Des retraités exilés inquiets

Plus de 13500 Britanniques, pour la plupart retraités,... (AFP, Jose Jordan)

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Plus de 13500 Britanniques, pour la plupart retraités, vivent dans le petit paradis espagnol d'Orihuela. Ceux-ci sont inquiets que le résultat du référendum britannique ne vienne perturber leur quiétude.

AFP, Jose Jordan

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Daniel Bosque
Agence France-Presse
Orihuela

Des milliers de Britanniques ont fait des plages chaudes d'Orihuela leur petit coin de paradis anglais dans le sud de l'Espagne. Mais après le Brexit, ils redoutent que leur retraite dorée sur la Costa Blanca touche à sa fin.

Face à la Méditerranée, sous le soleil déjà radieux de bon matin, Patricia Hawkins déguste en terrasse un café, visiblement anxieuse. Aux côtés de son mari et de leurs deux chiens, elle vient d'apprendre les résultats du référendum au Royaume-Uni.

«Ce n'est pas bon pour nous», dit Patricia. «On ne sait comment cela peut nous affecter, j'espère que pas trop... On adore ça ici», dit cette Britannique installée là depuis onze ans.

«Ce qui nous inquiète le plus, c'est le système de santé. Nous sommes des personnes âgées et nous l'utilisons beaucoup. Maintenant, c'est gratuit, mais qui sait...»

Dans la province d'Alicante, dans le sud-est de l'Espagne, la petite ville d'Orihuela compte quelque 82000 habitants et, sur le littoral, sa zone résidentielle abrite la plus importante colonie de Britanniques du pays : plus de 13500personnes.

Ils ont commencé à affluer à la fin des années 1980 quand des lotissements et villas à bas prix ont remplacé les vergers proches de la côte.

C'est maintenant une agglomération désordonnée de résidences, de pubs, de centres commerciaux et d'agences immobilières où domine la langue anglaise.

Pour la plupart retraités, les Britanniques y apprécient les 320jours de soleil par an et les prix peu élevés, tout en bénéficiant de l'accès gratuit à la santé publique en tant que citoyens européens.

«On va en payer les conséquences»

Au bar Coffee de la mer, un grand tableau annonce aux clients que les jacket potatoes - plat de pommes de terre typiquement britannique-sont au menu. Les propriétaires, Andy et Anthony, écoutent avec préoccupation, sur la chaîne britannique SkyNews, le premier ministre britannique David Cameron annoncer sa démission.

«La livre est en chute et cela va affecter notre commerce. Les retraites vont baisser, voyager jusqu'ici ou acheter une maison sera plus cher, et on verra ce qui peut se passer avec la santé publique gratuite», énumère Andy Wigfield.

«Cette grande inconnue me fait peur», admet aussi Anthony Stonier, 49 ans. «On ne sait pas comment l'Espagne va réagir par rapport à nous.»

Quelque 300 000 Britanniques résident officiellement en Espagne, dont un tiers sur la Costa Blanca, nom donné aux plus de 200 kilomètres de côte que compte la province d'Alicante. Mais beaucoup ne sont pas recensés et ce nombre pourrait en fait atteindre les 800000, voire le million.

Le Brexit «a été une grande erreur et nous allons en payer les conséquences», prophétise le Britannique Robert Houliston. Installé depuis quinze ans à Orihuela, il a fondé un parti politique local pour défendre les intérêts des expatriés. Son logo est le drapeau de l'Union européenne (UE).

«Ici, la grande majorité était en faveur du maintien dans l'Union, même s'ils ont le profil de l'électeur type voulant la sortie : ce ne sont pas des gens riches avec yacht et manoir, ce sont des personnes âgées et modestes, mais elles ont voté avec la tête», assure M. Houliston.

Pour l'économie locale, centrée sur le tourisme, le Brexit pourrait aussi être douloureux : «Cela peut nous couler, nous vivons seulement des Anglais huit mois par an», explique Carlos Campo, propriétaire d'un restaurant.

Mais au soleil d'Orihuela, tous ne partagent pas ce souci. Marchant le long de la mer avec son chien, Jean Law, 72 ans, s'émeut d'apprendre le résultat du référendum britannique : «Je ne peux pas y croire, je suis tellement contente!» Rejetant ce qu'elle appelle «la domination de Bruxelles et de Berlin», elle a voté pour la sortie de l'UE. «Si je dois payer la santé, je le ferai. Mais ma vie se termine, ça n'importe plus. J'ai voté pour la liberté de mes enfants et petits-enfants», assure-t-elle.

Déjeuner amer pour des europhiles

Un groupe de collègues, Britanniques, Portugais, Indien et Français, attablés dans le jardin d'un restaurant portugais du sud londonien. Il fait beau, il fait bon, mais le déjeuner a comme un arrière-goût amer : le Brexit est au menu.

«Ca fait cinq ans que je vis ici et je n'ai jamais senti que je n'étais pas à ma place. Jusqu'à aujourd'hui», regrette Carlos Velazquez, un Portugais de 29 ans, travailleur humanitaire.

«C'est comme si la moitié du pays nous hurlait dessus en disant qu'on ne compte pas».

Ce qui le chagrine? La promesse du camp du Brexit de limiter l'immigration en provenance des autres pays de l'Union européenne (UE), même si le maire de Londres, Sadiq Khan, a voulu rassurer les expatriés de la ville en assurant que leur situation ne changerait pas.

Le Premier ministre démissionnaire David Cameron a, quant à lui, affirmé qu'il n'y aurait pas de «changements immédiats» pour les Européens vivant en Royaume-Uni.

N'empêche. Le malaise est là.

«Si vous mettez à la porte tous les immigrés de Londres, la ville va s'effondrer», estime Carlos.

Parmi ses collègues, il y a Georgina Nicoli, une Britannique de 36 ans, déçue par ses compatriotes, qui ont été 51,9 % à voter pour rompre avec l'Union européenne.

«La moitié de la population n'est pas d'accord avec ça, mais nous devons quand même faire avec», se lamente-t-elle.

«C'est vraiment flippant pour l'avenir. Et ça concerne aussi la manière dont nous sommes vus par le reste du monde. C'est décevant, carrément décevant».

Sentiment anti-immigration

«Il y a un vrai sentiment anti-immigration», enchaîne Aapuru Jain, un Indien de 21 ans. «Aujourd'hui, c'est contre les Européens. Mais demain, ça pourrait viser les Indiens».

Les résultats du référendum sont tombés vendredi au petit matin et, comme beaucoup au Royaume-Uni, ce groupe de collègues a été surpris par la victoire du camp du Brexit.

«Je pensais que [le maintien dans l'UE] passerait», confie Carlos, reconnaissant vivre «dans la bulle de Londres», où 60 % des électeurs ont voté pour rester dans le giron européen.

Comme beaucoup d'étrangers vivant au Royaume-Uni, ces jeunes s'interrogent sur leur présence dans le pays. Resteront-ils? Auront-ils envie de rester? Pourront-ils rester?

«J'aimerais bien rester, si c'est possible», dit Mailys Flajoliet, une Française de 24 ans. «Il y a une grosse communauté française ici, on se sent bien», ajoute-t-elle.

Quant au Brexit, elle regrette que les Britanniques n'aient pas davantage pris en compte l'idéal d'une Europe unie.

«La génération de mes grands-parents a grandi avec un sentiment de haine envers les Allemands», explique-t-elle, Seconde Guerre mondiale oblige. «Mais pour nous, la paix nous semble quelque chose de normal, nous la prenons pour acquise», dit la jeune femme.

«J'ai étudié à Paris, Berlin et Londres. C'est ça l'Europe. La paix et la coopération. Ce n'est pas partir chacun de son côté».

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