Parler du sida en Russie, à l'aube d'une épidémie

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Des étudiants étrangers relâchent des ballons dans un rassemblement de sensibilisation au VIH/Sida, à Moscou.

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Maria Panina
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Moscou

«Très souvent, les jeunes ici ne savent même pas ce qu'est le VIH et n'ont pas conscience du danger», dénonce Daria Belimova devant un millier d'étudiants dans une grande université de Moscou, alors que le nombre de séropositifs en Russie a dépassé en 2015 la barre symbolique d'un million.

Une campagne nationale de sensibilisation «Stop VIH/Sida» s'est déroulée du 10 au 20 mai dans plus de 200 établissements d'enseignement supérieur à travers toute la Russie, d'Irkoutsk et Ekaterinbourg à Saint-Pétersbourg et Kazan avec des laboratoires mobiles pour des tests gratuits du VIH et «pour dire à haute voix à la société que le problème existe», expliquent ses organisateurs, une fondation privée.

«En Russie, il n'y a pas assez de financement public pour la lutte contre le VIH à l'échelle nationale, et les programmes spéciaux de prévention du VIH chez les toxicomanes n'existent pratiquement pas», déplore Vadim Pokrovski, chef du Centre fédéral russe de la lutte contre le sida.

En 2015, «le nombre de séropositifs a dépassé la barre d'un million en Russie dont plus de 200 000 sont déjà décédés» du sida, a déclaré M. Pokrovski à l'AFP.

Quelque 850 000 personnes infectées par le VIH sur une population d'environ 146,5 millions vivent actuellement en Russie, explique-t-il, en ajoutant que de nombreuses autres personnes sont probablement infectées, mais «l'ignorent encore car elles n'ont pas été examinées».

Le nombre de mineurs séropositifs dans le pays a augmenté en 2015 d'environ 8,5% par rapport à l'année précédente en passant à 9792 personnes. La plupart sont nés de mères porteuses du VIH, selon M. Pokrovski.

«Pour la seule année 2015, environ 100 000 nouveaux cas du VIH ont été détectés en Russie. C'est un taux très élevé, peut-être même plus élevé que dans le reste de l'Europe», a-t-il relevé.

Valeurs traditionnelles

Les autorités russes mènent ces dernières années une politique de promotion des valeurs traditionnelles, «en exhortant à un comportement conservateur, religieux et exemplaire et en espérant que cela aidera à empêcher la propagation du VIH», remarque M. Pokrovski.

Seules quelques dizaines d'ONG actives dans une quarantaine de villes en Russie mènent actuellement des programmes de prévention du VIH chez les toxicomanes - «le groupe le plus vulnérable», souligne-t-il. «Pour la Russie, c'est très peu», ajoute M. Pokrovski.

Ces ONG sont d'ailleurs dans le collimateur des autorités russes, comme Sotsium, une ONG déclarée en avril «agent de l'étranger» pour avoir reçu 1,5 million de roubles de financement venant de l'étranger pour effectuer des sondages parmi les toxicomanes et les personnes infectées par le VIH.

Une loi russe adoptée en juillet 2012 par le parlement oblige toutes les organisations qui bénéficient d'un financement étranger et qui ont une «activité politique» à s'enregistrer comme «agent de l'étranger» et à s'afficher en tant que tel dans toute communication ou activité publique.

Une mesure qui fait fuir les donateurs et met KO les organisations.

La campagne Stop VIH/Sida «devrait pourtant pousser la société russe à participer de manière plus active à la lutte contre le VIH, puisqu'elle est lancée par la Fondation des initiatives socio-culturelles, dirigée par Svetlana Medvedeva, l'épouse du Premier ministre russe», espère M. Pokrovski.

Risque d'épidémie généralisée

Si le nombre de personnes infectées continue d'augmenter au même rythme d'ici 2021, «la menace risque de se transformer en une épidémie généralisée», a mis en garde cette fondation en expliquant son initiative.

L'épidémie est considérée comme généralisée lorsque 1% des femmes enceintes dans le pays sont infectées, rappelle Vadim Pokrovski.

«En Russie, ce taux est de 0,8%, mais il augmente, et le risque d'une grave épidémie est très élevé», précise-t-il.

«Jusqu'à récemment, la société n'était pas vraiment consciente de l'ampleur du problème», assure à l'AFP Sergueï Smirnov, de la Fondation des initiatives socio-culturelles.

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