L'EI frappe deux fiefs du régime syrien

L'État islamique a ciblé, lundi, des villes généralement... (AP)

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L'État islamique a ciblé, lundi, des villes généralement calmes, notamment Tartous, où une voiture piégée a explosé quelques instants après que deux kamikazes eurent déclenché leurs ceintures d'explosifs à l'intérieur de la gare routière de la ville. Les attentats de lundi sont les plus meurtriers depuis 1986 en Syrie.

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Rim Haddad
Agence France-Presse
Damas

Le régime syrien a été frappé en plein coeur par une série d'attentats revendiqués par le groupe djihadiste État islamique (EI) qui ont fait 148 morts dans deux de ses fiefs de la région côtière

Les attaques contre Tartous et Jablé, dans le nord-ouest de la Syrie, sont inédites. Ces villes habitées en grande partie par des alaouites, la communauté minoritaire à laquelle appartient le chef de l'État Bachar al-Assad, avaient jusque-là été relativement épargnées par la guerre qui ravage le pays depuis cinq ans.

L'une des attaques a été menée par un kamikaze qui a actionné sa ceinture d'explosifs dans l'hôpital où il avait aidé à transporter des personnes blessées par l'explosion d'une voiture piégée juste avant, selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH).

Cette série d'attentats sans précédent a été menée alors que l'EI fait face à une pression croissante en Syrie comme en Irak, où les forces gouvernementales ont lancé lundi la bataille pour chasser les djihadistes de la ville de Fallouja, à l'ouest de Bagdad.

L'EI a par ailleurs revendiqué lundi un sanglant double attentat au Yémen, qui a fait au moins 41 morts et qui visait de jeunes recrues de l'armée à Aden, dans le sud de ce pays en guerre.

Ville paralysée

À Tartous, deux kamikazes se sont fait exploser à l'intérieur de la gare routière et une voiture piégée a ensuite explosé à l'extérieur, selon une source policière.

«C'est la première fois qu'on entend des explosions à Tartous et qu'on voit des morts et des corps démembrés», a témoigné Chadi Osmane, un employé de banque de 42 ans qui s'est rendu sur les lieux.

Un quart d'heure après, des explosions se sont produites simultanément à Jablé, à 60 km au nord, devant la gare routière, la compagnie d'électricité et deux hôpitaux. La télévision syrienne a montré des carcasses carbonisées d'autobus, du sang, de la fumée et des débris.

L'OSDH a fait état d'un bilan de 148 morts, la quasi-totalité des civils, dont au moins huit enfants. 

«J'ai vu de ma fenêtre des gens courir terrorisés, les magasins ont fermé et la ville est entièrement paralysée», a raconté Merhi, un peintre.

Selon l'ONG Human Rights Watch, ces attentats visant délibérément des civils s'apparentent à des crimes de guerre.

L'EI a affirmé dans un communiqué avoir agi en riposte aux bombardements du régime et de son allié russe et a mis en garde contre de pires représailles.

Tartous et Jablé accueillent respectivement la base et l'aéroport militaires du contingent russe soutenant les forces gouvernementales dans le conflit syrien.

Le groupe EI n'a pas une importante présence sur la côte syrienne, contrairement au Front Al-Nosra, la branche syrienne d'Al-Qaida, qui combat le régime dans la province de Lattaquié. Mais l'organisation compte sur ses cellules dormantes pour attaquer ses ennemis.

Le groupe djihadiste semble ainsi montrer qu'il est toujours opérationnel malgré ses défaites, tant dans l'ouest de l'Irak que dans l'est de la Syrie.

Après les attentats, des partisans du régime à Tartous ont agressé des déplacés ayant fui des villes sous contrôle rebelle ou djihadiste, les accusant d'être des soutiens des terroristes.

Situation fragile

Ces attentats «démontrent une nouvelle fois à quel point la situation est fragile en Syrie et qu'il est nécessaire de prendre des mesures énergiques pour relancer le processus de paix», a réagi le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, dont le pays mène depuis huit mois des frappes contre les adversaires de Bachar al-Assad et a parallèlement imposé fin février avec Washington une trêve sans cesse violée.

Paris a de son côté qualifié ces attaques d'«odieuses».

Il s'agit des attentats les plus meurtriers en Syrie depuis le 16 avril 1986, alors que des bombes avaient tué 144 personnes à Tartous et dans des localités avoisinantes. 

Sur le plan diplomatique, les chefs de la diplomatie russe et américaine, Sergueï Lavrov et John Kerry, se sont entretenus lundi par téléphone à propos de la proposition de Moscou de mener des frappes aériennes communes contre les groupes terroristes en Syrie, déjà écartée par le Pentagone.

M. Lavrov a également insisté sur «la mise en oeuvre rapide de la promesse de Washington de dissocier les groupes de l'opposition syrienne qu'elle soutient des terroristes d'Al-Nosra, auxquels le cessez-le-feu ne s'applique pas.»

Pour sa part, M. Kerry a exhorté son homologue russe à faire pression sur le régime syrien pour qu'il «cesse immédiatement les frappes aériennes contre des forces de l'opposition et des civils innocents à Alep et dans les environs de Damas».

Les groupes djihadistes comme l'EI sont exclus de la trêve décrétée fin février afin de favoriser des pourparlers indirects sous l'égide de l'ONU entre le régime et les rebelles. Ces discussions visent à mettre fin à un conflit complexe qui dure depuis 2011 et a fait plus de 270 000 morts et déplacé des millions de personnes.  avec Maya Gebeily à Beyrouth

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