France: hommage à trois femmes victimes de l'épuration d'après-guerre

Des fleurs ont été déposées sous un arbre... (AFP, Miguel Medina)

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Des fleurs ont été déposées sous un arbre à Monterfil, près de Rennes, où trois femmes innocentes ont été pendues sommairement dans la phase d'épuration qui a suivi la Libération de la France, à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Finalement, 72 ans après les crimes, la ville de Monterfil s'est excusée auprès des familles de ces trois femmes.

AFP, Miguel Medina

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Agence France-Presse
Monterfil, France

Une gerbe de fleurs blanches et trois prénoms : Marie, Germaine et Suzanne. Près de 72 ans plus tard, un village breton a rendu hommage pour la première fois dimanche à trois femmes sauvagement assassinées à la Libération, rappelant une page noire de l'histoire de France.

Une centaine de personnes ont assisté au dévoilement de la plaque qui commémore trois «victimes innocentes de l'épuration sauvage» sur le monument aux morts de Monterfil, un village de 1300 habitants non loin de Rennes.

Fêtée dans la liesse, la Libération de la France à la fin de la Seconde Guerre mondiale a aussi présenté une face sombre, avec des milliers d'exécutions sommaires, notamment à l'encontre des femmes suspectées de liens avec l'occupant.

Le 4 août 1944, alors que les Allemands venaient de fuir la base de radars qu'ils occupaient près de Monterfil, un groupe de résistants de la dernière heure s'empare de ces trois femmes, dont une mère et sa fille, leur reprochant d'avoir travaillé pour l'armée allemande.

Frappées, tondues, déshabillées, attachées en plein soleil devant le café du village, affublées de la croix gammée, elles finissent dans un petit bois où elles doivent creuser leur tombe avant d'être pendues. Leurs ossements n'ont pas été retrouvés.

Jacqueline, neuf ans en 1944, se souvient d'avoir vu les trois femmes attachées nues «avec des cordes», alors qu'elle venait chercher du pain au village accompagnée de son grand frère.

«Nous étions bouleversés. Des gens crachaient au visage des femmes. La patronne du café a jeté un bol de cidre à la figure de la blonde en lui disant : "c'est tout ce que tu mérites"», se souvient-elle.

Jacqueline, qui préfère ne pas donner son nom de famille, précise à l'AFP qu'elle connaissait Marie et Germaine Guillard, la mère et la fille, parce que son père les laissait traverser sa ferme pour se rendre au camp de l'armée allemande où elles travaillaient en cuisine.

Assassins sauvés par une loi d'amnistie

Les assassins, poursuivis plusieurs années après, seront sauvés par une loi d'amnistie en 1951. Une chape de plomb tombera sur Monterfil, d'autant que le principal instigateur des violences, Louis Oberthür, n'est autre que le fils du maire et principal propriétaire terrien de la commune.

«Les principaux coupables étaient considérés comme des notables alors que mon grand-père n'était qu'un modeste cultivateur», observe Pierre Guillard, petit-fils de Marie.

Il a fallu attendre l'été 2014, 70e anniversaire de la Libération, pour que le tabou se lézarde et qu'au même moment des descendants des victimes apprennent enfin ce qui était arrivé à leurs proches.

Dans une déclaration brève mais percutante, le maire Michel Duault leur a d'ailleurs demandé pardon ce dimanche lors de la cérémonie organisée en même temps que la commémoration du 8 mai 1945, qui marque la fin de la Seconde Guerre mondiale.

«Pierre, François, au nom de la mémoire collective, nous vous demandons pardon, à vous et à vos familles, d'avoir mis tant de temps pour laver de tout soupçon la mémoire de vos grands-mères et tante», a-t-il lancé aux deux plus proches parents des victimes présents à la cérémonie.

François Lesourd, petit-fils de Suzanne Lesourd, 28 ans lorsqu'elle a été exécutée, s'est félicité d'être parvenu enfin à «l'épilogue» de ce drame. «Nous avons eu à gérer ensemble un bien pénible héritage», a-t-il lancé devant le monument aux morts. «Personne n'a choisi d'être descendant de martyr, de lâche ou de bourreau. Aujourd'hui, tout le monde avait envie de tourner la page et qu'elle soit bien tournée», a déclaré M. Lesourd, qui a découvert le tragique destin de sa grand-mère il y a moins de deux ans.

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