Au Cambodge, des «enquêteurs civils» traquent les pédophiles

À Siemp Reap, ville touristique qui abrite les... (AFP, Tang Chhin Sothy)

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À Siemp Reap, ville touristique qui abrite les temples d'Angkor, un agent en civil traque les touristes dont les comportements pourraient paraître suspects.

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Jérome TAYLOR
Agence France-Presse
SIEM REAP

Des heures qu'il patiente, fumant cigarette sur cigarette, au fond d'une petite rue sombre du quartier chaud de Siem Reap. Cet «enquêteur civil» a déjà fait des dizaines de planques pour aider la police cambodgienne dans sa traque aux pédophiles.

Sa cible du jour: un homme occidental dont le comportement avec les enfants a éveillé les soupçons, ce qui a déclenché la surveillance.

«Quand nous avons un suspect, nous envoyons nos agents pour surveiller les alentours, pour suivre tous mouvements ou activités jugés suspects», explique Meas, qui dirige ce réseau de supplétifs de la police, à Siemp Reap, ville touristique du centre du Cambodge qui abrite les temples d'Angkor.

Meas, qui a demandé à l'AFP d'utiliser un pseudonyme, travaille pour l'ONG Action pour les enfants (APLE), spécialisée dans la traque des criminels et le soutien aux victimes d'abus.

L'Asie du Sud-Est est en effet l'une des régions les plus touchées au monde par les abus sexuels sur les enfants.

Depuis 2003, le Cambodge a lancé une campagne destinée à corriger son image de refuge pour pédophiles. Et des dizaines d'étrangers ont été emprisonnés pour des crimes sexuels sur des enfants ou ont été expulsés pour être jugés dans leur pays.

D'après une étude mondiale publiée jeudi par plus de 70 ONG dans le monde, si des progrès ont été réalisés, le tourisme pédophile reste toutefois un «phénomène tenace qui ronge la région depuis plusieurs décennies».

Depuis les années 1980, le Cambodge, pays pauvre et corrompu, est devenu une destination touristique et une plaque tournante du tourisme sexuel.

Scandale

En 2002, l'arrestation de la pop-star britannique Garry Glitter, pédophile ayant vécu des années dans la région avant d'être inquiété, marque un tournant. À cette époque, moins de 10 personnes sont arrêtées par an pour des faits de pédophilie, d'après les autorités.

L'an passé, les investigations d'APLE ont permis l'arrestation de 22 personnes au Cambodge - des pédophiles et leurs complices. La moitié sont des Cambodgiens et l'autre des étrangers.

«Même si la situation s'améliore, la lutte est loin d'être terminée», estime Khoem Vando, responsable d'APLE.

Le pays continue à être secoué régulièrement par des scandales. Ainsi en février, le directeur d'un orphelinat de Phnom Penh, ancien responsable d'APLE, a été condamné à trois ans de prison pour avoir abusé de 11 enfants de son établissement.

Et aujourd'hui, les nouvelles technologies donnent du fil à retordre aux enquêteurs, car elles permettent aux délinquants sexuels étrangers de préparer leur voyage et d'être moins visibles sur place.

«Les pédophiles étrangers continuent à cibler le Cambodge mais leur mode de fonctionnement a changé,» ajoute Khoem Vando.

Toutefois, année après année, la coopération entre les pays occidentaux et les autorités de la région ont permis de resserrer les mailles des filets autour des pédophiles.

Mais le problème est aujourd'hui le manque de coopération avec les pays asiatiques, dont les ressortissants constituent la majeure partie des touristes au Cambodge, comme le souligne un travailleur d'une ONG à Bangkok qui souhaite garder l'anonymat.

«Ces dernières années, nous avons eu une coopération correcte avec plusieurs ambassades», explique-t-il. «Mais je ne peux pas dire la même chose pour le Japon, la Chine et la Corée du Sud. Et ils ont une beaucoup plus grande emprise dans la région.»

Le travail des enquêteurs civils est parfois remis en cause. Certains blogues au Cambodge, la plupart écrits par des expatriés étrangers, accusent ainsi APLE de cibler les hommes étrangers parfois innocents et ayant réellement la volonté d'aider les habitants.

Mais pour Meas, ces accusations sont infondées. Au milieu d'un parc connu pour être fréquenté par les étrangers intéressés par les enfants des rues, il réaffirme que les poursuites sont engagées après de longues enquêtes et avec des preuves convaincantes.

À quelques mètres de là, sur un banc, un homme joue du ukulélé pour deux enfants cambodgiens. «C'est complexe», explique-t-il. «Il est peut-être complètement innocent mais c'est ce genre de comportement que nous devons surveiller», ajoute-t-il avant de s'empresser d'appeler l'un de ses agents.

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