Les États-Unis divisés par le port d'armes sur les campus

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Le Tennessee est devenu cette semaine le dernier État américain à autoriser les armes de poing sur ses campus éducatifs, à condition qu'elles soient dissimulées sous un vêtement, dans un sac ou la boîte à gants d'un véhicule.

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Sébastien BLANC
Agence France-Presse
Washington

Pour lutter contre les fusillades meurtrières, faut-il permettre aux étudiants et professeurs de venir armés à l'université? Cette question qui ne se pose nulle part ailleurs a récemment pris de l'ampleur aux États-Unis, en suscitant des réponses radicalement différentes.

Le Tennessee est ainsi devenu cette semaine le dernier État américain à autoriser les armes de poing sur ses campus éducatifs, à condition qu'elles soient dissimulées sous un vêtement, dans un sac ou la boîte à gants d'un véhicule.

À l'opposé, le gouverneur de la Géorgie a opposé mardi un retentissant veto de dernière minute à une loi d'esprit identique, pourtant facilement adoptée par le parlement local.

Nathan Deal, un républicain, a estimé «hautement contestable» l'idée que laisser les étudiants s'armer à loisir leur procurerait davantage de sécurité. «Depuis les premiers jours de notre nation et de notre État, les universités ont été considérées comme des sanctuaires dédiés à l'enseignement, où les armes à feu étaient prohibées», a justifié le gouverneur.

Au pays de Colt et de Smith & Wesson, de tels «sanctuaires» ont souvent tendance à voler en éclats. Il serait toutefois erroné d'imaginer que les armes ont envahi les amphithéâtres américains.

Dans un pays qui enregistre quotidiennement environ 90 décès par balle, les législateurs répondent en effet à un double mouvement, l'un prônant davantage d'armes sur les campus, l'autre davantage de restrictions, les deux au nom de la «sécurité».

Traumatisme de Virginia Tech

Ce débat s'inscrit dans le sillage de plusieurs massacres en milieu scolaire qui ont choqué ces dernières années, le pire étant la fusillade qui a endeuillé en 2007 l'Université Virginia Tech, où un tireur déséquilibré avait fait 32 morts, avant de se suicider.

Plus récemment, à l'autre bout des États-Unis, un homme a méthodiquement abattu en 2012 sept personnes dans une petite université d'Oakland en Californie, un autre en a tué neuf dans une université de l'Oregon en 2015.

La toute-puissante National Rifle Association (NRA), le premier lobby des armes, assure que de tels bilans seraient impossibles si les étudiants avaient le droit de s'armer pour se protéger.

Sous son impulsion, des projets de loi autorisant le port d'arme sur les campus ont été discutés dans au moins 19 États en 2013, et dans 14 États en 2014, souligne la National Conference of State Legislatures (NCSL). Mais seule une minorité de ces textes ont été votés et promulgués.

À l'opposé, toujours selon la NCSL, des récentes tueries ont poussé cinq États en 2013 à envisager des restrictions sur les armes individuelles dans les universités, sans que ces lois soient toutefois adoptées, sous la pression de la NRA.

Le résultat est une mosaïque compliquée, mêlant une vingtaine d'États qui bannissent les armes sur les campus, une vingtaine d'autres qui laissent ce choix aux institutions éducatives, la dizaine restante autorisant le port sous certaines conditions, dont la détention d'un permis. On compte parmi ces derniers le Colorado, l'Idaho, le Kansas, le Tennessee ou l'Arkansas.

Conseil de discipline... sans arme

Dans ces deux derniers États, la détention d'une arme à feu est restreinte au personnel éducatif. Et la nouvelle loi du Tennessee interdit par exemple à un professeur d'apporter son arme à un conseil de discipline ou à un événement public dans un gymnase.

Dans le Mississippi, un étudiant ou un enseignant peut aller en cours armé, uniquement s'il a préalablement validé une formation sur le maniement de son arme auprès d'un instructeur agréé.

La plus belle victoire récemment remportée par les «pro gun» est sans surprise au Texas, où la culture de la poudre est très vivace: dans ce grand État du Sud, à partir du 1er août, les étudiants détenteurs d'un permis ad hoc pourront accéder à tous les bâtiments universitaires, des dortoirs aux salles de sport, équipés de leur arme de poing.

La date n'a pas été choisie au hasard: elle coïncide avec l'anniversaire des 50 ans d'un massacre au fusil perpétré par un étudiant qui s'était juché sur la tour d'observation de l'université du Texas à Austin.

Dans cette même prestigieuse faculté, Daniel Hamermesh, un professeur émérite d'économie, a fait grand bruit en annonçant sa démission dans une lettre publiée par la presse.

«J'ai le sentiment que cette loi augmente nettement le risque pour moi de me faire descendre par un étudiant mécontent qui serait venu en classe avec son arme», a écrit le professeur Hamermesh. Il a ajouté qu'il poursuivrait ses cours en Australie.

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