Un cessez-le-feu historique avant la paix en Colombie

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Sur cette photo datant de janvier dernier, un combattant des FARC accroche une banderole du leader Alfonso Cano, qui affirme en espagnol «Notre rêve est la paix avec une justice sociale».

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Alexandre GROSBOIS
Agence France-Presse
La Havane

La Colombie a franchi mercredi un nouveau pas décisif vers la paix avec la conclusion d'un accord sans précédent sur un cessez-le-feu définitif entre les Farc et le gouvernement, afin de tourner la page de plus d'un demi-siècle de conflit.

«Nous sommes parvenus à un accord pour un cessez-le-feu et une cessation des hostilités bilatérale et définitive», indique un communiqué commun des négociateurs des deux camps, sans préciser de date d'entrée en vigueur.

L'accord, qui définit les modalités de fin du conflit, point épineux des pourparlers de paix menés depuis fin 2012 à Cuba, concerne également «l'abandon des armes, des garanties de sécurité [pour la rébellion] et la lutte contre les organisations criminelles», explique le texte.

Le détail de l'annonce sera dévoilé jeudi en présence du président Juan Manuel Santos, du chef suprême des Farc Timoleon Jimenez (dit «Timochenko») ainsi que du président cubain Raul Castro et du ministre norvégien des Affaires étrangères Borge Brende, représentants des pays médiateurs, selon le communiqué.

Le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon et les présidents des pays accompagnateurs Nicolas Maduro (Venezuela) et Michelle Bachelet (Chili) sont également attendus à La Havane.

«Demain sera un grand jour. Nous travaillons pour une Colombie en paix, un rêve qui commence à devenir réalité», a commenté sur Twitter le président colombien.

Cet accord marque une avancée déterminante vers la conclusion des pourparlers entre gouvernement et Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc, marxistes), plus importante rébellion du pays avec quelque 7000 combattants.

Pour Jorge Restrepo, directeur du Centre d'études, de recherches et d'analyse du conflit (Cerac), l'annonce est «historique» car désormais la «violence organisée ne servira plus comme mode d'opposition à l'État».

Angelika Rettberg, directrice de la maîtrise de Construction de la Paix à l'Université des Andes à Bogota, estime quant à elle que cet accord «signifie la fin du conflit le plus long et sanglant» des Amériques.

Témoignant de la portée de cette annonce, le mot-clé ElUltimoDiaDeLaGuerra («le dernier jour de la guerre», note de la réaction) était massivement relayé mercredi sur les réseaux sociaux, notamment par le chef suprême des Farc Timoleon Jimenez ou le président bolivien Evo Morales.

À Washington, un porte-parole du Département d'État a «salué» cette avancée, appelant de ses voeux la signature prochaine d'un accord de paix. Au Chili, Mme Bachelet a souligné «l'importance pour le monde de mettre fin à un conflit qui dure depuis plus de 50 ans».

La paix signée le 20 juillet?

Ces derniers jours, les négociateurs de La Havane avaient accéléré leurs négociations et le président colombien a demandé mardi à ses représentants un «effort» pour parvenir rapidement à un cessez-le-feu définitif.

M. Santos avait alors estimé que le dialogue de paix pourrait parvenir à sa conclusion le 20 juillet - fête nationale en Colombie -, date à laquelle l'exécutif et la guérilla ont prévu de se réunir, à l'issue du cycle de négociations qui prendra fin le 6 juillet.

En vue de la démobilisation des Farc, les négociateurs devaient s'accorder sur la mise en place de zones de concentration de quelque 7000 rebelles, dont le désarmement se déroulera sous la surveillance des Nations unies.

Depuis juillet 2015, la guérilla observe déjà un cessez-le-feu unilatéral et le gouvernement a suspendu les bombardements aériens à son encontre.

Dans le cadre des négociations, plusieurs accords intermédiaires avaient été noués, sur la réforme agraire, le trafic de drogue, les réparations aux victimes (qui inclut la justice s'appliquant aux ex-belligérants) et la participation politique des guérilleros démobilisés.

Les parties sont aussi parvenues à s'entendre sur le cadre juridique de l'accord final de paix et l'abandon du recrutement de mineurs par la guérilla.

Le dernier point à l'agenda concerne le mécanisme d'approbation de l'accord.

Le président Santos souhaite un référendum. Les Farc, après avoir longtemps réclamé une Assemblée constituante, se sont récemment déclarées ouvertes à une consultation populaire.

Le gouvernement et la seconde rébellion du pays, l'ELN (environ 1500 combattants), viennent par ailleurs d'annoncer l'ouverture prochaine de pourparlers de paix.

Ces processus menés avec ces deux guérillas d'extrême gauche fondées en 1964 pourraient permettre de tourner la page du plus vieux conflit armé d'Amérique latine, qui a officiellement fait 260 000 morts, 45 000 disparus et 6,6 millions de déplacés depuis plus d'un demi-siècle.

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