunham

La ministre de l'Intérieur Theresa May est arrivée mardi largement en tête du premier vote des députés conservateurs destiné à désigner le nouveau Premier ministre d'un Royaume-Uni en proie aux premiers signes de panique liés au Brexit sur le marché immobilier.

Mme May, une eurosceptique qui avait finalement rejoint la campagne pro-UE, a reçu le soutien de la moitié des 330 députés tories, soit 165 voix.

La favorite ne devait plus affronter mardi soir que deux autres candidats : la ministre pro-Brexit de l'Énergie Andrea Leadsom (66 voix) et le ministre de la Justice Michael Gove (48).

«Un gros travail nous attend : unifier notre parti et le pays, négocier le meilleur accord possible en quittant l'UE et faire en sorte que le Royaume-Uni soit au service de tous», a déclaré Mme May après le scrutin.

«Je suis la seule candidate capable de remplir ces trois tâches», a-t-elle affirmé.

Arrivé quatrième avec 34 voix, le secrétaire d'État aux Retraites Stephen Crabb a annoncé qu'il se retirait au profit de Theresa May, précisant à la BBC qu'il apportait son «soutien de tout coeur» à la favorite.

Arrivé en cinquième position avec 16 voix, l'ancien ministre de la Défense Liam Fox a été lui éliminé de la course pour trouver un remplaçant à David Cameron, qui a annoncé sa démission le 24 juin, pour cause de Brexit.

Un Brexit qui commence à provoquer un vent de panique sur le marché immobilier britannique, avec trois fonds - Standard Life, Aviva Investors et M&G Investment - qui ont brutalement suspendu leurs activités depuis le début de la semaine face à l'afflux des demandes de remboursements.

«Cela n'est probablement qu'une question de temps avant de voir d'autres fonds suivre le même chemin», a estimé Laith Khalaf, analyste chez Hargreaves Lansdown.

Libre circulation 

Le processus de sélection du Premier ministre qui va gérer la situation de crise économique et politique née de la sortie de l'UE doit se poursuivre jeudi et mardi prochain, pour parvenir à dégager deux finalistes qui seront ensuite départagés par un vote des 150 000 militants conservateurs durant l'été. L'élu(e) sera désigné(e) officiellement le 9 septembre.

Dans cette compétition, le ministre de la Justice Michael Gove, l'une des figures de proue du camp du Brexit, souffre d'un manque de confiance auprès des députés après sa candidature surprise vécue comme une trahison envers Boris Johnson.

L'ancien maire de Londres, qui a fait sensation en se retirant de la course, a décidé de se ranger derrière Andrea Leadsom, 53 ans, une quasi inconnue du grand public avant la campagne référendaire.

Theresa May a répété lundi son intention, si elle est élue, de mettre dans la balance le sort des trois millions de citoyens européens installés au Royaume-Uni lors des négociations avec l'UE, ce que refusent ses adversaires.

Sur l'activation de l'article 50, pour enclencher la procédure de divorce, Theresa May et Michael Gove sont d'accord pour prendre leur temps, malgré la pression des Européens qui souhaitent aller le plus vite possible.

«Je ne comprends pas que le camp de ceux qui veulent quitter l'UE ait besoin de temps et de réfléchir avant de savoir ce qu'il faut faire», a raillé mardi le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker, moquant par ailleurs les «tristes héros d'aujourd'hui», Boris Johnson et Nigel Farage, le chef démissionnaire du parti europhobe Ukip.

M. Juncker ainsi que le président du Conseil européen Donald Tusk ont répété que le Royaume-Uni devrait accepter les règles européennes de libre circulation s'il veut garder accès à son marché intérieur.

Référendum hongrois 

«Nous ne braderons pas nos libertés, et il n'y aura pas de marché unique "à la carte"», a insisté M. Tusk, alors que la Hongrie a annoncé qu'elle organiserait le 2 octobre son propre référendum sur le plan européen de répartition des réfugiés entre les pays membres.

Le commissaire européen aux Affaires économiques Pierre Moscovici a lui critiqué la proposition du ministre britannique des Finances, George Osborne, de réduire l'impôt sur les sociétés à moins de 15 % pour contrer les effets économiques négatifs du Brexit.

Mais côté britannique il y a urgence : outre le marché immobilier, la croissance dans le secteur des services, prépondérant dans l'économie du pays, a affiché un très net ralentissement en juin, a indiqué le cabinet Markit.

Face aux craintes de récession, la Banque d'Angleterre a réagi en incitant les banques à ouvrir les vannes du crédit pour les ménages et les entreprises.

Dans la perspective du désengagement du Royaume-Uni, le secrétaire d'État britannique aux Affaires européennes David Lidington a laissé entendre que des discussions étaient «en cours» sur la possibilité que son pays renonce à assurer la présidence tournante du Conseil de l'UE, de juillet à décembre 2017.

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