Le Venezuela au bord de l'explosion

Les manifestants ont pris les rues de Caracas... (AP, Ariana Cubillos)

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Les manifestants ont pris les rues de Caracas samedi afin de demander la démission du président vénézuélien, Nicolas Maduro. Cet homme exhibe une maquette de réfrigérateur vide, afin de protester contre la pénurie de produits alimentaires au pays.

AP, Ariana Cubillos

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Agence France-Presse
Caracas

Les Vénézuéliens se préparaient lundi à l'application de «l'état d'exception» décrété par le président Nicolas Maduro, pendant que l'opposition appelait à descendre dans la rue pour réclamer un référendum pour le destituer dans un scénario rappelant en partie celui du Brésil.

Coupures d'électricité quotidiennes, services publics ouverts uniquement deux jours par semaine, pillages de commerces, protestations et lynchages : le pays pétrolier sombre chaque jour un peu plus dans la crise politique, économique et sociale depuis la victoire d'une coalition d'opposition aux élections législatives, fin 2015.

Le bras de fer entre chavistes (du nom du président défunt Hugo Chavez, au pouvoir de 1999 à 2013 et mentor de Nicolas Maduro) et antichavistes s'est intensifié depuis que l'opposition a rassemblé début mai 1,8 million de signatures pour lancer le processus du référendum pour révoquer le président, qu'elle espère organiser d'ici fin 2016.

Dénonçant des «menaces extérieures», le socialiste Maduro a décrété «l'état d'exception», accusé les États-Unis de vouloir «en finir avec les courants progressistes en Amérique latine», annoncé la saisie d'usines et ordonné «des exercices militaires nationaux des Forces armées, du peuple et de la milice» pour se «préparer à n'importe quel scénario».

Le contenu du décret d'exception doit être publié lundi, mais selon certains experts, les libertés individuelles pourraient être affectées : droit de manifestation limité et détentions préventives autorisées sans décision d'un juge.

«Il semble que la décision officielle est de laisser mourir l'industrie nationale et d'appauvrir les Vénézuéliens», a déclaré Juan Pablo Olalquiaga, le président de la Confédération vénézuélienne des industries (Conindustria), à propos de saisies d'usines annoncées par le président Maduro.

Coup d'état parlementaire

Le vice-président Aristobulo Isturiz a tenté en fin de semaine dernière de doucher les espoirs de la coalition d'opposition de la Table pour l'unité démocratique (MUD), majoritaire au Parlement, en rejetant dimanche toute possibilité de référendum de destitution.

«[Nicolas] Maduro ne va pas quitter le pouvoir à la suite du référendum parce qu'il n'y aura pas de référendum [...] Ils [les responsables de l'opposition] savent qu'il ne va pas y avoir de référendum parce qu'ils s'y sont pris trop tard, trop mal et en commettant des fraudes», a-t-il déclaré lors d'un rassemblement de soutien à Dilma Rousseff, écartée de la présidence brésilienne.

Le gouvernement chaviste fait le parallèle entre le Venezuela et le Brésil, où la présidente de gauche a été écartée du pouvoir par le Parlement. Et accuse l'opposition de préparer un «coup d'État» institutionnel contre Nicolas Maduro. «Ils devront tous nous tuer avant de nous faire un coup d'État parlementaire», a ajouté M. Isturiz.

Les autorités électorales doivent encore se prononcer officiellement sur la recevabilité du projet de référendum alors qu'un des chefs de l'opposition, Henrique Capriles, a appelé à de nouvelles manifestations dans tout le pays, mercredi devant les instances électorales.

Inflation de 180,9 %

À l'image de l'opposition, les experts pointent le risque «d'explosion» du pays alors que 7 Vénézuéliens sur 10 réprouvent la gestion de leur président, selon un sondage de l'institut Venebarometro.

Des responsables des services de renseignement américains cités par le Washington Post estiment que le gouvernement vénézuélien pourrait être renversé par une insurrection populaire cette année. «Vous pouvez entendre la glace craquer», résument-ils.

Le pays a subi en 2015 une inflation de 180,9 %, une des plus élevées au monde, et un recul du PIB de 5,7 %, pour la deuxième année consécutive.

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