La Suède étudie la castration préventive

Le neuropsychiatre Benny Liberge, de l'hôpital Huddinge, près... (AFP, Jonathan Nackstrand)

Agrandir

Le neuropsychiatre Benny Liberge, de l'hôpital Huddinge, près de Stockholm, montre des images par résonnance magnétique d'un homme pédophile. Le scientifique a soumis l'homme à des images de personnes de tous âges partiellement vêtues afin d'identifier des marqueurs objectifs pour déterminer le risque que le patient commette un jour des agressions sexuelles sur des enfants.

AFP, Jonathan Nackstrand

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

Dossiers >

Monde
Monde

soleil monde TOC »

Pia Ohlin
Agence France-Presse
Stockholm

«Personne n'est comme ça par choix, c'est sûr» : torturé par ses fantasmes pédophiles, Anders s'est porté volontaire pour participer à une expérience unique grâce à laquelle des médecins suédois espèrent réduire le risque de passage à l'acte.

Cet homme d'une trentaine d'années qui témoigne sous un nom d'emprunt dit n'avoir jamais violenté d'enfant, mais ses «pensées malsaines» l'ont convaincu de se faire aider.

À l'Institut Karolinska de Stockholm, les patients du psychiatre Christoffer Rahm testent l'efficacité du Degarelix, un médicament utilisé dans le traitement du cancer de la prostate qui bloque la sécrétion de testostérone, principale hormone sexuelle mâle.

«L'objectif est de mettre au point un programme de traitement préventif pour les hommes présentant des troubles pédophiles et qui soit à la fois efficace et toléré, afin d'empêcher les agressions sexuelles sur des enfants», explique le clinicien à l'AFP.

La castration chimique est un procédé employé dans la lutte contre la récidive des délinquants sexuels mais jamais à titre préventif, selon lui. «L'originalité de cette étude est qu'elle passe d'une approche réactive à une approche proactive», souligne-t-il.

Pour des raisons méthodologiques, éthiques, voire légales, les études cliniques sur la pédophilie sont elles aussi rares. Elles exigent une étroite collaboration entre chercheurs et services de protection de l'enfance.

Dans l'essai suédois, la moitié des 60 patients volontaires reçoivent une injection de Degarelix, les autres un placebo. Les premiers verront leur production de testostérone pratiquement annihilée après trois jours, pendant trois mois environ.

Ni le médecin ni Anders ne savent si ce dernier a reçu une dose de Degarelix ou une substance neutre. Ils le découvriront à la fin de l'essai clinique, dans deux ou trois ans.

«J'ai remarqué que mon désir sexuel a dernièrement diminué. Je ne sais pas si c'est grâce au médicament», dit Anders.

Dans l'espoir de s'affranchir de ses démons, il a aussi accepté de livrer les secrets de son âme. Un appareil d'imagerie par résonance magnétique (IRM) décrypte ses stimulations neurologiques tandis qu'il visionne des images de synthèse représentant des personnes de tous âges partiellement vêtues.

«Il s'agit d'identifier des marqueurs objectifs pour déterminer le risque que le patient commette un jour des agressions sexuelles sur des enfants», explique Benny Liberg.

Le neuropsychiatre désigne les régions du cerveau activées pendant la séance : celle qui contrôle les sens, celle qui commande au corps, celle responsable du refoulement des désirs.

«C'est le type de comportements que nous tentons d'infléchir grâce au traitement médicamenteux.»

La conjugaison du Degarelix, de l'IRM et d'entretiens individuels doit pouvoir apporter des outils de

diagnostic et de détection du risque de passage à l'acte.

Risque du passage à l'acte

Mais en aucune manière cette formule ne constitue une cure de la pathologie, avertissent les médecins. On n'évalue ici que le risque du passage à l'acte. «Des traitements à plus long terme comme un suivi social et une psychothérapie» sont indispensables, explique Christoffer Rahm.

Les efforts de prévention sont d'autant plus cruciaux que 80 à 85 % des violences sexuelles visant les enfants sont tues, note Stefan Arver qui dirige le Centre d'andrologie et de médecine sexuelle de l'Institut Karolinska.

«Nous avons besoin de traitements validés [scientifiquement], basés sur des observations avérées et dont les effets sont prévisibles», analyse-t-il.

D'après lui, à peu près 5 % de la population nourrit «des pensées et des fantasmes impliquant des enfants dans un contexte sexuel», même si les individus susceptibles de céder à leurs pulsions sont moins nombreux.

Anders a commencé à éprouver de l'attirance pour les enfants vers l'âge de 15 ans. «J'ai pris conscience il y a presque deux ans que je devais faire quelque chose. Mais il y a une telle stigmatisation que tu crains d'être dénoncé aux services sociaux.»

«La stigmatisation empêche les gens de chercher de l'aide, ce qui peut être catastrophique à long terme», s'alarme-t-il.

Partager

publicité

publicité

la liste:1710:liste;la boite:91290:box

En vedette

Précédent

publicité

la boite:1608467:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

Les plus populaires : Le Soleil

Tous les plus populaires de la section Le Soleil
sur Lapresse.ca
»

CONTRIBUEZ >

Vous avez assisté à un évènement d'intérêt public ?

Envoyez-nous vos textes, photos ou vidéos

Autres contenus populaires

image title
Fermer