Londres élit un premier maire musulman

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Sadiq Khan et sa femme Saadiya à la sortie du bureau de vote jeudi.

AP, Philip Gareth Fulller

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Ouerdya Ait Abdelmalek
Agence France-Presse
Londres

Sadiq Khan peut savourer sa victoire: à 45 ans, ce fils d'un chauffeur de bus pakistanais devient le troisième maire de Londres depuis la création de cette fonction en 2000 et le premier maire musulman d'une grande capitale occidentale.

Le travailliste Sadiq Khan l'a emporté contre son rival conservateur Zac Goldsmith, par plus de 300 000 voix, après la prise en compte des votes de premier et de second choix. 

M. Khan a qualifié sa victoire de triomphe de «l'espoir sur la peur et de celui de l'unité sur la division». Il a récolté plus de 1,3 million de votes - 57 % du total.La course à la succession du maire conservateur Boris Johnson a été marquée par une campagne négative, des allégations d'extrémisme et la culture de la peur.

M. Goldsmith, un riche environnementaliste, a décrit M. Khan comme étant «dangereux» et a accusé son rival de donner «des plateformes, de l'oxygène et même une cachette» aux extrémistes islamistes - une accusation répétée par le premier ministre David Cameron et par d'autres conservateurs d'expérience.

M. Khan, qui se décrit comme «le musulman britannique qui fera face aux extrémistes», a accusé M. Goldsmith de tenter de faire peur aux électeurs et de vouloir diviser le vote dans une ville fièrement multiculturelle de 8,6 millions d'habitants, dont plus d'un million de musulmans.

Les attaques, critiquées par quelques conservateurs, semblent ne pas avoir convaincu les électeurs qui ont tout de même soutenu M. Khan.

Élite

Pourtant, il y a quelques mois encore, il disait n'avoir «jamais imaginé» être choisi pour concourir à ce poste. Il n'est pas le seul, dans un pays où la politique reste l'apanage d'une certaine élite, façonnée au moule d'Eton et des universités de Cambrige et Oxford.

Lui a fréquenté le lycée public de son quartier, pas franchement réputé, et l'université de North London.

De cette éducation publique et gratuite, il se dit très reconnaissant. «Je dois tout à Londres», répète l'homme aux origines très modestes.

Sadiq Khan est né en 1970 dans une famille pakistanaise récemment immigrée au Royaume-Uni. Il a grandi dans un lotissement HLM à Tooting, quartier populaire du sud de Londres, avec ses six frères et sa soeur. Son père était chauffeur de bus, sa mère couturière.

A l'école, il veut d'abord étudier les sciences pour devenir dentiste. Mais un de ses professeurs a repéré son don pour les joutes oratoires et l'oriente vers des études de droit. Il sera donc avocat, spécialisation droits de l'Homme, ce qui lui vaut de présider pendant trois ans l'ONG Liberty.

Dans la rue aussi, Sadiq Khan est accrocheur: enfant, il fait de la boxe pour pouvoir plus facilement rabattre le caquet de ceux qui osent le traiter de «Paki».

A 15 ans, il adhère au parti travailliste. Il est élu conseiller municipal de Wandsworth, dans le sud de Londres, en 1994, jusqu'en 2006.

En 2005, il abandonne sa carrière d'avocat pour se faire élire député de Tooting, où il vit toujours, avec sa femme Saadiya, avocate, et ses deux filles adolescentes.

«Il ne perd jamais»

Trois ans plus tard, Gordon Brown lui offre le poste de ministre chargé des communautés, puis celui des Transports l'année suivante. Il devient le premier musulman à siéger au cabinet d'un Premier ministre britannique.

Du haut de son 1 m 65, l'homme à la chevelure poivre et sel affiche une énergie et une volonté à toute épreuve.

Sa victoire aux primaires travaillistes pour la mairie de Londres contre Tessa Jowell, la ministre déléguée aux Jeux olympiques sous Tony Blair, a surpris beaucoup de monde. Mais pas son entourage.

«Il ne perd jamais», a déclaré un de ses conseillers au quotidien en ligne Politico.

L'an dernier, le Labour londonien, sous sa houlette, a amélioré son score aux élections législatives alors que le parti essuyait une déroute au niveau national.

Cinq ans plus tôt, c'est lui qui avait dirigé la campagne d'Ed Miliband pour la tête du parti. Ed l'avait emporté contre son frère David, pourtant archi-favori.

Pendant la campagne électorale londonienne, face aux violentes attaques des conservateurs, qui l'ont accusé d'accointance avec les extrémistes islamistes, il s'est dit «déçu» mais a évité la surenchère. Il s'est contenté de rappeler qu'il a toujours dénoncé le radicalisme, a voté pour le mariage homosexuel -ce qui lui a valu des menaces de mort- et a fait campagne pour sauver son pub de quartier.

Sadiq Khan a promis une politique sociale: il veut construire davantage de logements abordables et geler les tarifs des transports pendant quatre ans.

Mais il se revendique aussi «pro-business», et s'est engagé à défendre les intérêts de la City, en premier lieu en faisant campagne pour rester dans l'Union européenne.

«Si je gagne, je serai le maire qui unit notre ville, qui réunit les communautés», avait-il dit à l'AFP.

A ceux qui le voient désormais en position de briguer la tête du Labour et dans la foulée le poste de Premier ministre, il affirme ne pas avoir cette ambition. Maire de Londres, «c'est une fin en soi», a-t-il affirmé.

Le quartier populaire de Tooting fier de son nouveau maire

«Sadiq Khan zinda baad!» (Bravo Sadiq Khan!), crient de joie, et en ourdou, quelques clients et employés d'un modeste restaurant du quartier bigarré de Tooting, où le futur maire de Londres, d'origine pakistanaise, a ses habitudes.

«Nous sommes heureux et fiers», clame Malik Ahmed, 32 ans, employé du «Lahore Karahi» devant des tables en enfilade. «Sadiq Khan était ici avec sa famille mercredi encore. C'est un homme formidable, et il a aidé beaucoup de gens du quartier», assure-t-il.

Cette fierté inondait la circonscription du député Sadiq Kahn, fils d'un chauffeur de bus, dont le parti travailliste a revendiqué la victoire à la mairie de Londres vendredi en fin de journée.

Dans ce quartier, musulmans en tenue traditionnelle côtoient des hipsters, ouvriers et employés rentrant du travail.

Shahzad Saddiqui, la soixantaine, qui s'apprête à aller prier en kamis, longue chemise, estime que «Sadiq Khan sera un facteur unifiant parce qu'il est musulman, un immigrant, et qu'il vient de la classe ouvrière donc il comprend les gens modestes».

Il espère qu'il va défendre «la communauté musulmane constamment décriée dans les médias». «Il connait le risque de l'extrémisme et il aidera la communauté à ne pas suivre cette voie», ajoute-t-il encore.

Changer l'image des musulmans

Le camp conservateur a essayé pendant la campagne de discréditer Sadiq Khan en l'accusant de liens avec des extrémistes islamistes.

D'après le recensement de 2011, Londres compte 12,4% de musulmans. Les Britanniques ont élu 13 députés musulmans, dont huit femmes, sur 650 membres de la chambre des Communes, la chambre basse du parlement, aux élections législatives de mai 2015.

A Whitechapel, quartier populaire de l'est de Londres où la communauté musulmane est fortement implantée, Nell Syde, la quarantaine, «espère que son élection va changer l'image des musulmans, parce que nous en avons besoin».

Vêtue à l'occidentale, au milieu des étals d'un marché, elle pense qu'il pourra «peut-être mieux expliquer aux personnes qui ne sont pas musulmanes les problèmes» liés à islam et à l'extrémisme.

En écho, Sumaya Rashid, une étudiante de 19 ans, espère que l'élection de ce musulman, ancien avocat des droits de l'Homme, «apaisera les choses après ce qui s'est passé à Bruxelles et Paris», en référence aux attentats perpétrés par des jihadistes.

A l'image de la capitale, la communauté musulmane londonienne est des plus hétéroclites avec des membres de tous les milieux socio-économiques et des profils variés, des religieux traditionalistes aux jeunes homosexuels branchés en passant par des banquiers de la City ou des acteurs du West End.

C'est ainsi que dans le quartier plus branché de Liverpool Street, où les gratte-ciels poussent comme des champignons, Mohammed, un journaliste de 36 ans, a également voté pour Sadiq Khan, «principalement parce qu'il est au Labour mais aussi parce qu'il est en faveur du mariage homosexuel ce qui était courageux pour un député musulman. Il a d'ailleurs reçu des menaces de mort pour ça», note-t-il.

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