Les Britanniques tournent le dos à l'UE

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51,9% des électeurs ont voté pour le Brexit lors du référendum organisé jeudi.

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Londres

Les Britanniques ont choisi de quitter l'UE, un désaveu cinglant pour la construction européenne qui a plongé les marchés mondiaux dans la tourmente et coûté son poste au premier ministre conservateur David Cameron.

Selon les résultats définitifs, 51,9% des électeurs ont voté pour le Brexit lors du référendum organisé jeudi, marqué par une forte participation (72,2 %).

Prises à contre-pied par ce vote qu'elles n'avaient pas anticipé, les places boursières européennes ont terminé la séance en déroute vendredi, à l'exception notable de Londres, qui tirait son épingle du jeu du fait de la présence de nombreuses multinationales qui, pour certaines, ont peu d'activités en Europe.

Le vote laisse un pays divisé, avec Londres, l'Écosse et l'Irlande du Nord qui voulaient rester, tandis que le Nord de l'Angleterre et le Pays de Galles ont largement voté pour une sortie.

Le premier ministre conservateur David Cameron, qui a lancé ce référendum et mené toute la campagne pour un maintien dans l'UE, a annoncé sa démission quelques heures après la publication des résultats, dans une brève allocution devant ses bureaux au 10, Downing Street.

«Les Britanniques ont pris une décision claire [...] le pays a besoin d'un nouveau leader pour prendre cette direction», a-t-il déclaré, très ému, précisant qu'il resterait en poste jusqu'à l'automne et jusqu'à la désignation d'un nouveau chef par son parti. Il a ajouté qu'il appartiendrait à son successeur de mener la négociation avec l'UE sur le processus de sortie de son pays.

Entré dans le club européen en 1973, mais voulant surtout y voir un marché unique et non un projet politique, le Royaume-Uni est le premier pays à le quitter en 60 ans de construction européenne.

La livre en baisse

Ce départ a fait plonger les marchés, mais aussi la livre britannique, et la Banque d'Angleterre a été obligée de faire savoir qu'elle était prête à débloquer 250milliards de livres (326 milliards d'euros).

Ignorant les mises en garde du camp du maintien, les Britanniques ont préféré croire aux promesses de reconquête de leur «indépendance» vis-à-vis de Bruxelles, comme à celle d'arrêter l'immigration en provenance de l'UE.

«C'est le côté émotionnel qui l'a emporté», a constaté Iain Begg, de la London School of Economics.

Leur décision est un terrible désaveu pour une Union déjà affaiblie par la crise des réfugiés et la persistance de la crise économique.

«Le vote des Britanniques met gravement l'Europe à l'épreuve», a déclaré le président français François Hollande. «L'Europe ne peut plus faire comme avant», a-t-il ajouté.

La chancelière allemande Angela Merkel a regretté «un coup porté à l'Europe» et au «processus d'unification européenne».

Alors que les mouvements populistes prospèrent à travers l'Europe, le Brexit pourrait provoquer une réaction en chaîne. Déjà, la dirigeante de l'extrême droite française Marine Le Pen a appelé à un référendum en France, et le député d'extrême droite néerlandais Geert Wilders a réclamé la même chose pour les Pays-Bas.

En visite en Écosse, le candidat républicain à la présidentielle américaine, Donald Trump, a pour sa part salué une nouvelle «fantastique».

Sans surprise, le président Barack Obama a assuré que Londres et l'UE resteraient des «partenaires indispensables» des États-Unis.

Pour l'OTAN et l'ONU respectivement, le Royaume-Uni demeurera «un allié fort et engagé» et «un important partenaire».

Trouver des solutions

Face au spectre d'une décomposition de l'UE, dirigeants et responsables européens se mobilisent.

Les chefs de la diplomatie des six pays fondateurs de l'Union doivent se réunir dès samedi à Berlin. Mme Merkel a invité lundi à Berlin François Hollande, Donald Tusk et Matteo Renz, avant un sommet à Bruxelles mardi et mercredi.

Paris et Berlin présenteront aux autres pays européens des solutions pour rendre l'UE «plus efficace» sans se lancer dans «une fuite en avant institutionnelle», a déclaré à l'AFP le chef de la diplomatie française Jean-Marc Ayrault.

Londres va à présent entrer dans un long tunnel de négociations avec l'UE sur les conditions de sortie, qui pourrait durer jusqu'à deux ans. D'ici là, le Royaume-Uni restera lié par les accords existants.

Les dirigeants des institutions de l'UE ont pressé le pays de lancer «dès que possible» cette procédure en se disant «prêts», le FMI insistant pour une transition «en douceur» et Barack Obama, pour une sortie «sans heurts».

Au plan politique intérieur, la démission de M. Cameron ouvre la question de sa succession. Le chef de file conservateur de la campagne pro-Brexit Boris Johnson, ancien maire de Londres, semblerait un choix logique. Mais il pourrait se révéler trop clivant pour rassembler un parti et un pays divisés.

Sortant de chez lui, il a été hué et injurié par une foule de partisans de l'UE, qui ont même bloqué sa voiture avec leurs vélos.

Dans une déclaration après le vote, Boris Johnson a estimé que la sortie de l'Union européenne devait se faire «sans précipitation».

Le chef du parti europhobe Ukip, Nigel Farage, autre grand gagnant du référendum, a quant à lui immédiatement appelé à la formation d'un gouvernement pro-Brexit.

S'il menace l'économie du Royaume-Uni, le Brexit risque également de mettre en péril son intégrité : la première ministre écossaise, Nicola Sturgeon, a remis «sur la table» la possibilité d'un second référendum d'indépendance de sa région, laquelle a massivement voté pour le maintien dans l'UE.

En Irlande du Nord, également favorable au maintien dans l'UE, le parti nationaliste Sinn Féin a appelé à un référendum sur une Irlande unifiée. Mais le premier ministre irlandais Enda Kenny et son homologue nord-irlandaise Arlene Foster ont rapidement rejeté ce scénario.

Un Royaume-Uni divisé

Les résultats du référendum britannique sur l'Union européenne... (Agence France-Presse) - image 3.0

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Les résultats du référendum britannique sur l'Union européenne montrent un Royaume-Uni profondément divisé.

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Les résultats du référendum britannique sur l'Union européenne montrent un Royaume-Uni profondément divisé, géographiquement, entre milieux sociaux et entre générations.

Quelques tendances clés des résultats :

Loin d'être uni

L'Angleterre a voté à 53,4 % pour quitter l'UE.

Au contraire, l'europhile Écosse a soutenu le maintien à 62 %. Et, comme attendu en cas de Brexit, elle se positionne déjà pour réclamer un nouveau référendum d'indépendance après celui de septembre 2014.

En Irlande du Nord, qui a aussi voté le maintien à 55,7 %, le Sinn Féin, ex-vitrine politique de l'Armée républicaine irlandaise (IRA), a appelé à un référendum sur une Irlande unifiée.

L'UE a injecté des milliards d'euros pour soutenir l'Irlande du Nord après les accords de paix du Vendredi saint de 1998, qui avaient mis un terme à trois décennies d'affrontements confessionnels entre catholiques et protestants ayant fait plus de 3000 morts.

Le Pays de Galles a, pour sa part, soutenu majoritairement une sortie de l'UE (à 52,5 %), mais sa capitale, Cardiff, a voté pour rester avec 60 % des voix.

Enfin, Gibraltar, l'enclave britannique au sud de l'Espagne, qui craint d'être isolée du reste du continent et dont l'économie dépend très largement de ses relations avec l'UE, a voté à plus de 95 % pour le maintien dans l'Union.

Zones rurales contre zones urbaines

«Le référendum a montré l'écart social et culturel entre Londres et la province anglaise», selon le spécialiste des sondages John Curtice.

Les résultats ont confirmé un euroscepticisme marqué dans le nord désindustrialisé de l'Angleterre, ex-bastion travailliste, et dans les zones rurales de l'est qui ont connu un afflux important d'immigrés en provenance d'Europe de l'est ces dernières années. Le discours promettant de mettre un frein à ces arrivées, accusées d'entretenir une crise du logement et une crise du service de santé britannique, semble y avoir particulièrement porté.

En revanche, Londres a voté à près de 60 % pour rester. Ville-monde de 8,6 millions d'habitants, la capitale britannique, coeur financier et économique du Royaume-Uni, voit l'appartenance à l'UE comme un avantage pour faire des affaires.

Fracture démographique

La division a été nette entre les jeunes électeurs, pro-UE, et les électeurs plus âgés, anti-UE. Elle a été encore plus marquée entre les Britanniques détenteurs d'un bagage éducatif et les autres, constate John Curtice.

Selon The Independent, les résultats «montrent un gouffre entre les classes urbaines libérales et les classes ouvrières sur la question de l'immigration, entre ceux qui se sortent bien de la mondialisation et les laissés pour compte qui n'en voient pas les bénéfices, ni en termes d'emploi ni en termes de salaires».

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