Le Brexit est-il réversible?

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Une pétition réclamant un nouveau référendum a dépassé les 3,7 millions de signatures lundi.

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Jacques Klopp
Agence France-Presse
Londres

Le Brexit peut-il encore être annulé par le Parlement britannique, le prochain premier ministre ou un deuxième référendum? Les analystes interrogés par l'AFP n'y croient pas dans l'immédiat mais n'excluent rien à terme, tant la procédure de divorce s'annonce longue et incertaine.

Pour les défenseurs du Brexit, ce serait un déni de démocratie inadmissible, 51,9 % des Britanniques s'étant prononcés pour un divorce avec Bruxelles. Mais pour une partie des partisans d'un maintien dans l'Union européenne (UE), c'est un fantasme qu'ils rêvent de réaliser grâce à un veto du Parlement, un nouveau référendum ou un nouveau gouvernement. Mais est-ce vraiment possible?

Le gouvernement va-t-il renoncer à activer l'article 50?

Un diplomate européen de haut rang a fait part dimanche soir de son «sentiment personnel» que les Britanniques n'allaient en fait jamais activer le fameux article 50, la clause de retrait de l'UE, ce qui pourrait tuer dans l'oeuf toute perspective de Brexit.

Il reviendra au nouveau Premier ministre, qui doit être désigné d'ici au 2 septembre, de notifier officiellement l'intention de départ du Royaume-Uni, point de départ de deux ans de négociations.

Or, le peu d'enthousiasme apparent des défenseurs du Brexit qui, hormis Nigel Farage, ont eu le triomphe extrêmement modeste depuis vendredi a alimenté la thèse que, dépassés par l'ampleur du séisme, ils cherchaient à se défausser de leurs responsabilités.

«Ce n'est pas exclu si le Royaume s'enfonce dans une crise économique majeure», estime Anand Menon, professeur en sciences politiques au King's College de Londres selon lequel toutefois il y a toujours «80 % de chances» que le Royaume-Uni active la clause de départ.

«Il faudra quoi qu'il arrive attendre la désignation d'un nouveau premier ministre. Voire plus longtemps encore si celui-ci décide de convoquer de nouvelles élections dans la foulée, comme l'a laissé entendre Boris Johnson», le favori pour le poste de premier ministre, ajoute le professeur.

Le parlement peut-il bloquer le vote?

L'absence de Constitution écrite au Royaume-Uni brouille la donne, mais les spécialistes du droit sont formels : le référendum n'a pas besoin être ratifié par le Parlement.

«L'affaire relève purement du gouvernement. Le Parlement n'a officiellement pas de droit de regard», souligne Alan Renwick, directeur adjoint de Constitution Unit, un cercle de réflexion.

Pour autant, plusieurs députés réclament un vote à la Chambre des communes.

«Ce référendum était consultatif et n'engage à rien. Presque 500députés [sur 650] se sont prononcés en faveur d'un maintien, ils ont le pouvoir d'arrêter cette folie à travers un vote au Parlement», a souligné le député travailliste David Lammy dans une lettre ouverte.

«Ce n'est pas fini», renchérit l'avocat Geoffrey Robertson, affirmant que «seuls les députés ont le pouvoir de faire et défaire les lois». «Avant d'enclencher la procédure du Brexit, il faut d'abord que le Parlement révoque la loi de 1972 sur notre appartenance à l'UE. Chaque député a le droit, et le devoir, de voter pour un maintien s'il estime que c'est dans l'intérêt du Royaume-Uni.»

Pour Neil Walker, professeur de droit public à l'Université d'Edimbourg, ce serait pourtant difficile à justifier. «Le Parlement a déjà eu son mot à dire en votant pour l'organisation de ce référendum. Qu'il se penche à nouveau sur la question poserait un problème de légitimité.»

«Ce serait un suicide politique, les députés se feraient massacrer par l'opinion publique», juge Anand Menon.

Un nouveau référendum est-il possible?

Une pétition réclamant un nouveau référendum a dépassé les 3,7 millions de signatures lundi. Mais, outre le fait que les défenseurs du Brexit accusent de nombreux signataires de résider à l'étranger, les analystes excluent toute nouvelle consultation à court terme. «Cela n'arrivera pas. On ne va pas faire un référendum sur le résultat d'un autre référendum», tranche Tony Travers, professeur à la London School of Economics.

«Mais la donne pourrait changer si le prochain gouvernement, favorable au Brexit, s'effondrait et si on avait de nouvelles élections», prévient le professeur Neil Walker. «Si, ensuite, la nouvelle chambre élue était majoritairement pour l'UE, elle aurait le mandat clair de mettre fin à la procédure de divorce.»

Et là, «l'organisation d'un nouveau référendum serait possible», considère Alan Renwick, surtout «si l'opinion a basculé de manière sensible» en faveur de l'Europe.

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