Dans la famille Fujimori, voici le petit frère, Kenji

Le clan Fujimori est loin de faire l'unanimité au... (AP, Rodrigo Abd)

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Le clan Fujimori est loin de faire l'unanimité au Pérou, comme l'indique ce graffiti Fujimori jamais!

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Agence France-Presse
Lima

Keiko, fille de l'ex-président péruvien Alberto Fujimori (1990-2000), vient de perdre l'élection présidentielle, mais tout n'est pas fini pour ce clan d'origine japonaise : son petit frère Kenji, 36 ans, se positionne déjà pour 2021.

«Seulement dans le cas où Keiko ne gagnerait pas la présidentielle, je serais candidat en 2021», écrivait-il sur Twitter le 25 avril dernier, donnant des sueurs froides à sa soeur, candidate de droite qui tentait justement de nier toute intention de créer une dynastie Fujimori à la tête du Pérou.

Petit garçon, c'est à ses gardes du corps qu'il donnait de fortes émotions, se cachant dans les recoins du palais du gouvernement quand son père était chef de l'État.

Enfant gâté

Kenji Fujimori a longtemps eu l'image d'un enfant gâté au Pérou, où la population le connaît depuis toujours, mais désormais il est une personnalité politique de premier plan après avoir récolté, pour la deuxième fois consécutive, le plus grand nombre de voix aux élections législatives.

Après le deuxième échec de sa soeur à un scrutin présidentiel, il pourrait s'affirmer comme le grand leader d'opposition face au président élu de centre droit, Pedro Pablo Kuczynski, en s'appuyant sur un Parlement où le fujimorisme détient la majorité absolue avec 73 sièges sur 130.

«Keiko aura du mal à maintenir son leadership face aux prétentions de son frère Kenji», observe l'historien Antonio Zapata.

«Pour la deuxième fois, la victoire n'a pas été atteinte, ce qui introduit le doute sur le fait que Keiko soit la bonne personne pour arriver au pouvoir» au sein du fujimorisme, renchérit l'analyste politique Carlos Basombrio.

Pressenti pour prendre la présidence du Parlement, Kenji a dit non, visant plus haut : celle du Pérou.

Mais le cadet de la fratrie Fujimori, directeur d'une entreprise de sécurité, «manque encore de maturité politique», observe Luis Benavente, directeur de l'institut de sondages Vox Populi.

«En tant que député, il n'a pas présenté de lois d'importance majeure pour le pays et il n'a même pas exercé comme porte-parole de son groupe parlementaire», critique-t-il.

Dans les cinq prochaines années, «Kenji doit prouver aux Péruviens qu'il a la capacité pour être candidat, au-delà de ses intentions».

Virage radical 

Longtemps chouchouté par son père, il en est aujourd'hui le plus fervent défenseur. S'il arrive au pouvoir, il n'hésitera pas à gracier l'ex-chef de l'État, qui purge 25 ans de prison pour corruption et crime contre l'humanité.

Représentant de l'aile dure et conservatrice du fujimorisme (à l'inverse de Keiko qui incarne la branche modérée), Kenji a toujours clamé l'innocence de son père et plaidé l'annulation de son procès pour irrégularités.

Alors que Keiko Fujimori a pris soigneusement ses distances avec son père pendant la campagne, Kenji illustre un virage radical avec cette posture. Son souhait de se présenter en 2021 révèle «une crise interne au sein du fujimorisme», estime la députée de gauche Marisa Glave.

Difficile pourtant pour Kenji Fujimori ne pas vouloir viser la présidence, son destin étant lié à la politique depuis ses dix ans, quand son père avait été élu, à la surprise générale, face à l'écrivain Mario Vargas Llosa.

Quand Alberto Fujimori réalisait des activités officielles, Kenji, souvent, l'accompagnait.

Quand il allait distribuer des vêtements, des vélos et des ustensiles de cuisine aux plus démunis, Kenji aussi venait.

Reprenant les mêmes recettes populistes, il a rendu visite, lors de sa campagne aux législatives, aux quartiers les plus pauvres.

Après s'être débarrassé de son image d'enfant privilégié - il avait l'habitude de promener ses amis dans les hélicoptères de l'armée lorsque son père dirigeait le pays - Kenji est entré en politique à 26 ans, avant de devenir député en 2011.

D'abord dans l'ombre de sa grande soeur, il s'en est peu à peu détaché. En décembre dernier, il n'a pas hésité à la critiquer pour avoir retiré de la liste de candidats pour le Parlement des fujimoristes historiques.

Le jour du second tour à la présidentielle, il n'est tout simplement pas allé voter.

La victoire de Kuczynski officiellement proclamée

Pedro Pablo Kuczynski doit officiellement prendre ses fonctions... (AFP, Cris Bouroncle) - image 3.0

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Pedro Pablo Kuczynski doit officiellement prendre ses fonctions le 28 juillet.

AFP, Cris Bouroncle

Les autorités électorales du Pérou ont officiellement proclamé dimanche la victoire à la présidentielle de Pedro Pablo Kuczynski contre Keiko Fujimori, malgré les 0,2 % des bulletins de vote qui restaient à examiner après des recours, mais qui n'auront aucune incidence sur le scrutin.

Pedro Pablo Kuczynski, surnommé PPK, a obtenu 50,124 % des voix, contre 49,876 % pour son adversaire Keiko Fujimori, au second tour, le 5 juin, après dépouillement de la quasi-totalité des bulletins.

En cinquante ans, jamais une élection présidentielle n'avait été aussi serrée, puisque seules 42 597 voix séparent les deux candidats.

Vendredi, Keiko Fujimori, dont le parti, Fuerza Popular, a la majorité absolue au Parlement, avec 73 députés sur 130, a reconnu sa défaite «par respect pour le peuple péruvien».

Pedro Pablo Kuczynski doit officiellement prendre ses fonctions le 28 juillet.

Le Pérou encore hanté par les milliers de stérilisations forcées

Alberto Fujimori purge 25 ans de prison pour... (AP, Martin Mejia) - image 5.0

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Alberto Fujimori purge 25 ans de prison pour corruption et crimes contre l'humanité.

AP, Martin Mejia

En raison de complications, les docteurs recommandaient une césarienne à Victoria Vigo, enceinte de son troisième enfant. Mais au moment de la naissance, ils lui ont aussi ligaturé les trompes à son insu, une des nombreuses stérilisations forcées qui hantent encore aujourd'hui le Pérou.

Son bébé est décédé et Victoria, qui avait alors 32 ans, n'a plus jamais pu avoir d'enfant.

«Ce qui m'a le plus perturbée a été la mort de mon fils», raconte-t-elle par téléphone à l'AFP. «Mais en outre, entendre qu'ils m'avaient stérilisée m'a fait me sentir impuissante, en colère. J'étais indignée, car le médecin n'était jamais venu pour parler avec moi de cette décision».

Comme Victoria, 300 000 Péruviennes auraient été stérilisées de force par l'État en 1996 et 2001.

Le mois prochain, elles sauront si la justice poursuit enfin l'homme qu'elles jugent responsable de leur souffrance : le président de l'époque Alberto Fujimori (droite), 77 ans, incarcéré pour crime contre l'humanité.

Victoria a porté plainte contre le médecin et obtenu 2500 dollars en dommages et intérêts. Elle espère désormais voir juger M. Fujimori et ses ministres de la Santé.

Le gouvernement Fujimori (1990-2000) voulait réduire la natalité par une campagne de ligature des trompes, en théorie sur une base volontaire, pour renforcer le développement économique du pays.

Empêcher les pauvres de se reproduire 

«Fujimori disait vouloir garantir que les femmes décident combien d'enfants elles voulaient avoir», explique Maria Ysabel Cedano, responsable de l'organisation de défense des droits des femmes Demus.

«Dans les faits, ce qu'il souhaitait, c'est que les femmes et hommes pauvres arrêtent de se reproduire», assure-t-elle. Les principales victimes ont été «des femmes jeunes, pauvres, de langue quechua et de régions rurales».

À l'époque, la Première dame du Pérou était la fille d'Alberto Fujimori, Keiko.

Cette dernière, longtemps favorite pour l'élection présidentielle, a vu son avance fondre à mesure que la population se rappelait les heures sombres du gouvernement de son père.

Principal bénéficiaire du front anti-Fujimori, son rival de centre droit Pedro Pablo Kuczynski a fini par la dépasser d'une courte tête au second tour.

Il a d'ores et déjà reconnu un «crime contre l'humanité».

«Cela me rassure», confie Alfonso Ramos, 56 ans. Sa soeur Celia est décédée à Piura en 1997 après une stérilisation.

Selon son récit, des représentants du ministère de la Santé n'ont cessé de venir chez sa soeur pour qu'elle accepte l'opération.

«Elle ne voulait pas. Elle a résisté, mais ils l'ont convaincue», soupire-t-il. «Ils lui ont offert des aliments et médicaments pour la famille si elle acceptait».

Celia Ramos souffrait tellement après l'opération que les médecins lui ont donné une deuxième dose d'anesthésiant. Elle en a fait une crise cardiaque, plongeant dans le coma avant de mourir quelques semaines plus tard.

Elle avait 33 ans, trois jeunes enfants. «L'État ne leur a jamais rien versé», dit Alfonso. «C'est frustrant, mais je crois quand même qu'un jour, ils obtiendront justice».

4000 plaintes 

La justice devait annoncer en février si Alberto Fujimori, qui purge 25 ans de prison pour corruption et crimes contre l'humanité, serait poursuivi dans ce dossier.

Mais l'audience a été reportée à juillet par une «intervention politique», affirme l'organisation Demus, pour protéger les chances de Keiko Fujimori à l'élection.

Selon la Défenseure du Peuple, chargée de protéger les droits humains au Pérou, l'État a fait pratiquer 272 028 ligatures des trompes entre 1996 et 2001. Au total, 18 femmes en sont mortes.

Et 23 000 hommes ont subi des vasectomies, selon Maria Ysabel Cedano.

C'est «une des plus sérieuses violations des droits de l'homme dans les Amériques», commentait l'an dernier la directrice régionale d'Amnesty International, Erika Guevara-Rosas.

Plus de 4000 Péruviens ont porté plainte mais en 2014, la justice avait refusé de poursuivre Alberto Fujimori, estimant ne pas pouvoir prouver qu'il s'agissait d'une politique délibérée de sa part. Seuls six médecins avaient été inculpés.

Les victimes ont fait appel.

Malgré le souvenir amer laissé chez une partie de la population, le camp Fujimori a raflé la moitié des voix à la présidentielle.

Pour Mme Cedano, «que l'on puisse voter pour une force politique capable de faire ça, c'est vraiment malsain et dangereux».

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