Coincés en Colombie, des migrants cubains ruminent leur rêve américain

À Turbo, port de 163 000 habitants de... (AFP, Raul Arboleda)

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À Turbo, port de 163 000 habitants de la côte Caraïbes, plus de 500 Cubains attendent, depuis mi-mai, que les autorités migratoires les laissent passer.

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Alina Dieste
Agence France-Presse
Turbo, Colombie

«J'aimerais que mon bébé naisse là-bas», confie Yadira Torres, en parlant des États-Unis. Mais pour cette migrante cubaine de 24 ans, le rêve américain s'arrête pour l'instant en Colombie, où elle est coincée comme des centaines de ses compatriotes.

Après trois fausses couches, Yadira croyait qu'elle n'arriverait jamais à avoir d'enfant. Partie de La Havane le 2 novembre dernier avec son mari, elle raconte que «le miracle» est survenu lors son périple qui l'a menée au Guayana, au Brésil, au Pérou, en Équateur et finalement en Colombie.

«On a pris l'avion, le bateau, le taxi, le bus et on a même voyagé à pied», raconte cette infirmière enceinte de six mois. Le voyage a été «long, dur et difficile. Parfois, on n'avait nulle part où dormir, moi, je vomissais».

Cela n'entame pas sa détermination : «Je veux arriver aux États-Unis comme tous les Cubains qui sont ici».

À Turbo, port de 163 000 habitants de la côte Caraïbes, plus de 500 Cubains attendent, depuis mi-mai, que les autorités migratoires les laissent passer.

Ils veulent atteindre le sol américain le plus tôt possible, craignant que le récent rapprochement entre Washington et La Havane ne mettent fin à leurs facilités d'immigration aux États-Unis.

Mais devant l'afflux de migrants cubains, plusieurs pays d'Amérique centrale - Panama, Costa Rica, Nicaragua - ont fermé leurs frontières, empêchant toute remontée plus au nord.

«Nous sommes arrivés ici sans argent, sans téléphone, juste avec ce qu'on portait sur nous», confie Mercedes Salazar, 38 ans, qui comme beaucoup d'autres a été victime de vols pendant le voyage.

«Très dur»

Ces migrants estiment avoir investi 7000 à 12 000 dollars dans leur rêve américain.

Xiomara Hernandez, 50 ans, a vendu son appartement pour 10 500 dollars afin de financer le voyage. Son fils, venu avec elle, «veut porter un jour les chaussettes blanches des White Sox de Chicago», explique-t-elle.

Les Cubains ne sont pas les seuls à fantasmer sur un meilleur avenir, mais à devoir se contenter pour l'instant d'une escale colombienne.

«Je veux arriver en Amérique centrale, mes amis me disent qu'il y a beaucoup de travail là-bas, mais ma destination finale, ce sont les États-Unis», témoigne à l'AFP Mohamud Warfa Hirsi, Somalien de 27 ans.

Comme lui, des milliers d'Haïtiens, d'Africains et d'Asiatiques sont arrivés ces derniers mois.

Mohamud est parti le 3 mars du camp de réfugiés de Dadaab au Kenya, le plus grand au monde. Il s'est rendu en Éthiopie puis au Brésil avant de rejoindre la Colombie.

«Mon voyage a été très dur. (De Colombie) on m'a déjà déporté trois fois», raconte-t-il.

Jean-Baptiste Geraldo, Haïtien de 27 ans, rêve lui aussi des États-Unis. «Je veux aller dans un pays où il y a des possibilités», dit-il, logé dans un des 20 centres d'hébergement de Turbo, ville concentrant le plus de migrants en Colombie.

Un hangar insalubre 

Selon les services migratoires colombiens, entre le 1er mai et le 16 juin, 1107 migrants en situation irrégulière ont été interceptés dans cette zone, dont 50 % de Haïtiens, 15 % de Cubains, 26 % d'Africains et 9 % d'Asiatiques.

Aliex Artiles, ingénieur informatique de Cienfuegos (Cuba), avait déjà tenté de rejoindre les États-Unis en 2010, espérant profiter de la loi autorisant les Cubains à rester sur le sol américain s'ils y parviennent via un pays tierce.

Son périple s'était arrêté au Mexique, qui l'avait déporté. Cette fois, il est passé par Trinité-et-Tobago et le Venezuela avant de traverser la frontière colombienne. Il est coincé à Turbo depuis mi-mai.

«Au début, on était sur la place, on était plus de 60, jusqu'à ce que quelqu'un nous prête ce hangar. Maintenant, nous sommes plus de 500, dont trois femmes enceintes et de nombreux enfants. Et tous les jours de nouveaux arrivent», raconte ce Cubain de 33 ans, pendant que ses compatriotes se rasent et se lavent les dents au soleil.

Derrière le hangar, sur un ponton, les femmes font la queue face à deux machines à laver données par des habitants, pendant que les enfants courent autour.

Pour Christian Krüger, directeur des services migratoires colombiens, «c'est impossible» de laisser passer ces Cubains : «Si nous permettons qu'ils aillent vers un autre pays nous formalisons une situation irrégulière [...], nous sommes complices du délit de trafic de migrants».

Mais dans ce hangar aux conditions insalubres, «la situation est dramatique», avec déjà deux hommes hospitalisés pour paludisme, s'inquiète William Gonzalez, Défenseur du peuple dans cette région.

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