Louisville attend son héros, Muhammad Ali

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Des centaines de personnes se sont rendues devant la maison d'enfance de Muhammad Ali, certaines d'entre elles laissant fleurs et ballons en souvenir du personnage dont l'impact débordait du ring de boxe.

AFP, Brendan Smialowski

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Sébastien Blanc
Agence France-Presse
Louisville, Kentucky

Soudée autour de la mémoire du boxeur mythique, la famille de Muhammad Ali se préparait dimanche à rapatrier sa dépouille à Louisville, au Kentucky, sa ville natale, alors que les hommages continuent d'affluer de partout dans le monde.

Jeunes habitants et anciens voisins du boxeur attendaient à Louisville l'arrivée de leur héros, décédé vendredi à l'âge de 74 ans après un long combat contre la maladie de Parkinson.

Alors que l'état de santé de Muhammad Ali se détériorait, sa famille, dont ses neuf enfants, s'était rassemblée à son chevet à Scottsdale, en Arizona, où il vivait depuis plusieurs années.

Ses proches l'accompagneront jusqu'à Louisville, où les hommages improvisés se poursuivaient pour cette personnalité marquante du XXe siècle, sur et en dehors des rings.

Il y sera inhumé vendredi, après une procession funéraire ouverte à tous, qui traversera le quartier de sa jeunesse. Une cérémonie multiconfessionnelle présidée par un imam, comme l'avait demandé Ali lui-même, sera organisée, avec l'ancien président Bill Clinton pour prononcer l'éloge funèbre.

Fleurs et ballons décoraient dimanche l'entrée de sa modeste maison d'enfance. Un centre culturel qu'il avait fondé avec sa quatrième femme accueillait les visiteurs dimanche. «Sa femme, Lonnie, avait dit un jour que Muhammad appartenait au monde. C'était le champion du peuple», a écrit le président du Muhammad Ali Center, Donald Lassere.

L'une de ses filles, Hana, a raconté samedi les derniers instants de son père.

«Tous ses organes, les uns après les autres, ont arrêté de fonctionner mais son coeur, lui, n'arrêtait pas de battre. Pendant 30 minutes encore, son coeur a battu.»

Le boxeur avait consulté ses médecins en début de semaine pour «un petit rhume». Son état s'est dégradé en 24 heures, a expliqué le porte-parole de la famille, au point d'être placé sous respiration artificielle vendredi. Devant l'évolution de la maladie, ses enfants ont décidé de débrancher le respirateur artificiel.

Sportif du siècle

Le magazine américain Sports Illustrated, qui l'avait nommé Sportif du siècle en 1999, lui consacrera sa prochaine couverture avec un simple titre : «The Greatest».

L'histoire veut que Cassius Clay, petit-fils d'esclave, se soit mis à la boxe, enfant, pour se venger d'un gamin qui lui avait volé son vélo.

Très vite, à la force impressionnante de ses poings, il collectionne les victoires et les titres, celui de champion olympique à Rome en 1960, puis de champion du monde WBA en 1964.

Le lendemain, il décide de changer de nom et se fait appeler Cassius X en l'honneur du leader des Black Muslims, Malcolm X. Un mois plus tard, il se convertit à l'islam et prend le nom de Muhammad Ali.

Grâce à son style unique, les bras souvent ballants le long du corps, il conservera son titre mondial jusqu'en 1967, date à laquelle il refuse d'aller faire la guerre au Viêtnam.

Il échappe à la prison mais est interdit de ring, vilipendé par une majorité de l'opinion publique américaine mais tenu par d'autres comme un champion de la cause des Noirs qui se battent alors pour l'égalité des droits.

«C'est tout ce que je suis : un homme»

Retraité de son sport en 1979, le besoin d'argent le contraint de remettre les gants deux ans plus tard.

C'est le combat de trop. En octobre 1981, il est tristement humilié par son compatriote Larry Holmes. En décembre de la même année, une défaite face à Trevor Berbick sera son dernier combat.

Il rentre chez lui fort d'une fiche de 56 victoires, dont 37 par K.-O., et 5 défaites.

L'âge et la maladie avaient fait progresser Ali vers un ton plus sage. En 1987, dans une entrevue, il déclarait : «Il [Dieu] m'a donné la maladie de Parkinson pour me montrer que je n'étais qu'un homme comme les autres, que j'avais des faiblesses, comme tout le monde. C'est tout ce que je suis : un homme.»

Le frère de Muhammad Ali, Rahaman (à droite),... (AP, David Goldman) - image 2.0

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Le frère de Muhammad Ali, Rahaman (à droite), a versé des larmes lors d'un service commémoratif à l'église baptiste où le père du légendaire boxeur prêchait pendant sa jeunesse. 

AP, David Goldman

Obama prévoit se rendre aux obsèques

Le président Barack Obama envisage d'être présent aux obsèques de Muhammad Ali, a annoncé dimanche le maire de Louisville.

La principale ville de l'État du Kentucky accueillera pour l'occasion une immense foule et une grande procession sera organisée vendredi, a précisé Greg Fischer. La Maison-Blanche n'a pour l'heure donné aucune indication sur un éventuel déplacement présidentiel dans le Kentucky.

«Tout cela va se finaliser au cours de la semaine mais, clairement, l'intérêt [pour cet événement], notamment grâce aux médias internationaux, est quelque chose de probablement inédit pour nous. Des gens vont venir de partout», a poursuivi le maire.

Celui qui incarnait le «véritable islam»

Cette photo de 1986 montre Muhammad Ali tenant... (AP, Amr Nabil) - image 4.0

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Cette photo de 1986 montre Muhammad Ali tenant un papyrus avec son portrait et un extrait du Coran en arabe disant : «Allah est le seul dieu et Mahomet est le messager d'Allah».

AP, Amr Nabil

À une époque où les musulmans sont souvent caricaturés en Amérique, Muhammad Ali symbolisait mieux que quiconque le visage réel de l'islam, pacifique et universel, affirment des habitants de la ville où il a grandi.

Dimanche, au surlendemain de la mort du boxeur de légende, ils sont encore des centaines à défiler devant la maison de son enfance, ou le centre culturel construit en son honneur.

Ils continuent de déposer des fleurs, des lettres, des dessins, certains représentant un papillon en référence à la phrase culte de Muhammad Ali : «Vole comme le papillon, pique comme l'abeille».

«En tant que musulman, je pense qu'il est pour nous crucial de compter sur une telle personne parmi les gens importants, quelqu'un que tout le monde connaît et qui nous donne une bonne image», confie Hamza Shah, un médecin de Louisville.

«En raison de l'actualité, ce qu'on voit dans les médias donne au contraire une mauvaise image des musulmans», poursuit-il, en précisant qu'Ali symbolisait «l'islam authentique».

Depuis début 2015, des attaques djihadistes commises à Paris, à San Bernardino, à Bruxelles ou ailleurs ont contribué à augmenter la méfiance d'une partie des Américains à l'égard du monde islamique.

Le candidat républicain à la Maison-­Blanche, Donald Trump, a fait de cette crainte un fonds de commerce électoral, disant même vouloir interdire temporairement aux musulmans d'entrer sur le territoire américain et déclenchant ainsi une indignation internationale.

«En tant que musulmans, nous devons nous dresser contre ceux qui se servent de l'islam pour leurs desseins personnels», avait répliqué celui qui a abandonné son nom de naissance, Cassius Clay, en 1965, pour devenir Muhammad Ali.

De l'Arabie à l'Indonésie

Muhammad Ali «était célèbre pour de multiples raisons, mais la principale c'est qu'il a embrassé la religion musulmane», affirme Syed Hussain Shaheed, un imam de Chicago qui a pris la route de Louisville dès qu'il a appris le décès du boxeur.

«"The Greatest", explique-t-il, est respecté du Pakistan à l'Indonésie, de l'Arabie Saoudite à la Malaisie et dans de multiples pays africains, pour les valeurs qu'il a toujours mises en avant.»

«Il a toujours lutté pour la vérité et, dans les pays musulmans, on aime les personnes droites, mais également capables d'affection et de pardon», conclut l'imam Shaheed.

Déjà, immédiatement après les attentats du 11 septembre 2001, Muhammad Ali avait osé parler d'une voix forte pour mettre en garde contre toute tentation d'amalgame.

«L'islam n'est pas une religion meurtrière, l'islam signifie la paix. Je ne peux pas m'asseoir à la maison et regarder les gens étiqueter les musulmans comme la cause de ce problème», avait-il lancé.

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