Tueur ou victime? Vérifiez l'algorithme

L'algorithme permet à la police de Chicago à lutter... (Archives AFP)

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L'algorithme permet à la police de Chicago à lutter contre la violence armée, en attribuant des scores aux habitants les plus à risque d'être impliqués dans une fusillade.

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Sébastien BLANC
Agence France-Presse
WASHINGTON

Unique en son genre, un mystérieux algorithme aide la police de Chicago à lutter contre la violence armée, en attribuant des scores aux habitants les plus à risque d'être impliqués dans une fusillade, soit comme victimes, soit comme acteurs.

Le savant calcul prend en compte différents facteurs, comme le casier judiciaire, l'appartenance à un gang, d'éventuelles blessures par balle déjà subies, le nombre d'interpellations passées, etc.

Mais la nature exacte des critères et leur importance sont secrètes et sujettes à controverse. Joint par l'AFP, le principal concepteur de l'algorithme, Miles Wernick, de l'Institute of Technology de l'Illinois, n'a pas donné suite.

Le résultat des combinaisons informatiques prend en tout cas la forme d'une base de données baptisée «Strategic Subject List», censée permettre de limiter les bains de sang dans une métropole gangrénée par les règlements de compte.

Les détracteurs du système lui reprochent d'écorner les libertés publiques en stigmatisant la «tendance présumée à la violence» de quelques citoyens.

La police justifie, elle, son instrument en assurant qu'il lui permet de concentrer ses efforts sur les personnes potentiellement dangereuses, qui sont souvent également les plus menacées de mourir.

«Chicago est parmi les grandes villes américaines celle qui est la plus divisée sur le plan racial et celle qui a le problème de gangs le plus grave et le plus durable», souligne à l'AFP David Kennedy, du John Jay College of Criminal Justice de New York.

Fusillades quotidiennes

Depuis début 2016, les armes à feu y ont déjà fait environ 250 morts et 1150 blessés. La grande majorité de ces victimes figuraient sur la fameuse liste.

«Nous endurons beaucoup de violences à Chicago, mais nous savons aussi qu'elles sont le fait d'un petit segment de la population», a récemment déclaré Eddie Johnson, le nouveau chef de la police de la métropole de 2,7 millions d'habitants.

Nommé fin mars, M. Johnson, un Noir, veut redorer le blason des forces de l'ordre après l'homicide choquant d'un adolescent noir par un policier blanc.

Sous ses directives, le Chicago Police Department a lancé la semaine dernière une opération antidrogue et antiarmes, arrêtant 140 suspects. Plus de 80 % d'entre eux étaient répertoriés sur la liste.

«La police américaine utilise depuis longtemps la technologie informatique et l'analyse de données pour focaliser ses ressources sur les zones de délinquance. C'est d'ailleurs globalement assez efficace pour réduire la criminalité», rappelle à l'AFP Robert Weisberg, professeur de droit à l'université de Stanford.

Mais à Chicago, poursuit-il, «on franchit un cran supplémentaire en listant des individus».

«Visites préventives»

L'algorithme, régulièrement mis à jour depuis son lancement il y a trois ans, est notamment utilisé pour organiser des visites chez certains individus défavorablement notés.

Ces visites réalisées par des policiers ou des travailleurs sociaux sont l'occasion de proposer des aides de réinsertion ou des informations préventives.

Les études ont en effet montré que les délinquants étaient souvent complètement ignorants des peines encourues pour telle ou telle infraction.

Ainsi, un repris de justice qui sortirait dans la rue avec dans sa poche un simple chargeur de pistolet est automatiquement condamné à Chicago à 15 ans de prison.

Sans nier ce volet social, certains à Chicago redoutent que la liste se traduise par une aggravation des poursuites pénales à l'encontre des personnes y figurant, voire un alourdissement de leurs éventuelles condamnations.

D'autres s'inquiètent de l'opacité du dispositif et s'interrogent sur son efficacité, au regard des statistiques : la violence routinière des fusillades est en recrudescence à Chicago, où le cap fatidique des 1000 victimes de tirs a été franchi en 2016 avec un à deux mois d'avance par rapport aux années précédentes. Impossible de savoir cependant si ce bilan serait pire sans l'algorithme.

«On ignore totalement quels éléments d'analyse sont à l'oeuvre pour inscrire ou non des gens sur cette liste. La liste est générée par des cercles universitaires de Chicago, et ces universitaires n'ont pas dit sur quoi ils fondaient leur calcul [...] alors il existe une inquiétude réelle sur la transparence et des interrogations sur d'éventuels préjugés sous-jacents», résume David Kennedy.

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