Un survivant du carnage au Bangladesh hanté par les cris

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Un jeune garçon participe à une veillée en hommage aux victimes de l'attaque.

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Agence France-Presse
Dacca

Un survivant du carnage perpétré par des djihadistes dans un restaurant de Dacca, au Bangladesh, a raconté dimanche à l'AFP avoir «prié Allah» et «vomi plusieurs fois» en entendant les cris des clients massacrés à coups de machette.

Cet employé du Holey Artisan Bakery, un restaurant du quartier chic de Gulshan, a expliqué avoir eu la vie sauve parce qu'il était musulman. Les assaillants ont dit aux otages qu'ils ne s'en prendraient qu'aux non-musulmans.

«Ils m'ont emmené avec deux de mes collègues, et nous ont forcés à nous asseoir, la tête sur une table», a-t-il dit sous le couvert de l'anonymat.

«J'ai prié Allah, la tête penchée. J'ai vomi plusieurs fois. Ils nous ont avertis de ne pas relever la tête, mais à un moment, je l'ai légèrement relevée et j'ai vu un corps ensanglanté au sol.»

Il a longtemps cru qu'il ne sortirait pas vivant des 11 heures de cauchemar de la nuit de vendredi à samedi au cours de laquelle 20 otages, dont 18 étrangers, ont été massacrés.

Le ministre de l'Intérieur du Bangladesh a dit à l'AFP qu'ils avaient probablement été tués lors des 10 premières minutes de l'attaque.

«Je pense que les meurtres ont été perpétrés juste après qu'ils soient entrés dans le restaurant», a aussi estimé l'employé bangladais à l'AFP.

«Nous avons entendu beaucoup de cris, de pleurs et de coups de feu au cours des premières minutes. Il y a ensuite eu une longue pause.»

«Vers minuit, nous avons entendu de nouveaux coups de feu puis il y a eu une accalmie.»

«Il n'y avait pas d'électricité, mais je pouvais voir certains clients bangladais assis à côté de nous à une autre table. Tout le monde était silencieux.»

«Plus tard dans la nuit, ils nous ont demandé si nous jeunions, car c'est le ramadan. J'ai dit oui, et ils nous ont apporté à manger, afin que nous mangions avant le lever du soleil. Je n'ai pu manger qu'un tout petit peu et boire de l'eau.»

«Je les ai vus transporter des armes et des machettes pendant tout le temps du siège. Ils passaient d'une pièce à l'autre, ne s'asseyaient jamais.»

«Quand ils ont réalisé que les troupes allaient investir le bâtiment, ils sont venus dans notre pièce une dernière fois, et nous ont dit de ne pas ternir le nom de l'islam, d'être de bons musulmans.»

«Ils ont quitté la pièce, et on a entendu de longs coups de feu. Quelques minutes plus tard, tout s'est arrêté».

Le Bangladesh nie tout rôle de l'EI

Le Bangladesh a assuré dimanche que le massacre avait été perpétré par les membres d'un groupe djihadiste local, et a rejeté toute implication de l'organisation État islamique (EI).

Dénoncé dans le monde entier, ce massacre commis dans la nuit de vendredi à samedi a été revendiqué par l'EI, qui dit s'en être pris à un rassemblement de «citoyens d'États croisés». Parmi les victimes se trouvaient neuf Italiens, sept Japonais, un Américain et une Indienne.

Mais le ministre de l'Intérieur du Bangladesh a assuré que les assaillants appartenaient à un groupe extrémiste bangladais et non à l'EI. Six d'entre eux ont été abattus par les forces de sécurité, tandis qu'un septième a été pris vivant.

«Ils sont membres du Jamaeytul Mujahdeen Bangladesh» (JMB), a dit le ministre Asaduzzaman Khan à l'AFP, mentionnant ce groupe djihadiste interdit depuis plus d'une décennie. Selon lui, «ils n'ont aucun lien avec l'État islamique».

Le chef de la police du Bangladesh, Shahidul Hoque, a déclaré que les enquêteurs se pencheraient sur l'hypothèse d'un «lien international», mais a ajouté: «nous soupçonnons avant tout les membres du JMB».

Lors de l'attaque lancée vendredi, les hommes lourdement armés ont massacré la plupart des otages à l'arme blanche. Deux policiers bangladais ont également été tués.

Cette prise d'otages d'une gravité inédite au Bangladesh intervient après des mois de violences marquées par les meurtres d'intellectuels et de membres de minorités religieuses, revendiqués par l'EI, mais dont le gouvernement nie la présence dans le pays.

Les analystes estiment que le Bangladesh ne veut pas admettre l'existence d'organisations djihadistes internationales sur son sol par crainte de faire fuir les investisseurs.

Pour Shahedul Anam Khan, analyste pour le quotidien Daily Star, après cette dernière attaque, le gouvernement ne peut plus raisonnablement nier leur présence active.

«On n'est pas sûr que ces personnes soient liées de façon organique à des groupes extrémistes internationaux, mais le gouvernement doit reconnaître la marque de l'EI dans ce pays et la multitude des démentis ne pourra rien y changer», dit-il.

Les autorités du Bangladesh ont arrêté le mois dernier 11 000 personnes, dont seulement quelques centaines d'islamistes extrémistes, en réaction à la vague de meurtres qui éprouve le pays.

Le principal parti islamiste, allié de l'opposition, est interdit de participation aux élections et ses dirigeants sont en prison ou ont été exécutés après des procès pour leur rôle commis pendant la guerre d'indépendance de 1971 contre le Pakistan.

L'opposition a dénoncé ces arrestations comme une tentative de museler toute voix discordante.

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