La Turquie d'Erdogan renoue avec ses anciens alliés

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La Turquie a fait de grands pas lundi vers d'anciens alliés majeurs avec lesquels elle était brouillée, annonçant une normalisation de ses relations avec Israël et tendant la main à la Russie.

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Pascale Trouillard
Agence France-Presse
Istanbul

La Turquie a fait de grands pas lundi vers d'anciens alliés majeurs avec lesquels elle était brouillée, annonçant une normalisation de ses relations avec Israël et tendant la main à la Russie, pour sortir de son isolement croissant.

Peu importe que la Turquie propalestinienne n'obtienne pas une levée du blocus de Gaza et que la Russie pro-Assad soutienne celui dont elle oeuvre activement à la chute, Ankara va pouvoir avec ces retrouvailles de raison tenter de renouer avec son ancienne diplomatie du «zéro problème avec les voisins», et se sentir moins seule.

Cette inflexion de la diplomatie turque est inspirée par le nouveau Premier ministre Binali Yildirim, après les dégâts provoqués, selon les analystes, par son prédécesseur Ahmet Davutoglu.

Pour Soner Cagaptay, chercheur au Washington Institute, la politique extérieure de Davutoglu a fait que la Turquie s'est retrouvée «presque sans aucun ami» au Moyen-Orient, à l'exception du Qatar et du gouvernement régional du Kurdistan irakien.

Des retrouvailles de la Turquie telles que celles annoncées lundi avec Israël ou la Russie sont d'autant plus cruciales que les relations avec les États-Unis se sont refroidies et que celles avec l'Union européenne sont en pleines turbulences. Washington comme Bruxelles s'inquiètent notamment de la dérive autocratique de M. Erdogan.

Israël et la Turquie ont donc officialisé lundi leur réconciliation après six années de brouille, un rapprochement salué par l'ONU comme un «signal d'espoir» pour le Moyen-Orient en crise et de «pas positif» par les États-Unis qui en escomptent un renforcement de la lutte contre le groupe jihadiste État islamique.

«Ankara a compris que c'était une erreur de se brouiller avec Israël et que l'État hébreu est un partenaire de la Turquie dans la région», a déclaré à l'AFP Hüseyin Bagci, un analyste spécialiste du Moyen-Orient.

Le retour des ambassadeurs dans les deux pays symbolisera «dans les plus brefs délais» la fin de cette crise diplomatique qui durait depuis 2010, après l'assaut de commandos israéliens contre le Mavi Marmara, un navire affrété par une ONG humanitaire turque pour tenter de briser le blocus imposé par Israël à la bande de Gaza. Cette opération s'était soldée par la mort de 10 Turcs.

La Turquie avait posé trois conditions à une normalisation: des excuses publiques, des indemnisations financières pour les victimes et la levée du blocus de Gaza, contrôlée par le Hamas.

Coup de poignard

Mais le premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a affirmé que ce blocus resterait en vigueur. «C'est un intérêt sécuritaire de haute importance pour nous. Je n'étais pas prêt à le renégocier», a-t-il déclaré lundi à Rome.

L'accord précise toutefois que la Turquie va acheminer vendredi «plus de 10 000 tonnes d'assistance humanitaire» vers le port israélien d'Ashdod pour les Palestiniens de Gaza.

La Turquie s'est également tournée lundi vers la Russie : le président Recep Tayyip Erdogan - habituellement peu enclin à produire des excuses - a présenté celles d'Ankara à Moscou pour l'avion militaire russe abattu fin 2015.

La nouvelle lettre envoyée par M. Erdogan - deux semaines après un premier appel du pied en forme de message à son homologue Vladimir Poutine pour la fête nationale russe - précise que «la Russie est, pour la Turquie, un ami et un partenaire stratégique», a expliqué le Kremlin.

«Je veux une fois encore exprimer mes condoléances à la famille du pilote russe, et je dis ''excusez-nous''», a ajouté M. Erdogan, cité dans le communiqué du Kremlin.

Dans un communiqué du porte-parole du président turc, M. Erdogan ajoute que «la Turquie et la Russie sont d'accord pour prendre les mesures nécessaires afin d'améliorer au plus vite les relations bilatérales».

Le 24 novembre 2015, un bombardier russe Su-24 avait été abattu par l'aviation turque près de la frontière syrienne, provoquant la mort du pilote, tué après s'être éjecté.

Ce grave incident, qualifié de «coup de poignard dans le dos» par le président Poutine, a provoqué une crise aiguë dans les relations russo-turques et entraîné de lourdes conséquences pour l'économie turque.

Moscou avait adopté des mesures de rétorsion - allant de l'abrogation des facilités de visa à un embargo alimentaire - et le tourisme russe, précieuse source de ressources, a chuté.

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