Cinq ans après la mort de Ben Laden, où est passé Al-Qaida?

Aqmi, la branche d'Al-Qaida au Maghreb islamique, a... (Photothèque Le Soleil)

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Aqmi, la branche d'Al-Qaida au Maghreb islamique, a revendiqué une série d'attaques en Afrique, dont l'attentat à l'hôtel Blu, au Burkina Faso, qui a fait plus de 126 morts, dont six victimes québécoises.

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René Slama
Agence France-Presse
Dubaï

Attaque contre Charlie Hebdo, attentats en Afrique, mais aussi guérilla au Yémen et en Syrie : depuis la mort d'Oussama Ben Laden, Al-Qaida associe des coups d'éclat à une stratégie à long terme afin de résister notamment à la concurrence du groupe État islamique (EI) et aux frappes de Washington.

Les experts sont partagés sur les capacités des multiples branches d'Al-Qaida. Pour certains, le réseau extrémiste a été surpassé mondialement par l'EI. Pour d'autres, il s'est simplement fait voler la vedette, mais l'emportera in fine, car il mise patiemment sur un djihad globalisé à long terme, alors que son rival est sous pression en Irak et Syrie.

Au fait de sa puissance en Afghanistan, Al-Qaida a ébranlé l'Amérique avec les attentats du 11 septembre 2001 (près de 3000 morts), mais a commencé à sortir des écrans radars après l'élimination de Ben Laden par un commando américain le 2 mai 2011 au Pakistan, suivi par l'émergence en 2014 du «calife» de l'EI, Abou Bakr Al-Baghdadi.

Ce quadragénaire irakien est devenu le fer de lance du djihadisme mondial grâce aux conquêtes territoriales en Irak et en Syrie, et à la brutalité de ses méthodes. Il a ainsi éclipsé le successeur de Ben Laden, l'Égyptien Ayman Zawahiri, dont les messages sont inaudibles.

«La propagande d'Al-Qaïda est devenue illisible sur les réseaux sociaux face à la machine de guerre médiatique que Daech (acronyme de l'EI en arabe) a constitués avec succès», affirme Jean-Pierre Filiu, spécialiste de l'islam contemporain.

«Al-Qaida a perdu partout la main face à Daech, sauf dans le Sahel», assure-t-il. «Ce recul général est lié à la volonté de Zawahiri de "surfer" sur la vague révolutionnaire dans le monde arabe, alors que Daech a d'emblée adopté une attitude violemment contre-révolutionnaire qui lui a permis de profiter de la collaboration en Syrie et au Yémen des dictateurs en place ou de récupérer en Libye une partie de la base de [Mouammar] Kadhafi».

William McCants, de l'institut Brookings à Washington, estime aussi qu'Al-Qaida a été quelque peu dépassé par l'EI issu d'une scission. Mais, sous la bannière du Front Al-Nosra, deuxième groupe djihadiste en Syrie, ses combattants ont «repris du poil de la bête» après avoir subi de «sérieuses pertes» face à Daech.

Au Yémen, où l'implantation djihadiste dans le tissu tribal est ancienne, Al-Qaida dans la péninsule arabique (Aqpa) contrôle encore de larges territoires dans le sud-est, même s'il a perdu du terrain ces dernières semaines. Ses hommes se comptent «par milliers, comparés aux centaines» de l'EI sans territoires, relève M. McCants.

Selon lui, Al-Qaida poursuit une stratégie consistant à mêler des conquêtes territoriales par la guérilla et des actions spectaculaires contre l'Occident, «suivant ainsi les directives de Zawahiri».

En janvier 2015, alors que l'EI écrasait l'espace médiatique mondial, Al-Qaida au Yémen, considéré par Washington comme le groupe le plus dangereux du réseau, revendiquait l'attaque ayant décimé la rédaction du journal satirique français Charlie Hebdo. Cette opération menée en plein Paris par les frères Kouachi a été interprétée comme la volonté d'Al-Qaida de reprendre la main face à l'EI.

Cibles en Afrique

De même, à partir de novembre 2015, Al-Qaida au Maghreb islamique (Aqmi) a revendiqué une série d'actions spectaculaires en Afrique (Mali, Burkina Faso, Côte d'Ivoire), visant des hôtels, des restaurants et faisant des dizaines de morts, dont de nombreux étrangers.

En Afrique de l'Ouest, Al-Qaida a cherché à «montrer qu'il était uni après des divisions dommageables» et a trouvé «une zone où il peut repousser l'influence concurrente» de l'EI, selon l'institut d'analyses Soufan Group.

Pour l'International Crisis Group (ICG), l'EI a certes «remodelé  le paysage djihadiste». Mais Al-Qaida a «évolué» et certaines branches «restent puissantes» en participant à des «insurrections locales», en montrant un «degré de pragmatisme», en évitant de «tuer des musulmans» et en tenant compte des «sensibilités locales».

Ainsi, des responsables d'Al-Qaida au Yémen ont condamné les attaques sanglantes de l'EI contre des mosquées chiites en 2015.

Et Aqpa au Yémen, comme Al-Nosra en Syrie, s'est allié à d'autres forces locales et a agi subtilement pour développer une assise sociale, affirment plusieurs experts.

Al-Qaida «parie sur un pourrissement progressif de la situation dans les pays musulmans qui amènera la prise de pouvoir par des dirigeants acquis à ses thèses», avance Alain Rodier, ex-officier du Renseignement français, dans un entretien publié en avril par le magazine en ligne Atlantico. «Ce djihad est prévu pour s'étaler sur des dizaines d'années» alors que Baghdadi «se montre plus pressé».

Dans l'immédiat, les chefs d'Al-Qaida font profil bas face aux frappes, souvent par drones, que mènent les États-Unis. Au Yémen, elles ont éliminé le chef d'Aqpa Nasser Al-Wahishi en 2015. Des forces spéciales émiraties ont en outre aidé l'armée yéménite à chasser Al-Qaïda de la ville de Moukalla en avril.

En Syrie, Washington a bombardé le 3 avril un camp d'entraînement d'Al-Nosra, tuant le porte-parole du groupe Abou Firas Al-Souri et 20 autres djihadistes. Et dans le Sahel, les chefs d'Aqmi sont pourchassés par la France.

Oussama ben Laden, photographié en Afghanistan, en avril... (Archives AP) - image 2.0

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Oussama ben Laden, photographié en Afghanistan, en avril 1998.

Archives AP

Les principales branches d'Al-Qaida à travers le monde

Le réseau djihadiste sunnite Al-Qaida a essaimé depuis sa création en 1988.

Même si la principale menace terroriste vient désormais du groupe État islamique, les groupes affiliés à Al-Qaida «ont montré leur résilience» malgré les coups portés à leur direction en Afghanistan et au Pakistan par Washington et ses alliés, selon le renseignement américain.

Le Front Al-Nosra en Syrie

Le Front Al-Nosra, apparu en janvier 2012 - dix mois après le début de la révolte -, est le plus important groupe djihadiste en Syrie après l'EI.

Al-Nosra s'oppose violemment à  l'État islamique d'Irak (branche irakienne d'Al-Qaida qui deviendra l'EI), après l'adoubement du Front fin 2013 comme l'unique branche d'Al-Qaida en Syrie.

Dirigé par Abou Mohammad Al-Joulani et présent surtout dans les provinces d'Idleb et d'Alep, il compte 7000 à 8000 combattants selon le spécialiste Thomas Pierret. Il n'est pas concerné par la trêve observée depuis le 27 février entre régime et rebelles.

Al-Qaida au Maghreb islamique (Aqmi)

Venu du mouvement islamiste armé algérien, Aqmi (nom pris en 2007 par le Groupe salafiste pour la prédication et le combat) a su attirer ces dernières années des combattants venus de tous les pays de la région. Il renouvelle en 2014 son allégeance à Al-Qaida.

Auteur d'attaques et enlèvements d'Occidentaux, il crée en mars-avril 2012 un sanctuaire dans le nord du Mali puis se replie dans le sud libyen après l'intervention franco-africaine de janvier 2013.

C'est l'Algérien Mokhtar Belmokhtar, officiellement réintégré dans Aqmi en 2015, qui revendique l'attaque spectaculaire d'un site gazier algérien près d'In Amenas (40 morts le 16 janvier 2013 et 29 assaillants tués).

Dirigé par l'Algérien Abdelmalek Droukdel avec quelques centaines de combattants, Aqmi est actif au Maghreb (Algérie, Tunisie), au Sahel (Mauritanie, Niger, Mali, où il revendique l'attaque de l'hôtel Radisson à Bamako qui fait 20 morts le 20 novembre 2015) et a récemment frappé en Côte d'Ivoire (19 morts le 13 mars à Grand-Bassam) et au Burkina Faso (30 morts le 15 janvier à Ouagadougou).

Les shebab somaliens

Issus des Tribunaux islamiques, les shebab (jeunes en arabe), à la tête de l'insurrection armée en Somalie plongée dans le chaos depuis 1991, réaffirment en 2014 leur allégeance à Al-Qaida.

Ils montrent un net regain d'activité depuis début 2016. Estimés entre 5000 et 9000 hommes, leur chef Ahmed Umar Abou Oubaïda a succédé à Ahmed Abdi Godane tué en septembre 2014 par une frappe américaine.

Ils contrôlent un temps la quasi-totalité du centre et du sud avant d'être chassés de Mogadiscio en août 2011 par l'Amisom (Force de l'Union africaine déployée en 2007). Ils mènent opérations de guérilla et attentats suicides jusque dans la capitale (82 morts le 4 octobre 2011 dans l'attaque d'un complexe ministériel).

Ils attaquent aussi les pays voisins impliqués militairement en Somalie, surtout le Kenya (148 morts le 2 avril 2015 à l'Université de Garissa, 67 morts en quatre jours de siège en septembre 2013 au centre commercial Westgate de Nairobi).

Al-Qaida dans la péninsule arabique (Aqpa)

La fusion en janvier 2009 des branches yéménite et saoudienne d'Al-Qaida donne naissance à Aqpa, actif surtout au Yémen.

Al-Qaida s'y est illustré en tuant 17 soldats américains sur le destroyer USS Cole le 12 octobre 2000. Aqpa profite ensuite de l'affaiblissement du pouvoir central en 2011 puis de la guerre civile.

Il revendique des attaques à l'étranger, contre l'hebdomadaire Charlie Hebdo à Paris (12 morts le 7 janvier 2015) ou l'attentat manqué contre un avion de ligne américain à Detroit à Noël 2009.

Les drones américains déciment ses responsables, tuant en 2011 l'imam Anouar Al-Aulaqi et mi-juin 2015 Nasser Al-Wahishi, chef d'Aqpa et numéro 2 mondial d'Al-Qaïda.

Al-Qaida dans le sous-continent indien (Aqsi)

Al-Qaida annonce le 3 septembre 2014 la création d'Al-Qaida dans le sous-continent indien (Aqsi ou Aqis selon l'acronyme anglais), couvrant Afghanistan et Pakistan - son berceau historique -, Inde, Bangladesh et Birmanie.

Ses combattants actifs dans la zone sont évalués à 500 ou 600, mais ils sont liés à des groupes comptant des milliers de combattants comme les talibans afghans et le Jamaat Al-Ahrar au sein des talibans pakistanais, selon l'expert Amir Rana.

Ansar Al-Islam, une branche bangladaise d'Al-Qaida, revendique l'assassinat le 25 avril de deux militants des droits des homosexuels à Dacca.

L'Aqsi revendique en 2015 plusieurs assassinats de blogueurs et éditeurs libres-penseurs au Bangladesh.

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