Les Suisses disent non au revenu de base gratuit pour tous

Une immense affiche sur la plaine de Plainpalais,... (AP, Magalin Girardin/Keystone)

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Une immense affiche sur la plaine de Plainpalais, à Genève, demande aux passants ce qu'ils feraient s'ils n'avaient pas à se soucier de leurs revenus.

AP, Magalin Girardin/Keystone

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Gilles Campion
Agence France-Presse
Genève

Les Suisses ont rejeté massivement dimanche la création d'un revenu de base pour tous, salariés ou sans-emploi, un projet unique au monde qui a suscité de vifs débats dans un pays où l'on vénère la valeur du travail.

Selon une projection de l'institut de sondage gfs.bern diffusée par la télévision publique une heure après la fermeture des bureaux de vote à midi, 78 % des électeurs ont dit non à ce projet controversé.

En revanche, toujours selon cette projection, ils ont approuvé à 66 % une réforme du droit d'asile et à 61 % une loi sur l'autorisation du diagnostic préimplantatoire.

L'initiative populaire «pour un revenu de base inconditionnel» (RBI), soumise par un groupe sans affiliation politique, avait pourtant de quoi séduire.

Elle proposait de verser chaque mois à tous les Suisses et aux étrangers vivant dans le pays depuis au moins cinq ans une somme de 2500 francs suisses (3323 $) par adulte, qu'il ait ou non déjà un emploi, et 650 francs suisses (862 $) pour chaque mineur.

Mais aussi généreuse soit-elle, l'idée qu'on puisse recevoir de l'argent sans contrepartie apparaît inconcevable aux yeux d'une grande majorité des Suisses.

En 2012 déjà, inquiets de voir leur compétitivité baisser au niveau international, les électeurs suisses avaient refusé de porter leurs congés payés de 4 à 6 semaines.

L'initiative était soutenue par le seul parti des Verts, le gouvernement et les autres partis politiques dénonçant un projet utopique et trop coûteux.

Verre à moitié plein

«Les Suisses ont jugé dimanche de façon réaliste», a commenté sur la chaîne RTS le politologue Andreas Ladner, de l'Université de Lausanne.

«Être payé sans travailler, ça aurait été un grand pas. L'initiative n'était pas très claire, elle était surtout destinée à alimenter une discussion», a-t-il ajouté.

Malgré l'échec sans appel, les organisateurs de la consultation se sont dits néanmoins satisfaits du résultat et célébraient leur «demi-victoire».

«On est très contents», a déclaré dimanche à l'agence suisse ATS l'un des pères de l'initiative, Ralph Kundig, rappelant qu'ils étaient partis «de très loin».

Sergio Rossi, professeur d'économie et membre du comité de soutien au RBI, préfère lui aussi voir le verre à moitié plein.

«Une personne sur cinq a voté pour le revenu inconditionnel de base, il s'agit déjà d'un succès», a-t-il commenté à l'ATS. Pour lui, l'important est que les citoyens commencent à réfléchir à cette idée, «qu'il faudra tôt ou tard mettre en oeuvre». Il attend notamment de connaître la proportion des jeunes ayant voté en faveur du RBI.

«C'est un vieux rêve, un peu marxiste. Pleins de bons sentiments irréfutables, mais sans réflexion économique», avait déclaré à l'AFP le directeur du Centre international d'études monétaires et bancaires à Genève, Charles Wyplosz, avant le scrutin. Selon lui, si le lien entre la rémunération et le travail est coupé, «les gens en feront moins».

Démocratie directe

Parmi les autres sujets qui étaient soumis au vote dimanche figuraient notamment l'accélération des procédures d'asile et l'autorisation du diagnostic préimplantatoire.

Les électeurs ont soutenu le projet de loi proposant d'achever en 140 jours maximum les procédures de demande d'asile.

Les opposants à cette réforme critiquaient la mise à disposition d'une aide juridique gratuite pour les migrants, alors que les Suisses n'y ont pas droit, et la simplification de la procédure d'approbation prévue pour l'ouverture des centres d'asile fédéraux.

Les Suisses ont également dit oui au diagnostic préimplantatoire, une technique qui permettra de sélectionner et de congeler des embryons, mais uniquement ceux des couples porteurs d'une maladie héréditaire grave ou qui ne peuvent pas avoir d'enfant par voie naturelle.

Les adversaires du projet dénonçaient une «loi eugéniste».

Conformément à leur système de démocratie directe, les Suisses sont appelés à se prononcer trois à quatre fois par an sur une multitude de questions, proposées par le gouvernement ou par des citoyens à travers les initiatives populaires. Il faut 100 000 signatures pour qu'une initiative soit proposée au niveau national.

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