Les petits boulots à 1 euro des réfugiés en Allemagne

L'an dernier, des bénévoles allemands servaient des repas... (AP, Matthias Schrader)

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L'an dernier, des bénévoles allemands servaient des repas aux réfugiés (photo). Maintenant l'Allemagne emploie des milliers de réfugiés payés un euro de l'heure pour effectuer des «petits boulots» comme la distribution de repas ou la réparation de lits.

AP, Matthias Schrader

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Yannick Pasquet
Agence France-Presse
Berlin

Distribuer les repas, réparer les lits ou arroser des plates-bandes : des milliers de réfugiés effectuent des «petits boulots» payés un euro de l'heure en Allemagne, mais l'efficacité de cette mesure pour une intégration réussie sur le marché du travail fait débat.

Louche et spatule en main, Zaïd, Irakien de 23 ans, soulève le couvercle d'une cuve en inox remplie de goulash et de quenelles de pommes de terre. Il tente d'expliquer aux mines circonspectes massées devant sa marmite les ingrédients de cette tambouille «so german» qui baigne dans l'huile et le bouillon de boeuf.

De 18h30 à 20h, Zaïd est employé par la ville de Berlin pour la distribution du dîner aux 152 autres réfugiés syriens, irakiens, afghans ou moldaves de ce gymnase de Berlin, transformé en centre d'hébergement d'urgence de migrants.

Pour installer les cuves de nourriture, découper le pain, remplir les assiettes et passer un coup d'éponge à la fin, il est payé 1,05 euro de l'heure et ne doit pas effectuer plus de 20 heures par semaine. Au mieux, il touche donc 84 euros (123 $CAN) par mois, un maigre émolument qui s'ajoute aux 143 euros (209 $CAN) d'«argent de poche» auxquels il a le droit pendant le temps d'examen de sa demande d'asile.

Pourtant, un grand sourire se dessine sous sa casquette de rappeur. «Ça me permet d'avoir des contacts avec des Allemands qui viennent ici distribuer les repas bénévolement avec moi et de parler la langue», explique Zaïd qui a fui sa ville de Hilla avec son père et sa soeur il y a six mois. «Et je ne tourne plus en rond dans le centre sans savoir quoi faire», ajoute-t-il.

Car dans ce foyer de réfugiés comme dans tant d'autres règne l'ennui qui ronge les têtes, pousse à élever la voix pour la moindre broutille et parfois même à jouer du poing.

Berlin emploie actuellement 3925 réfugiés répartis dans 75 centres d'hébergement. La Ville, vilipendée pour sa gestion catastrophique de l'accueil des migrants, veut maintenant élargir son offre de «jobs à un euro» aux associations reconnues d'utilité publique.

En Bavière, l'un des États régionaux qui accueillent le plus de demandeurs d'asile, plus de 9000 réfugiés occupent de tels emplois. La ville de Hanovre leur propose également de travailler à la réparation de vélos, de trier des vêtements ou d'accompagner des enfants à la crèche en leur offrant en échange des cours d'allemand.

Tremplin ou exclusion? 

La ministre du Travail, Andrea Nahles, a promis la création de 100 000 emplois du genre pour les réfugiés, y voyant «un tremplin» pour intégrer ensuite le marché du travail. Ces «petits boulots à un euro» avaient été lancés il y a une décennie lors d'une vaste refonte du marché du travail.

«À court terme, c'est une mesure judicieuse, car sinon les réfugiés n'ont aucune possibilité de travailler», explique à l'AFP Ronald Bachmann, économiste du réputé institut RWI, basé à Essen (ouest). Tant que leur dossier n'a pas été tranché, les demandeurs d'asile n'ont en effet pas le droit d'occuper un emploi.

«Voir des réfugiés travailler envoie aussi un signal politique qui n'est pas mauvais», poursuit l'expert alors que les voix du populisme agitent souvent l'épouvantail de migrants vivant sur le dos du généreux État-providence allemand.

Destinés lors de leur lancement aux chômeurs de longue durée, ces petits boulots sont peu à peu tombés aux oubliettes, car «il est très, très rare qu'ils permettent un retour dans le marché du travail car on y apprend peu de choses», selon Ronald Bachmann.

Le patron de la Fédération allemande des syndicats (DGB), Reiner Hoffmann s'est prononcé contre ces emplois pour les migrants car, selon lui, l'Allemagne a besoin d'un programme bien plus ambitieux pour intégrer les réfugiés à l'économie allemande.

Selon Holger Schäfer, expert du marché du travail à l'institut IW, «on subventionne en fait ainsi l'exclusion des réfugiés du marché de l'emploi».

Zaïd, lui, n'a pas l'intention de poursuivre sa «carrière» balbutiante dans la restauration. Il vient d'intégrer une classe d'accueil dans un lycée berlinois qui doit à terme lui permettre de reprendre ses études d'informatique interrompues en Irak.

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