Obama plaide pour un monde sans armes atomiques à Hiroshima

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Un des moments forts de la cérémonie est survenu lorsque Barack Obama a fait l'accolade à Shigeaki Mori, un survivant du feu nucléaire.

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Jérôme CARTILLIER
Agence France-Presse
Hiroshima, Japon

La visite fut historique, l'émotion palpable: Barack Obama s'est recueilli vendredi à Hiroshima, ville japonaise anéantie par une bombe atomique américaine, où il appelé à un construire un monde sans armes nucléaires.

Barack Obama s'est recueilli en compagnie de son... (AP, Carolyn Kaster) - image 1.0

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Barack Obama s'est recueilli en compagnie de son homologue japonais, Shinzo Abe, après avoir déposé une couronne de fleurs devant le cénotaphe du parc du mémorial de la Paix, à Hiroshima. 

AP, Carolyn Kaster

Dans un discours chargé en émotion prononcé dans un impressionnant silence, le président des États-Unis a évoqué la douleur née de cette journée du 6 août 1945 quand fut larguée à 8h15 la première bombe atomique de l'histoire, suivie, trois jours plus tard, par celle de Nagasaki.

«Il y a 71 ans, la mort est tombée du ciel», a lancé M. Obama, le visage grave, après avoir déposé une couronne de fleurs devant le cénotaphe du Parc du mémorial de la Paix.

«Nous sommes venus pour réfléchir à cette force terrible qui fut déclenchée dans un passé qui n'est pas si lointain».

«Reposez en paix, nous ne répéterons pas cette tragédie», peut-on lire sur le bâtiment sobre qui contient des dizaines de volumes où sont consignés les noms des victimes du feu nucléaire américain, qui allait sonner la capitulation du Japon et la fin de la Seconde Guerre mondiale.

«Nous avons la responsabilité de regarder l'histoire dans les yeux», a martelé M. Obama qui, à l'issue de son discours, est allé longuement serrer la main d'un survivant du feu nucléaire.

Ce dernier Sunao Tsuboi, 91 ans, avait expliqué avant la cérémonie que s'il avait l'occasion d'échanger avec le président, il exprimerait d'abord sa «gratitude» pour la visite. «Je n'ai aucunement l'intention de lui demander des excuses», a ajouté le nonagénaire, militant antinucléaire de longue date.

«Le monde a changé pour toujours»

Premier président américain en exercice à se rendre dans ce lieu bouleversant, visité chaque année par plus d'un million de personnes, M. Obama a aussi livré sa vision d'un monde meilleur.

Né 16 ans après le recours à cette «bombe cruelle» selon les termes de l'empereur Hirohito, M. Obama a plaidé comme il l'avait fait peu après son arrivée au pourvoir, pour un monde sans armes nucléaires, tout en reconnaissant que cela n'arriverait «probablement pas de son vivant».

«Le monde a changé pour toujours ici. Mais aujourd'hui, les enfants de cette ville vivent en paix», a lancé M. Obama sous la lumière magnifique du soleil déclinant.

Debout au côté de M. Obama, le premier ministre japonais Shinzo Abe a souligné le «courage» du président américain, évoquant «un nouveau chapitre de l'histoire de la réconciliation entre le Japon et les États-Unis».

Juste avant d'entamer sa visite, M. Obama s'est rendu sur la base militaire américaine d'Iwakuni, toute proche.

«Nous ne pouvons jamais oublier de rendre hommage à tous ceux qui ont tout donné pour notre liberté», a-t-il déclaré, soucieux d'envoyer un message à l'armée américaine au moment où il effectue cette visite qui ravive le souvenir d'une guerre féroce de quatre ans.

En vertu du traité de sécurité américano-japonais de 1951, quelque 50 000 soldats américains sont stationnés sur l'archipel.

La Chine mécontente

Le 44e président des États-Unis avait averti par avance qu'il n'effectuait pas ce voyage pour porter un jugement sur la décision prise par son lointain prédécesseur Harry Truman ou présenter des excuses sous une forme ou une autre.

«C'est le rôle des historiens de poser des questions [...], mais je sais, étant moi-même président depuis sept ans et demi, que tout dirigeant prend des décisions très difficiles, en particulier en temps de guerre», avait-il expliqué.

Truman a expliqué n'avoir pas eu «le moindre regret». Tous ceux qui lui ont succédé se sont gardés, lorsqu'ils étaient au pouvoir, de mettre en doute son choix.

Dès son arrivée à la Maison-Blanche, Barack Obama avait fait de la dénucléarisation l'une de ses priorités.

«Les États-Unis, seul pays à avoir jamais utilisé une arme nucléaire, ont la responsabilité morale d'agir», avait-il lancé en avril 2009 à Prague, dénonçant l'idée selon laquelle il faudrait se résigner à un monde où «de plus en plus de pays possèdent l'outil de destruction ultime».

S'il peut mettre à son actif l'accord sur le programme nucléaire iranien conclu à l'été 2015, les discussions sur le désarmement nucléaire avec la Russie de Vladimir Poutine sont, elles, au point mort.

Ce déplacement à forte dimension symbolique, dans cette ville portuaire située à quelque 700 km au sud-ouest de Tokyo, a été bien accueilli, aux États-Unis comme au Japon.

Aux États-Unis, si certaines voix s'étaient initialement élevées contre ce qu'elles avaient par avance décrit comme «une tournée des excuses», les élus ont, dans leur ensemble, salué l'initiative, inimaginable pendant des décennies.

Mais la Chine, qui redoute que le Japon, en insistant sur le traumatisme de Hiroshima et Nagaski, tente de faire oublier sa cruauté durant la guerre, a mis en garde contre une vision biaisée de l'histoire.

Le ministre chinois des Affaires étrangères, Wang Yia a jugé que Hiroshima «méritait l'attention». «Mais le massacre de Nankin devrait encore moins être oublié», a-t-il ajouté, en référence aux meurtres et viols de masse commis par les troupes japonaises lors de la chute en 1937 de ce qui était alors la capitale de la Chine.

Un «fanatique de la guerre nucléaire»

La Corée du Nord a présenté la visite du président américain, Barack Obama, à Hiroshima comme une manoeuvre politique «puérile» d'un «fanatique de la guerre nucléaire».

Dans une dépêche publiée jeudi soir, l'agence officielle KCNA estime que cette visite relève de la plus grande hypocrisie.

«C'est un calcul politique puéril», écrit l'agence. «Même si Obama se rend dans la ville endommagée, il ne peut masquer qu'il est [...] un artisan de la prolifération des armes nucléaires.»

La Corée du Nord présente toujours ses programmes militaires nucléaires, qui lui valent d'être sous le coup de dures sanctions de l'ONU, comme le résultat de décennies vécues sous la menace du feu nucléaire américain. AFP

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