Hillary Clinton écrit une page d'histoire

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«Grâce à vous, nous avons franchi une étape importante. C'est la première fois dans l'histoire de notre pays qu'une femme est investie par l'un des grands partis», a déclaré Hillary Clinton devant ses partisans à New York.

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Jennie Matthew, Ivan Couronne
Agence France-Presse
Washington

Hillary Clinton a revendiqué mardi l'investiture démocrate pour la Maison-Blanche, une victoire «historique» pour une femme et un tournant pour les États-Unis.

«Grâce à vous, nous avons franchi une étape importante. C'est la première fois dans l'histoire de notre pays qu'une femme est investie par l'un des grands partis», a-t-elle déclaré devant ses partisans fous de joie à Brooklyn, à New York.

«La victoire de ce soir n'est pas celle d'une personne, elle appartient à une génération de femmes et d'hommes qui se sont battus et se sont sacrifiés et ont rendu possible ce moment», a-t-elle déclaré.

Peu avant, un court film a retracé la lutte pour la conquête du droit de vote des femmes, et les diverses conquêtes des femmes en politique.

L'ancienne première dame, sénatrice et chef de la diplomatie américaine a tendu la main à son rival des primaires, le sénateur du Vermont Bernie Sanders, alors que la question du rassemblement de la gauche se pose.

«Je veux féliciter le sénateur Sanders pour son extraordinaire campagne», a-t-elle déclaré. «Il a enthousiasmé des millions d'électeurs, surtout des jeunes, mais que les choses soient claires: le sénateur Sanders, sa campagne et le débat vigoureux que nous avons eu sur le salaire minimum, la réduction des inégalités, l'ascenseur social, est une bonne chose pour le parti démocrate et l'Amérique.»

Et la candidate s'est lancée dans une critique acerbe de son adversaire républicain à la présidentielle de novembre : Donald Trump.

Trump répond

«Quand Donald Trump dit qu'un juge distingué, né dans l'Indiana, ne peut pas faire son travail à cause de ses origines mexicaines, ou qu'il se moque d'un reporter handicapé, ou traite les femmes de truies, cela va à l'encontre de tout ce en quoi nous croyons», a lancé Hillary Clinton, déclenchant des huées.

«Nous pensons que la coopération vaut mieux que le conflit, l'unité mieux que la division, l'émancipation mieux que la haine... et les ponts valent mieux que les murs», a-t-elle lâché, dans une allusion directe au mur que veut ériger Donald Trump à la frontière avec le Mexique.

Durant la soirée, les résultats du dernier «super mardi» des primaires ont commencé à tomber dans six États. Hillary Clinton a remporté le scrutin du New Jersey, mais le suspense le plus important concerne la Californie, où le sénateur du Vermont veut arracher une victoire symbolique.

Donald Trump avait attaqué préventivement la démocrate lors d'un discours d'une grosse dizaine de minutes depuis l'un de ses golfs, à Briarcliff Manor, près de New York, annonçant la campagne de destruction personnelle qu'il entend lancer contre la démocrate.

Il a donné rendez-vous lundi prochain pour un discours anti-Clinton. «Les Clinton sont devenus maîtres dans l'art de l'enrichissement personnel», a-t-il affirmé, évoquant les financements de la Fondation Clinton.

De façon inhabituelle, l'homme d'affaires a lu son discours depuis un télésouffleur, une pratique dont il s'est souvent moquée, mais qui semble indiquer une volonté de remettre de l'ordre dans sa campagne après plusieurs jours de polémiques à l'intérieur du camp républicain.

Ses propos dénonçant la partialité du juge fédéral d'origine hispanique lui ont valu des condamnations de responsables républicains. Le président de la Chambre des représentants, Paul Ryan, a déploré des propos «racistes».

Hillary Clinton avait déjà atteint lundi la majorité requise de délégués lui garantissant l'investiture, selon les estimations de plusieurs médias américains. Mais, désireuse de ne pas démotiver ses électeurs, elle n'avait pas crié victoire.

Reste à savoir comment les électeurs de Californie ont voté mardi. Bernie Sanders espère y terminer premier pour justifier son maintien en course. Il devait s'exprimer tard mardi à Santa Monica. «Il veut aller jusqu'au congrès», a expliqué son directeur de campagne, Jeff Weaver.

Le sénateur martèle que les voix des centaines de superdélégués (élus du parti) ayant rejoint le camp Clinton ne seront pas officielles avant le vote de la convention d'investiture de Philadelphie, la dernière semaine de juillet.

Le redoutable défi de Clinton: rassembler son camp

Le 7 juin 2008, Hillary Clinton, battue à l'issue de primaires démocrates âprement disputées, cédait la place à Barack Obama. Huit ans plus tard, c'est elle qui doit désormais rassembler son camp après un duel tendu avec Bernie Sanders.

Sur le papier, sa tâche s'annonce infiniment plus aisée que celle de son adversaire républicain Donald Trump dont la candidature et les propos «racistes» (selon nombre d'élus de son propre bord) déchirent le Grand Old Party. Ce dernier apparaît déboussolé à cinq mois de l'élection présidentielle du 8 novembre.

Mais, au lendemain de la victoire, le défi reste de taille, avec à très court terme une interrogation : quelle sera l'attitude de «Bernie» ?

Le sénateur du Vermont se retirera-t-il rapidement et avec grâce? Ou fera-t-il de la résistance jusqu'à la convention de Philadelphie en juillet pour mieux faire entendre son message sur les excès de Wall Street ou la place de l'argent en politique?

Le septuagénaire aux cheveux en bataille a jusqu'ici juré de poursuivre le combat. Après des décennies de relative solitude idéologique au Congrès, il connaît avec cette campagne une reconnaissance tardive, mais spectaculaire.

«À ce stade, la primaire n'a plus rien à voir avec l'investiture. Tout est affaire de rapport de force dans les négociations de paix qui vont s'ouvrir», soulignait mardi sur Twitter David Axelrod, qui fut le stratège électoral d'Obama.

Lors de son discours de victoire, à Brooklyn mardi soir, Hillary Clinton n'a pas directement appelé son rival à se retirer, mais tendu la main à ses électeurs.

«La campagne de Bernie Sanders et le débat vigoureux que nous avons eu ont été très bons pour le parti démocrate et l'Amérique», a-t-elle lancé.

«Au moment où nous regardons vers l'avant, rappelons-nous de ce qui nous unit», a-t-elle ajouté. «Nous voulons une Amérique où tout le monde est traité avec respect».

En 2008, elle avait adoubé sans équivoque son ex-rival, appelant «à mettre notre énergie, notre passion et nos forces» pour faire élire Barack Obama, qui avec son «Yes We Can», galvanisait les foules.

Séduire les jeunes

Cette fois, le défi est tout autre : elle devra s'assurer que les millions de jeunes Américains captivés par le discours du surprenant Sanders qui leur a promis une «révolution politique», ne restent pas chez eux le 8 novembre.

Principal obstacle : nombre de fans de «Bernie» la voient comme la caricature d'une classe politique enfermée dans la bulle hermétique de Washington, déconnectée de leurs questionnements et de leurs luttes.

«Hillary Clinton n'a pas la capacité de rassembler sans aide», estime Larry Sabato, politologue de l'Université de Virginie. «Une partie non négligeable des troupes de Sanders la méprisent désormais. Sanders devra la soutenir de manière répétée avec enthousiasme».

Les démocrates se rassurent en soulignant que l'inimitié était nettement plus forte il y a huit ans entre les équipes Obama et Clinton. Et que la victoire fut au bout du chemin.

Obama bientôt dans la danse

Ils comptent aussi sur le président, qui devrait rapidement entrer dans la danse, pour jouer le rôle de rassembleur. «Vous pouvez vous attendre à ce que le président joue ce rôle», souligne son porte-parole Josh Earnest.

M. Obama a déjà rodé son message : les deux candidats démocrates, très différents dans le style, «n'ont pas d'énormes différences sur le fond». «Je les connais bien tous les deux, ce sont des gens biens», assurait-il récemment lors d'un déplacement au Japon comme pour préparer la nécessaire phase de réconciliation.

«Le président Obama doit faire entendre raison à l'aile gauche du parti, en utilisant la peur de Trump comme facteur de mobilisation», estime Larry Sabato.

De fait, selon les derniers chiffres de l'institut Gallup, la cote de popularité d'Obama au sein de cette frange du parti atteint des sommets : 92 %

À huit ans d'écart, Barack Obama et Hillary Clinton ont un atout commun : proposer aux électeurs d'écrire une page d'histoire de la politique américaine avec le premier Noir à la Maison-Blanche et la première femme à la Maison-Blanche.

Quelles que soient les faiblesses d'une candidate qui ne fait pas rêver les foules, les électeurs démocrates pourraient se mobiliser pour faire la démonstration que leur parti est celui qui fait bouger les lignes de la société américaine.

Les déclarations les plus acerbes entre Bernie et Hillary

Hillary Clinton et Bernie Sanders lors d'un précédent... (Archives AP) - image 4.0

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Hillary Clinton et Bernie Sanders lors d'un précédent débat à l'Université du Michigan, le 6 mars.

Archives AP

Hillary Clinton a remporté l'investiture démocrate pour l'élection présidentielle américaine de novembre, mais Bernie Sanders n'a pas officiellement jeté l'éponge. Les deux adversaires devront pourtant enterrer la hache de guerre, dans la grande tradition politique américaine.

Voici quelques-unes des paroles sur lesquelles chacun devra passer l'éponge.

Hillary sur Bernie 

«J'en ai ras le bol des mensonges de la campagne Sanders sur moi!» lâchait Hillary Clinton en mars, après un rassemblement près de New York, à une militante écologiste qui l'accusait d'être financée par les lobbyistes des énergies fossiles. La candidate a rarement laissé échapper sa colère de manière aussi brutale, mais l'inimitié entre les deux rivaux n'a fait qu'enfler au cours des primaires.

«Il a promis de mener une campagne positive, mais son équipe ne cesse de savamment entacher ma réputation et de lancer des insinuations, et maintenant ça suffit», accuse-t-elle en février.

Mais ses mots les plus durs visent le coeur du message du sénateur socialiste démocrate : il n'est pas au niveau, dit-elle en substance. «Il parle depuis plus d'un an de choses sur lesquelles il n'a à l'évidence pas travaillé ou qu'il n'a pas comprises», lâche-t-elle peu avant la primaire de New York.

Inlassablement, face aux grands projets de réforme sociale et économique du sénateur Sanders, elle répète : «le compte n'y est pas».

Bernie sur Hillary 

Bernie Sanders s'est évertué depuis plus d'un an à convaincre les démocrates que Hillary Clinton, malgré sa longue expérience, ferait une piètre dirigeante. Sa première pièce à conviction est le vote de la sénatrice, en 2002, en faveur de la guerre d'Irak, un vote qu'elle regrette depuis.

«Je remets en cause son jugement. Je remets en cause un jugement qui l'a conduite à voter pour la guerre en Irak, la pire bourde de politique étrangère de l'histoire de ce pays», a lâché Bernie Sanders lors du dernier débat en avril.

«Peut-être que Mme Clinton voudra présenter ses excuses aux familles qui ont perdu leurs proches en Irak?» va-t-il jusqu'à dire dans une interview.

Les liens historiques des Clinton avec Wall Street sont l'autre pièce maîtresse du réquisitoire. «Je ne pense pas qu'elle soit apte (à la présidence), car elle reçoit des dizaines de millions de dollars de fonds de groupes d'intérêts», a-t-il dit en avril.

Et quand cette figure de l'establishment semble crier victoire aux primaires avant l'heure, Bernie Sanders la reprend : «Juste un soupçon d'arrogance, je pense».

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