Le petit guide du Brexit

Les supporteurs du camp du «On veut rester»... (AFP, Niklas Halle'n)

Agrandir

Les supporteurs du camp du «On veut rester» ont envahi le Trafalgar Square de Londres lors d'une activité de ralliement en vue du référendum qui se tiendra jeudi.

AFP, Niklas Halle'n

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

Dossiers >

Monde
Monde

soleil monde TOC »

(Québec) Le 23 juin, les électeurs de la Grande-Bretagne décident si leur pays continue de faire partie de l'Union européenne. La campagne référendaire a été féroce. Elle a pris un tour encore plus dramatique avec l'assassinat d'une députée pro-européenne, le 16 juin. À quelques heures du vote, Le Soleil vous propose le Petit Guide du Brexit. Un dossier qui rassemble (presque) tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur les relations compliquées entre la Grande-Bretagne et l'Europe, sans jamais avoir osé le demander. Bonne lecture.

LA QUESTION

«Le Royaume-Uni doit-il rester membre de l'Union européenne ou quitter l'Union européenne?»

Qu'est-ce que le Brexit?

Le mot Brexit est une contraction de l'expression british exit («La sortie de la Grande-Bretagne»). Aujourd'hui, il sert de cri de ralliement à ceux qui veulent quitter l'Union européenne.

Quand seront connus les résultats?

Les bureaux de scrutin ferment à 22h [17h au Québec]. Mais la BBC évoque la publication de premiers résultats fiables vers 4h [23h au Québec].

Que se passe-t-il si le Brexit l'emporte?

La Grande-Bretagne ne quittera pas immédiatement l'Union européenne. Elle amorcerait des négociations avec l'Union, notamment pour le maintien d'une zone de libre-échange. Le départ officiel ne surviendrait pas avant 2018, au plus tôt.

Qui veut partir?

S'il fallait dessiner le portrait-robot de l'électeur qui favorise le Brexit, on verrait apparaître l'image d'un retraité d'une petite ville, qui se méfie de l'immigration. L'appui au Brexit culmine à 68 % chez les électeurs de plus de 65 ans. Il atteint aussi des sommets en dehors des grands centres urbains. Les partisans du Brexit considèrent souvent leur vote comme un pied de nez à l'establishment. Une révolte pour préserver l'âme de la Grande-Bretagne contre des politiciens incompétents et corrompus.

Qui veut rester?

Le partisan typique de l'Union européenne se recrute parmi les jeunes, les diplômés et les gens plutôt à l'aise financièrement. Le groupe des électeurs de 18 à 24 ans vote à 61 % pour le maintien de la Grande-Bretagne dans l'Union européenne. Et pas moins de 70 % des diplômés universitaires favorisent l'Europe. Londres, la grande métropole multiculturelle de huit millions d'habitants, constitue le bastion inexpugnable des partisans du camp pro-européen.

 

Les acteurs

Le camp du «On s'en va» [vote Leave]

Boris Johnson

Ancien maire de Londres

Surnoms: «BoJo», «le Joker», ou «le Porcelet albinos visqueux»

Situation: L'ancien maire de Londres est devenu la coqueluche des partisans du Brexit. Drôle, volontiers démagogue, Monsieur a été comparé à un Donald Trump muni d'un dictionnaire. Il ne recule devant aucune exagération pour ridiculiser la bureaucratie de Bruxelles. Il accuse parfois l'Europe de réglementer la courbure des bananes! Et les dimensions des cercueils! Ses partisans le voient déjà premier ministre. En public, «BoJo» se défend de caresser de grandes ambitions. Mais il est probable qu'il se voit déjà calife à la place du calife.

Nigel Farage

À quelques jours du vote, le chef du... (AFP, Justin Tallis) - image 3.0

Agrandir

À quelques jours du vote, le chef du UK Independence Party, Nigel Farage, s'entretient avec des supporteurs du camp du «On s'en va». 

AFP, Justin Tallis

Chef du parti UK Independence Party (Ukip), eurosceptique et anti-immigration

Surnoms: «Bébé Thatcher», «Nytol» ou «Le branleur»

Situation: Jugé peu fréquentable, à cause de ses penchants xénophobes, Nigel Farage ne participe pas à la campagne «officielle» du Brexit. Mais Monsieur sait faire parler de lui. Un jour, il compare le charisme du président du Conseil européen à celui «d'une vieille moppe humide». Le lendemain, il remonte la Tamise à la tête d'une petite flotte de bâteaux de pêche. C'est connu, les slogans anti-européens des partisans de M. Farage ne font pas dans la dentelle. Comme cette banderole, déployée cette semaine : «Hitler l'a fait avec des gaz. Merkel le fait avec de la paperasse.»

Le camp du «On reste» [vote Remain]

David Cameron

Chef du Parti conservateur, premier ministre de la Grande-Bretagne

Surnoms: «Dave le caméléon», «Flashman», «Dave le tordu» ou «Iggle Piggle», en hommage à sa ressemblance avec un héritier des Teletubbies

Situation: Le premier ministre risque gros, le 23 juin. En 2015, c'est lui qui a promis un référendum sur l'Union européenne, pour faciliter sa réélection. Mais l'apprenti sorcier a déchaîné des forces qu'il arrive difficilement à contrôler. Aujourd'hui, il pose en défenseur de l'Europe. Sauf que son Parti conservateur est cassé en deux. Six ministres font campagne contre lui. On voit mal comment il survivrait à une défaite. «Entendez-vous ce bruit étrange?» demandent les cyniques. C'est celui des couteaux que les ennemis du premier ministre sont en train d'aiguiser...

George Osborne

Ministre des Finances

Surnoms: «Tory Boy», «le Sous-marin» ou «le Boy George de la soute à bagage»

Situation: Depuis le début de la campagne, M. Osborne joue le rôle du croque-mitaine. Il répète sur toutes les tribunes que le départ de l'Union causerait un trou de 55 milliards $CAN dans le budget de la Grande-Bretagne. Il annonce aussi qu'il faudra découper les programmes sociaux à la scie à chaîne, advenant un Brexit. Pour l'instant, la stratégie de peur se retourne contre lui. Une cinquantaine de députés de son propre parti l'accusent de vouloir «punir» les Britanniques...

Jeremy Corbyn

Chef de l'opposition et du Parti travailliste

Surnoms: «Jezbollah», «Jihadi Jez» ou «Jelly»

Situation: Après avoir été longtemps un «eurosceptique», Corbyn s'est rallié à l'Union européenne «parce qu'elle garantit les droits des travailleurs». Mais de l'avis général, sa campagne manque de tonus, d'énergie, de conviction. De plus, il refuse de partager les tribunes avec le premier ministre, qu'il ne peut pas voir en peinture. Chouette ambiance.

Les citations de la campagne

«On m'a élevée avec l'idée que Dieu était Anglais et que Jésus-Christ ressemblait à l'acteur Robert Powell [qui jouait le Christ dans le film Jésus de Nazareth]. Je n'ai jamais éprouvé le moindre sentiment d'appartenance envers l'Europe, qui m'a toujours semblé exotique et fabuleusement étrangère.»

- L'actrice Elizabeth Hurley, annonçant qu'elle allait voter pour le Brexit

«Si des gens comme Vladimir Poutine, Nigel Farage [chef de l'extrême droite britannique],  [...] Marine Le Pen et l'État islamique veulent que la Grande-Bretagne quitte l'Union européenne, que devriez-vous en conclure?»

- Le photographe Wolfgang Tillmans, un partisan de l'Union européenne, sur son compte Instagram

«À titre d'historien, je crains que le Brexit marque le commencement de la fin pour l'Union européenne, mais aussi pour la civilisation occidentale dans son ensemble.»

- Donald Tusk, président du Conseil de l'Europe, en entrevue avec le quotidien allemand Bild 

«C'est comme si le gardien de notre prison avait oublié la porte de notre cellule ouverte, et que tout le monde pouvait voir le soleil qui brille à l'extérieur.»

- Boris Johnson, ex-maire de Londres, à propos du Brexit

L'ex-maire de Londres, Boris Johnson... (AFP) - image 5.0

Agrandir

L'ex-maire de Londres, Boris Johnson

AFP

«Napoléon, Hitler et différentes personnes ont essayé [d'unifier l'Europe], et ça se termine toujours de manière tragique. L'Union européenne emploie seulement des moyens différents.»

- Boris Johnson, ex-maire de Londres, à propos du Brexit

Le Brexit en chiffres

Le groupe de manifestants Fishing for Leave fait... (AFP, Niklas Halle'n) - image 7.0

Agrandir

Le groupe de manifestants Fishing for Leave fait campagne pour le camp du «On s'en va» en naviguant près des Chambres du Parlement à Londres. 

AFP, Niklas Halle'n

  • 11 %  Proportion des électeurs qui se disaient indécis, durant la semaine précédant le scrutin. Le vote de ces «discrets» pourrait se révéler décisif.
  • 10  Nombre d'élections consécutives au cours desquelles le tabloïd Sun a endossé le camp du vainqueur. Le 14 juin, le quotidien le plus lu de Grande-Bretagne s'est prononcé pour le Brexit. Son propriétaire, le milliardaire Rubert Murdoch, ne cache pas sa méfiance envers l'Europe. Il aurait expliqué : «Quand je vais à Downing Street [la résidence du premier ministre britannique], ils font ce que je leur dis. Quand je vais à Bruxelles, ils ne m'écoutent même pas.»
  • 1975  Année au cours de laquelle les Britanniques se sont prononcés à 67,2 % pour le maintien de leur pays dans la Communauté économique européenne, l'ancêtre de l'Union européenne.
  • 16  Nombre de mots de la question référendaire.
  • 45 %  des citoyens écossais voteraient pour l'indépendance de l'Écosse si la Grande-Bretagne continuait de faire partie de l'Union européenne.
  • 48 %  des citoyens écossais voteraient pour l'indépendance de l'Écosse si la Grande-Bretagne décidait de quitter l'Union européenne.
  • 43 ans  Âge à partir duquel les électeurs deviennent majoritairement favorables au Brexit, selon les sondages. 
  • 180 G$  Somme (en argent canadien) perdue par le FTSE britannique, l'indice phare de la Bourse de Londres, dans les quatre jours qui ont suivi le premier sondage donnant la victoire au camp du Brexit.
  • 64 %  Pourcentage des Britanniques qui affirment avoir discuté du référendum en famille.
  • 24,3 G$  Somme (en argent canadien) versée par la Grande-Bretagne au budget de l'Union européenne, en 2015. Le pays est le quatrième contributeur, derrière l'Allemagne, la France et l'Italie.
  • 11,3 G$  Subventions (en argent canadien) versées par l'Union européenne à la Grande-Bretagne, en 2015, principalement pour l'agriculture et pour la recherche scientifique.
  • 1 sur 6  Proportion des électeurs qui croient que les frontières de l'Europe leur seront fermées si le Brexit l'emporte. Apparemment, une certaine confusion règne.
  • 12,6 %  Pourcentage de la population de la Grande-Bretagne dans l'Union européenne.
Sources: Yougov Poll et Pew Research Center

Le Brexit en sept dates marquantes

Des partisanes de l'Europe ... (AFP, Niklas Halle'n) - image 9.0

Agrandir

Des partisanes de l'Europe 

AFP, Niklas Halle'n

  • 7 mai 2015  Le premier ministre conservateur David Cameron est réélu à la tête d'un gouvernement majoritaire. Il a promis de tenir un référendum sur l'appartenance de la Grande-Bretagne à l'Union européenne «d'ici 2017». 
  • 19 février 2016  Au terme d'un sommet avec les dirigeants de l'Union européenne, David Cameron affirme avoir négocié un accord donnant à la Grande-Bretagne «un statut particulier», notamment pour restreindre l'immigration.
  • 20 février  La date du référendum sur le Brexit est fixée au 23 juin.
  • 15 avril  La campagne référendaire débute officiellement.
  • 6 juin  Pour la première fois, plusieurs sondages consécutifs donnent la victoire au camp du Brexit. 
  • 16 juin  La députée pro-européenne Joe Cox est assassinée. La campagne référendaire est interrompue durant deux jours. 
  • 20 juin  Alors que les sondages annoncent une lutte très serrée, le chef de la diplomatie britannique, Philip Hammond, lance un avertissement solennel : «Ceci est une décision irréversible. S'ils décident de quitter [l'Union européenne], il n'y aura pas de retour. La Grande-Bretagne ne pourra plus jamais rejoindre l'Union à une date ultérieure si ce n'est à des conditions qui seraient inacceptables.»

C'est l'apocalypse!

Quand il s'agit de terroriser l'électeur, chaque camp a son sujet de prédilection 

«L'Europe, c'est une immigration incontrôlée», disent les partisans du Brexit

Les sondages suggèrent que plus de la moitié des électeurs britanniques ne font pas confiance à l'Europe en matière d'immigration. Pas étonnant que les ténors du Brexit aient fait de l'immigration leur principal cheval de bataille. «Comment pouvons-nous contrôler notre immigration tant que nous sommes dans l'Union européenne? demandait récemment l'ancien maire de Londres, Boris Johnson. Si la Grande-Bretagne reste dans l'Union, les partisans du Brexit annoncent l'arrivée de cinq millions d'immigrants en provenance de l'Europe, d'ici 15 ans. Plusieurs affiches ont même annoncé que la Turquie faisait désormais partie de l'Union! Sûr que les Turcs étaient très étonnés de l'apprendre...  

«Le Brexit, c'est la ruine», disent les partisans de l'Europe

La liste des calamités qui guetteraient l'économie britannique après le Brexit est impressionnante. Le ministre des Finances évoque un trou de 55 milliards $ dans le budget du pays. Une analyse du Conseil du Trésor britannique prévoit une baisse des revenus annuels de 7000 $, en moyenne, par ménage, d'ici 2020. Sans oublier l'inflation, la récession et peut-être même les nuées de sauterelles. À la fin, le premier ministre Cameron a même suggéré que le pays ne pourrait plus payer les pensions de vieillesse.

Partager

À lire aussi

  • Le Royaume-Uni vote pour son avenir

    Monde

    Le Royaume-Uni vote pour son avenir

    Les Britanniques votaient nombreux jeudi sur leur appartenance à l'Union européenne (UE) lors d'un référendum historique qui doit décider de leur... »

publicité

publicité

la liste:1710:liste;la boite:91290:box

En vedette

Précédent

publicité

la boite:1608467:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

Les plus populaires : Le Soleil

Tous les plus populaires de la section Le Soleil
sur Lapresse.ca
»

CONTRIBUEZ >

Vous avez assisté à un évènement d'intérêt public ?

Envoyez-nous vos textes, photos ou vidéos

Autres contenus populaires

image title
Fermer